Echauffement 2/2 (Clem)

Taninges – Grenoble
Chaud bouillant pour la suite du voyage en France, je reprends la route pour ma première vraie étape alpine avec au programme le col de la Madeleine (pour le fun) et le col du Galibier (pour voir Marion, ma meilleure amie, qui bosse à Valloire). Là en terme de Col, ça commence à être du sérieux. 1500 à 2000m de dénivelé, je ne sais pas combien de kilos j’ai dans mes sacoches mais ça pique les jambes sévère. Je prends mon mal en patience, mouline au max, et ça finit par passer. Le soleil était là en plus, c’en est fini de la pluie, et oui ! Je n’en aurai plus jusqu’à la fin de la partie française, autrement dit je me laisse descendre sur la côte d’Azur en bronzant tranquillement. Les vacances dans les vacances quoi 😀

Le col du Galibier (2600m).

Le col du Galibier (2600m).

Par contre j’ai remarqué que dans ces moments où j’en chie pas mal, mes sens se trouvent tout à fait amplifiés. Je passe d’un état de joie ultime devant un magnifique paysage ou devant les encouragements d’autres cyclistes durant l’ascension du col… A un état de haine profonde quand un 4×4 BMW fait gronder son moteur 2m derrière moi en attendant de pouvoir doubler, et finit par me dépasser pied au plancher en klaxonnant parce que, quand même, je l’ai un peu ralenti.
Ah oui! Et les milliers de déchets au bord des routes aussi… ça agace. Surtout quand tu vois que 95% des déchets qui jonchent la montée du col du Galibier sont des papiers jetés par des… cyclistes !! Eh oui! Trop abrutis par l’Ultra-Performance de la montée qu’ils sont en train de faire, c’est gens-là vont jusqu’à économiser l’effort de ranger dans leurs poches le papier du gel énergisant qu’ils s’enfilent tous les km. C’est écoeurant. Je vous jure, si j’en prends un à jeter le papier de sa barre vitaminée par terre, je le rattrape (quitte à larguer mes sacoches) et je lui balance son foutu vélo Ultra-light-ultra-cher dans le ravin… !!
Rhaaaa !!! Faut que ça sorte, désolé.

Booon, et pour revenir à des choses plus plaisantes, la suite du voyage se déroule très bien. Je passe sur Grenoble chez des vieux copains et fait un saut à l’asso de vélo du coin pour récupérer des vieilles pièces introuvables qui me manquent. Impeccable.

Le local de l'asso Grenobloise Le petit Vélo dans la tête, un beau capharnaüm plein d'énergie !

Le local de l’asso Grenobloise Le petit Vélo dans la tête, un beau capharnaüm plein d’énergie !

Pendant ce temps, pour me nourrir, je glane. Glaner c’est ramasser dans les champs les fruits et légumes mis de côté par les producteurs (trop moches, trop mûrs, tombés de l’arbre avant terme, …). Je me régale de pommes, de poires, de melons, c’est trop bon. Glaner c’est aussi faire de la cueillette sauvage, et comme on est en été, je suis verni : mûres, figues, prunes, … je me fais des ventrées de fruits à chaque arrêt ! Et bien sûr, le glanage, ça se fait aussi dans les villes, en récupérant les invendus des grandes surfaces ou des boulangeries. Les produits qui sont jetés car la date de péremption approche dangereusement (attention hein… ! Houuuu… ), les bonnes pâtisseries qui ne seront plus vendables le lendemain, les emballages tachés ou enfoncés, … bref on trouve de tout à l’arrière de ces magasins-là. De tout, et dans des quantités absolument incroyables ! Il faut le voir pour y croire, à ces tonnes de denrées qui sont balancées tous les jours à deux pas de chez nous.

Donc en fait pour un type qui voyage avec zéro Euro en poche, je mange du saumon mariné, du pain et du fromage en illimité, des fruits, des légumes, de super yaourts, des pains au choc à la pelle, des tartes aux citrons, des meringues, de tout quoi. Et je vais avoir du mal à m’en passer… Vous comprenez, si j’arrête, toutes ces bonnes choses seront brûlées, enterrées, massacrées, … alors je ne peux pas. C’est même une cause d’Utilité Nationale en fait, voire planétaire, que dis-je?

D’ailleurs, on pourrait tous s’y mettre. Comme ça avec un peu de chance, on gaspillera moins, et on mangera mieux 🙂
(pour ceux qui ont tiqué en lisant ce paragraphe, je vous invite à gagner un peu de temps devant le documentaire d’Agnès Varda : Le glaneur et la glaneuse)

Grenoble – Dévoluy

Bien, revenons à nos moutons. Ou plutôt, à nos vaches, car c’est de bovins qu’il s’agit maintenant. Après l’étape à Grenoble je suis repassé par la ferme de Sainte-Luce qui m’avait accueilli quelques mois plus tôt pour 10 jours de Woofing. Alors là, dans le genre solution pour un monde meilleur, c’est du lourd, du très très lourd.

Sainte-Luce c’est un GAEC en alpage de 5 associés (et 7 salariés) qui font du fromage bio avec leurs vaches laitières, ainsi que du pain au levain pétri à la main, bio également.

En gros pour faire simple, là où un modèle intensif de production de lait va obliger les éleveurs à avoir une centaine de bêtes pour générer 1 seul salaire, le modèle d’agriculture biologique-raisonnée de Sainte-Luce génère 12 salaires pour seulement… 35 vaches. Dans le premier cas on fait du lait au rabais pour l’agro-alimentaire, dans le deuxième cas du fromage et des yaourts bio d’une grande qualité alimentaire et environnementale, vendus pas plus chers que le reste, directement à la ferme et sur les marchés locaux.
Ahh!,Jje vous l’avais dit que c’était du lourd !
En plus le fonctionnement de la ferme est très communautaire, axé sur l’apprentissage mutuel, sur la qualité des produits faits main, tout le monde touche à tout, tous les produits sont de ce fait différents, chacun a son style, ses habitudes, … et ça marche d’enfer.
Bordel, qu’est ce que ça fait du bien ! Du savoir-faire français, du bonheur au travail, de l’amour dans le cadre de vie… Une grosse claque, plein d’idées pour la suite, une décharge d’optimisme, yesss!… A refaire, à partager, à vivre, … j’en perds les mots.
Fabrication du pain à la ferme de Sainte-Luce.

Fabrication du pain à la ferme de Sainte-Luce.

Allez, il est temps de reprendre la route en direction du Dévoluy (avec du bon pain et du fromage dans les sacoches ) ) La route est absolument magnifique, c’est incroyable, le soleil se couche sur le col qui m’attend au loin… du bonheur. Mais c’est quand même bizarre pour un aussi gros col que la route soit aussi petite. Et d’ailleurs cette fameuse route est en train de m’éloigner du col en question là. Bon c’est pas grave, je vais bien finir par faire un virage. Et puis c’est trop beau !

3h plus tard, le sommet du col du Noyer.
Waaaah ! J’ai vraiment bien fait de passer par là, c’est vraiment magnifique ! Par contre j’ai pas trop l’impression que la route redescende dans la bonne direction…
Allez, je jette un petit coup d’oeil à la carte ?
Oui j’ai fait demi-tour. Oui j’ai redescendu 650m de dénivelé en pleurant (c’est le vent… ). Oui j’ai entamé la montée de la montagne d’en face, en direction du BON COL cette fois ci !!! Rhaaaa !!! Faut que ça sorte, désolé.
Le Dévoluy, en direction du col du Noyer.

Le Dévoluy, en direction du col du Noyer.

Dévoluy – Carpentras – Aix-en-Provence – Montpellier – Béziers – Toulouse – Bordeaux – Saintes

Le reste de l’histoire se passe sans encombre majeur. Je fais la connaissance d’un couple de vacanciers qui m’invite avec une spontanéité déconcertante à partager un repas, merci beaucoup à vous!

J’affronte pour la première fois le Vent, avec un V majuscule. Celui qui te cloue au sol et qui te démoralise littéralement. Heureusement ma route s’est vite remise dans le sens du Mistral. J’ai alors découvert le Vent, avec un V majuscule. Celui qui te pousse au point de passer la barre des 40km/h sur le plat, extra !
J’ai retrouvé Adeline pour un spectacle équestre époustouflant ! J’ai rejoint des potes slackeurs pour partager une petite waterline au-dessus de la mer, au top!
Il fait beau, tout roule, et même dans la galère (un jour de retard sur une date de vaccin : étape de 180km à faire dans la journée…) je me retrouve hébergé, bichonné, chouchouté par ce très sympathique couple de Camarguais qui me fournira le gîte et le couvert. Et quel gîte ! A la belle étoile, entouré des poules et des oies qui gambadent en liberté autour de la maison. Sous la surveillance des biquettes qui gardent les lieux de pied ferme… c’est génial 🙂
Même les moustiques sont incroyables ! Ils passent à travers 3 couches de draps, n’ont rien à faire du produit anti-moustique et ne s’arrêtent jamais la nuit ! Epatant.
Canal des deux mers, juste avant Toulouse.

Canal des deux mers, juste avant Toulouse.

En fait, tout va bien. Pas de problème mécanique, pas de souci de genoux qui piquent, du glanage en veux-tu en voilà, je ne manque de rien, c’est le bonheur. Mes amis m’accueillent tous avec un grand sourire, avec des plats tous meilleurs les uns que les autres… La route est cool, c’est plat, y’a plus de vent et les kilomètres défilent à vive allure.

Merci à tous pour votre accueil, vous êtes géniaux 😀

L’île d’Oléron

Je terminerai cet article sur la dernière étape : l’île d’Oléron, où j’ai rejoint mon pote Ludo.
Fidèle à lui-même. A peine arrivé sur l’île, on se retrouve déjà à rouler pleine balle sur sa vieille moto Dakar en direction d’un vieux fort napoléonien abandonné, retapé en centre de vacances, puis re-abandonné. On se glisse par une grosse meurtrière où quelques barreaux ont été limés, on explore les lieux, les souterrains… un peu d’urbex ça ne fait pas de mal. On se retrouve vite nez à nez avec d’anciens dessins faits au fusain par les conscrits de l’époque, il y a des vieilles bouteilles, des petits os, on s’éclate bien, c’est vraiment top.

Et puis dehors il y a une vieille tyrolienne rouillée, alors Ludo ne peut pas s’empêcher de monter sur le câble pour le slacker ! Ça nous donne des idées du coup… Donc on contacte un autre copain de la slack, Hugo Paf, on récupère du matos et c’est parti pour une mission highline dans le vieux fort. 60m de longueur, au-dessus de la cour principale, génial 🙂 On se marre bien, on passe la ligne tous les trois et on termine la journée par un bon restau sur l’île (offert par mes hôtes pour le bien de mon défi 0 euro et pour mon porte-monnaie du tour du monde. Un très grand merci à vous les copains ! ).
Levé de soleil depuis le pont qui relie l'ile d'Oléron à la terre.

Lever de soleil depuis le pont qui relie l’île d’Oléron à la terre.

Cet échauffement se termine déjà, j’ai pas vu le temps passer… 3200km sans aucun pépin (à peine une petite crevaison), je n’en reviens pas.

J’ai vraiment hâte de rejoindre JP à Lille pour le grand départ maintenant. Je n’ai malheureusement pas le temps de le faire en vélo donc je prendrai le train, mais ce sera l’occasion de passer encore plein de bons moment avec les potes sur Paris et en Hte-Savoie, de faire un petit pot de départ etc.

j’suis remonté à bloc 😀

Clem

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