6. La Croatie, une tempête au paradis

22 octobre, 7h du matin : première sonnerie du réveil. J’ouvre un œil, je suis dans la tente, Jp dort à côté de moi et je sens qu’on vient encore de se faire une super nuit. Qu’est-ce qu’on dort bien sur nos matelas ! C’est incroyable de faire des nuits pareilles sous tente. Avec le soleil qui se couche de plus en plus tôt, on est maintenant obligés de trouver notre bivouac sur le coup des 18h, ce qui nous laisse beaucoup de temps pour dormir. En général le matin, on essaye de décoller rapidement car les journées passent très vite en cette saison, mais ce matin c’est différent : il pleut. Il y a bien longtemps que ce n’était pas arrivé et finalement ce n’est pas si mal, on va pouvoir prendre un peu de repos. Car mine de rien, cela fait déjà 6 jours que nous sommes partis de Trieste, sans prendre un jour de pause, et nous sommes encore à 200 kilomètres de Dubrovnik, notre prochaine étape. Tihe, l’une de nos rencontres slovènes, a de la famille là-bas et elle doit nous rejoindre pour une semaine de vélo.

C’est donc bien sereinement que j’attrape mon bouquin pour occuper cette matinée pluvieuse. Et pas n’importe lequel ! Il s’agit de l’intégrale en 1000 pages de Kahlil Gibran, un philosophe libanais. Sur mon marque-page il est écrit de la main de Ben et Tom : «Ce livre connaît la route». Car ce bouquin en est en fait à son deuxième tour du monde à vélo. Et je peux vous dire que ça me fait chaud au cœur à chaque fois que je l’ouvre.

Bref, je lis quelques pages mais je suis rapidement perturbé par le motoculteur qui vient de démarrer juste à côté. Un moteur puissant atteignant sans peine les 100 décibels, c’est de la belle mécanique… Mais avec le temps, j’ai appris à parler le langage de cette machine : il me suffit de poser ma main quelques secondes sur son épaule et Jp arrête de ronfler.

J’attrape maintenant mon appareil photo pour trier les clichés pris depuis Trieste. Je remonte 6 jours en arrière, juste avant de partir de chez nos amis italiens. Les premières images me font sourire, nous avions une sacrée journée en perspective en quittant la coloc’ ! C’est le jour de mon anniversaire et nous allons passer la barre des 2000 kilomètres. C’est aussi la première fois que nous avons à nous repérer seuls lors de notre défi sans carte. Les 250 premiers kilomètres ont été faits en compagnie de nos amies slovènes qui nous ont donc servis de guides, mais il nous en reste encore 750 à parcourir seuls pour réussir le challenge. Il nous faut nous aventurer dans les terres pour traverser la péninsule croate de l’Istrie, sans quoi nous ferions un détour de plusieurs jours si nous nous contentons de suivre la côte.

Juste avant de partir, je jette un dernier coup d’œil à mes mails et vois que nous avons deux nouveaux défis : il me faut arborer fièrement notre bonnet belge toute la journée (voir le défi) et souffler mes bougies sur un gâteau de circonstance (voir le défi). Bien vu les amis !

C’est donc dans un accoutrement bien ridicule que j’enfourche mon vélo, sous le regard moqueur de Jp et des collègues italiens… Première destination : le port industriel. Il y a un gros truc qui m’intrigue sur l’un des cargos et j’aimerais voir ça de plus près. D’après nos hôtes, il s’agit de morceaux de murs destinés à rénover le canal du…Panama. À Trieste ! Et ces ˝morceaux˝ de murs mesurent pas loin de 40 mètres de haut et sont visibles à des kilomètres. Encore une fois, mes racines de Génie Civil me démangent et je veux en savoir plus.

Arrivés devant le péage d’entrée du port, des vigiles nous interpellent, étonnés de voir deux vélos s’élancer sur une route habituellement empruntée uniquement par des 36 tonnes. Je leur explique que nous aimerions voir les murs du canal du Panama, ils se contentent d’un petit sourire : ˝Ça ne va pas être possible…˝. En même temps, vu la tête de clandestin que se paie Jp, ils ont des raisons de douter de nos intentions touristiques. ˝Non, on ne veut pas embarquer sur le bateau, juste prendre quelques photos ! Non…? Bon, bon.˝. Demi-tour. Depuis là où nous sommes, la meilleure solution pour quitter la ville est de prendre une espèce de boulevard supra-urbain qui surplombe la ville sur plusieurs kilomètres. On s’engage sur cette voie en s’assurant que ce n’est pas réservé aux voitures, pas de problème, on y va.

Mais rapidement, un Vespa se met à notre niveau et le gars me gueule en italien que c’est interdit, que les autoroutes ne sont pas autorisées aux vélos et qu’il faut absolument que l’on sorte à la prochaine sortie. ˝Comment ça une autoroute ? Mais ce n’est pas indiqué du tout ! Et puis d’abord qu’est-ce qu’il fout là avec son Vespa si c’est une autoroute ?˝ Bref, on pédale au taquet pour sortir de là au plus vite, il y a plusieurs kilomètres avant la première sortie et des travaux sont indiqués. On savait que dans un voyage pareil, on serait amenés un jour ou l’autre à prendre l’autoroute à bicyclette. Mais franchement pour une première, on fait fort ! Imaginez la scène : on est sur un pont autoroutier qui surplombe la ville, évidemment il n’y a pas de bande d’arrêt d’urgence et les travaux monopolisent une voie entière. On se retrouve donc à pédaler comme des dératés, poussés par les klaxons amicaux des Italiens, mon bonnet belge toujours vissé sur la tête, folklo ! On atteint finalement une sortie sans encombre, les panneaux indiquant la fin de l’autoroute sont bien visibles cette fois-ci. On tâchera d’être plus prudents à l’avenir, mais c’était marrant quand même.

La suite de la journée se passe plutôt bien. On s’arrête en fin d’après-midi dans une auberge, histoire de fêter mon anniversaire à grand renfort de Pivo et de spécialités locales, un moment unique. L’auberge est sur les flancs d’une montagne, la vue est superbe et on distingue même Trieste au loin, enfin, à une dizaine de kilomètres à vol d’oiseau. D’ailleurs, ça paraît étonnant car mon compteur indique plus de 40 bornes. Ouais, d’accord, on s’est peut-être un petit peu perdus en route. Le défi sans carte n’est pas si évident finalement… On passe péniblement les 2000 kilomètres juste avant le coucher du soleil, on n’a pas beaucoup roulé mais la journée a été bien chargée : il ne reste plus qu’à trouver un bivouac.

Je passe ensuite sur les photos de la Croatie. Là, ça envoie du lourd. Dehors la pluie s’est intensifiée mais ça n’a pas l’air de déranger Jp qui dort toujours d’un sommeil de plomb. Les sonneries du réveil se succèdent, il ne bronche pas, une vraie machine.

La Croatie, disais-je. Pays des dentistes et des prothèses molaires…! Enfin, pas vraiment mais c’est l’effet que nous en avons en franchissant la frontière. Pas moins d’une quinzaine de pubs relatives aux quenottes et deux centres de chirurgie dentaire rien que sur le premier kilomètre ! Nous sommes dans l’arrière-pays, il n’y a rien, pas un village, pas un commerce, juste ce drôle de business des frontières.

Donc, hormis ce premier kilomètre la Croatie c’est plutôt le pays des petits pêcheurs, des routes sinueuses surplombant la mer, le pays du soleil, des îles et du vent. Somptueux. Les jours suivants seront sans doute les plus agréables depuis le début du voyage. Nous roulons torse nu, en short, tongs et chapeau de paille le long des magnifiques routes longeant l’Adriatique. Les petits ports se succèdent, tous plus beaux les uns que les autres. Au large, de nombreuses îles se dessinent au fil des kilomètres, sauvages et désolées, elles nous inspirent des randonnées d’aventurier… La côte est extrêmement calme, nous sommes les seuls touristes en cette saison et les locaux ne courent pas les rues. La quasi-totalité des maisons sert en fait de logement estival. Elles sont vides le reste de l’année. Nous profitons donc des petits ports pour pique-niquer, le calme des lieux nous laissant sans voix. On se surprend même à chuchoter. Jp profitera d’ailleurs de ces moments de solitude pour s’adonner à sa nouvelle passion : la pêche ! Attention l’artiste, ça décoiffe. Bon, je ne qualifierai pas cette tentative d’échec, mais plutôt de découverte et de perfectionnement des outils et de la technique. Il faut bien commencer un jour. J’en profite d’ailleurs pour lui lancer le défi de manger un poisson pêché par ses soins quand il sera en Italie. Il est ravi.

Quand je dis que la route est sinueuse, c’est qu’on peut faire des détours de plusieurs kilomètres pour contourner une crique ou une baie. Un matin, après avoir roulé 45 minutes, nous réalisons que nous ne sommes en fait qu’à un kilomètre à vol d’oiseau du lieu du bivouac ! Mais c’est tellement beau… Vraiment, on ne s’en lasse pas. On profitera d’ailleurs de cette magnifique petite route pour relever le défi ˝à poil˝ : faire un tour de vélo de 1 a 5 kilomètres entièrement nus (voir le défi). Avant le coucher du soleil, le cadre est vraiment trop beau, et le car de touristes qui nous klaxonne à la fin a eu l’air de bien apprécier le spectacle. Revigorés par nos exploits, on se lancera également dans la soirée dans l’élaboration de mon fameux gâteau de circonstance. 100% récup, encore un sacré moment. En regardant d’un peu plus près la photo du défi cul nul, on remarque que nous commençons à sérieusement prendre en cuisses et en mollets ( j’ai d’ailleurs du mal à rentrer dans mon pantalon maintenant), mais qu’au niveau du torse je m’affaisse un peu. Ce n’est peut-être pas ce qu’il y a de mieux d’être déséquilibré musculairement, alors Jp me confie son secret pour s’entretenir : pompes et gainage tous les soirs. ˝Tu ressembleras à un Dieu grec avec ça.˝ Je prends !

Je continue à faire défiler les photos jusqu’à tomber sur celle de l’île aux chinoiseries. Haha, encore une drôle d’aventure. Mais je sens que ça bouge à côté de moi, je me retourne vers Jp, il a entrouvert un œil.
˝Égout…˝
˝Quoi hégou ?˝
˝Met l’eau à la bouche, en 5 lettres, ÉGOUT nom de Dieu, je l’ai !˝
˝Haha, trop fort, je ne l’aurais jamais trouvé celui-là ! Tu rêvais à tes mots fléchés ?˝
˝T’as vu la vivacité d’esprit du bonhomme un peu, de bon matin, comme ça ?˝
˝Jp, ça fait 7 fois que le réveil sonne, je suis debout depuis 1h30, il pleut…˝
˝Ha…˝ Un blanc. La paupière entrouverte ne tient plus, je sens qu’il va craquer…˝S’il pleut, je peux me rendormir un peu alors…? Zzzzz…˝ Il a craqué.

Bref, mes photos des chinoiseries. La Croatie regorge d’îles, de très grosses mais également plein de toutes petites, toutes mignonnes. Celle-là est reliée à la terre par un ponton et il y a une petite chapelle dessus. Extra. On s’arrête pour prendre une photo. Je cherche un emplacement adéquat, effectue quelques réglages, zoome un peu… Tiens ? Je zoome encore… Hooo ! Mais que vois-je ? Un photographe semi-professionnel, armé de son téléphone portable est en train de shooter une jeune femme en dessous frivoles, agitant autour d’elle un voile satiné. Alors là je me dis ˝Clément, garde ton sang-froid, ne bouge surtout pas et continue à faire tes petits réglages !˝. C’était chaud, mais maintenant je peux vous le dire : tout s’est bien passé.

On plie bagage et on s’apprête à partir, nos deux artistes, sentant le vent tourner, s’en vont également. On donne un premier coup de pédale quand soudain, un bus surchargé déboulant à vive allure s’engouffre sur le parking en dérapant sur les gravillons dans un bruit terrifiant. Un nuage de poussière nous tombe dessus. On ne voit plus rien, je suis perdu. Quand le nuage se dissipe, un spectacle effarant s’offre à nous : une horde de Chinois, à peine descendue du bus, est en train de foncer en direction de la petite plage. Munis de leurs ombrelles et de leurs appareils, c’est à celui qui aura la première photo de l’île sans personne dessus. Mais vous les auriez vus ! Ils se doublent, se poussent, s’attrapent… Un grand type athlétique a pris la tête, il court à grandes enjambées, il est sur le point d’arriver en premier…! Clic, clic, ça y est, les clichés s’enchaînent. Il l’a ! La petite île sans personne dessus ! Et là, chose très étonnante, il s’élance en courant sur le ponton pour être bien sûr de gâcher la photo de tous ses camarades. Celles-ci doivent donc majoritairement être constituées d’un bel endroit avec un grand type athlétique qui court devant. Pathétique.

Me vient alors une idée tout aussi ridicule : et si nous nous élancions avec nos vélos sur ce ponton, histoire d’être certains de gâcher les photos de tout le monde. Haha ! C’est parti, on s’engage d’un élan mal assuré sur le petit pont. Fier de notre connerie, j’en jubile d’avance. Erreur, erreur fatale… Loin de compromettre leurs clichés, nous devenons à notre tour la nouvelle attraction à photographier. Ils courent à nouveau, clic, clic, clic, on se fait mitrailler, c’est n’importe quoi ! Certains nous barrent la route pour nous avoir de plus près, s’agenouillent juste devant, nous empêchant d’avancer. Je manque de tomber dans l’eau et m’en sort de justesse… Ouf ! Et tel le clairon sonnant la fin de la bataille, le moteur du bus redémarre. Moins d’une minute plus tard, il sera parti sans laisser personne derrière lui, en direction du prochain point touristique à ne pas louper. Impressionnant. Nous sommes seuls, sur notre île, tout s’est passé très vite et on n’a sûrement pas tout compris… Mais après tout, on est bien là. Et si on se faisait quelques photos nous aussi ? Haha, tous les mêmes, putain…

Maintenant Jp est bien réveillé et nous discutons de la meilleure façon d’occuper notre matinée pluvieuse. Notre tente est grande et nous pouvons sans peine déjeuner à l’intérieur, mais rien ne presse, nous avons tout notre temps. Pour se réveiller en douceur, Jp sort ses mots fléchés, tandis que je me motive pour prendre une petite douche sous la pluie. On ne s’est pas lavés depuis 6 jours, ça ne peut pas faire de mal, bien que nous ne sentions pas mauvais grâce à nos supers tee-shirts en laine de mérinos ! La pluie est tiède, ça fait un bien fou, je me savonne tranquillement en regardant le paysage. Nous sommes dans un vieux pâturage à proximité d’une petite route, la mer n’est qu’à quelques kilomètres mais on ne la voit pas depuis là. Le pré est entouré de vieux arbres morts donnant à ce lieu une allure mystique.

Le vent se lève. ˝Super, avec ces bourrasques je sécherai plus vite.˝ Mais c’était sans compter sur la pluie qui s’intensifie également. ˝Wow, mais ça fait mal, on dirait des grêlons !˝ La pluie est vraiment forte maintenant, j’ai l’impression que les gouttes percent ma peau à chaque impact, poussées par un vent de plus en plus puissant. La tente bouge, se soulève, les arceaux plient dangereusement et j’entends Jp qui s’affole à l’intérieur.
˝Haha, c’est quoi ce bordel Clem ?!˝
˝File-moi les dernières sardines Jp, je vais en profiter pour haubaner la tente.˝ On a du mal à s’entendre, le vent est vraiment très fort maintenant. ˝Je crois qu’une tempête arrive !!˝

Toujours en caleçon, je cours autour de la tente pour planter les haubans du mieux possible. Évidemment ce n’est pas simple, car je n’ai pas mes lunettes et le vent est à deux doigts d’arracher la tente. ˝C’est bon, ça devrait le faire comme ça.˝ Je rentre dans l’abside pour m’abriter, attrape ma serviette et commence à me sécher. ˝Mais c’est un truc de fou, je n’ai jamais vu ça !˝ me dit Jp. ˝Tu verrais dehors, c’est la folie. Tout bouge, les rafales sont énormes, la pluie tombe à l’horizontale, haha !˝ Je n’ai même pas fini ma phrase qu’une série de bourrasques encore plus puissantes s’abat sur la tente.
˝Mais c’est de la folie, haha ! Enfin pour le coup la tente tient bon, tu as bien fait de mettre les haubans !˝
˝Ouais, si ça n’empire pas, ça devrait le faire.˝
˝Qu’est-ce qu’on fait du coup, on se tente un petit-déjeuner ? C’est ce qu’il y a de mieux à faire je crois.˝

Toujours en train de me sécher, j’acquiesce de la tête. La tente bouge beaucoup mais encaisse. Il ne faut pas que l’on tente de sortir maintenant, toutes nos affaires seraient trempées en quelques secondes. Résignés à passer le fort de la tempête sous la tente, on s’apprête donc à sortir le petit-déjeuner, quand soudain :

Chers Amis, pour la suite de la lecture deux possibilités s’offrent à vous. Merci de respecter scrupuleusement les règles suivantes :

1. Vous êtes nos mamans, ou vous êtes particulièrement sensibles à notre intégrité physique, veuillez lire uniquement la partie rédigée en BLEU.

2. Si vous n’appartenez pas à la catégorie précédente, vous pouvez lire la partie rédigée en ROUGE. Nota : si vous avez des doutes, préférez vous référer aux indications du 1.

 Quand soudain, une accalmie arriva.
˝Tiens, il ne pleut plus mon bon Jp, quelle surprise !˝

˝Et le vent s’est même arrêté, c’est parfait.˝
˝Que dirais-tu d’en profiter pour plier bagage et aller se sustenter dans un petit café sur la côte ?˝
˝Ho, c’est une chic idée ! Allons-y mon ami.˝

 Le ciel s’éclaircit et les oiseaux chantent pour célébrer le retour du soleil. Nos deux compagnons sortent de la tente et commencent à ranger leurs affaires.Ils ont le sourire aux lèvres et on les entend fredonner quelques mélodies printanières.
˝Incroyable comme cette tempête a cessé rapidement, n’est-ce pas ?˝

˝Tout à fait mon cher˝, dit Jp en dégageant une branche de notre passage, ˝Et qui plus est nous avons, une fois n’est pas coutume, à apprendre de nos erreurs : une tente mal haubanée pourrait s’envoler !˝
˝Et un arbre porrait tomber… Haha !˝ Ils rient d’une seule voix et reprennent la route, gaiement, en direction du premier café, dans l’espoir d’y déguster ces fameux Turkish coffees dont on leur a tant parlé.

Finalement, l’ambiance ne battant pas son plein dans le troquet où nos deux amis se sont arrêtés, ils décident d’en trouver un autre un peu plus accueillant afin de s’y reposer une partie de la journée.


Quand soudain : ˝CRRRAAAACCCC !!!˝. Un énorme bruit retentit aux alentours. On se regarde, les yeux écarquillés :
˝Whhhaaattt ??? Mais c’était quoi ça Clem ?˝
˝Un arbre ?˝
˝Noooonnn… Non, non, non, ce n’est pas possible…!!!˝
˝Jette un coup d’œil dehors, je finis de m’habiller.˝ Jp se précipite dans l’abside, d’ailleurs toute désordonnée, et passe la tête à l’extérieur.
˝Alors ?˝
˝La vaaaache… Il est énorme Clem !˝ Je le rejoins à moitié habillé, le spectacle est terrifiant. Un des gros arbres morts entourant le pré s’est déraciné à moins de 10 mètres de nous. Il n’est vraiment pas tombé loin. Mais le pire reste à venir, plus proches encore, deux autres gros arbres oscillent dangereusement de part et d’autre de la tente. Comme dans la fable du chêne et du roseau, ici les arbres morts tanguent mais ne plient pas, ils peuvent tomber à chaque instant.
˝On se caaassss !!!˝

Branle-bas de combat, tant pis pour le petit-déjeuner et les affaires mouillées, on remballe tout à vitesse grand V. On n’a jamais été aussi efficaces. En même pas 10 minutes, tout est rangé, les sacoches sont sur le vélo, la tente est pliée. On est prêts à décoller.
˝Crraacc !˝
Un autre arbre tombe juste 2 mètres devant nous. Celui-ci est beaucoup plus petit, mais quand même assez gros pour assommer son homme. Jp, tel un colosse grec, pose son vélo et s’en va dégager le chemin. Il empoigne l’arbre à mains nues, et dans un râle terrifiant, envoie valser le tronc hors du passage. Quelle puissance ! Nous enfourchons nos vélos et nous engageons dans la partie du pré qui nous sépare de la route. C’est le déluge. Le vent est d’une puissance toujours plus forte, nous avons du mal à retenir nos vélos. Des choses volent autour de nous, les buissons s’agitent dans tous les sens et le ciel est d’une noirceur… Nous sommes en plein jour mais il fait presque nuit. Jp me crie quelque chose, je n’entends pas. Je le vois descendre de son vélo et s’avancer, bravant les rafales, en direction d’un autre arbre mort nous barrant l’accès. Dans un élan mythologique, il tente de soulever l’arbre.
˝Raaahhhh !˝ En vain malheureusement, celui-ci est beaucoup trop gros. Je cherche une autre issue, regarde autour de moi et réalise alors qu’il n’y a plus un seul arbre debout autour de nous. Par dizaines, ils sont tombés, déracinés, nous ne les avons même pas entendus choir. Seuls deux troncs persistent : ceux qui entouraient la tente. Nous finissons par nous frayer un passage jusqu’à la route. La route ? Cet amas de caillasses et de branchages comme charriés par un torrent ? Nous ne reconnaissons plus rien. Pourtant c’est bien le bon endroit. On voit d’ailleurs une voiture arriver à toute vitesse, dérapant sur les graviers avant de disparaître au prochain tournant. La vitre arrière de la voiture était explosée, une bâche fixée à l’arrache empêchant péniblement la pluie de pénétrer dans l’habitacle. Sans rien dire, nous pensons tous les deux très forts que cette voiture a eu moins de chance que nous avec les arbres…

Nous quittons la zone dans l’espoir de trouver un café au plus vite. En réalité, plusieurs kilomètres nous séparent de notre prochain arrêt. La pluie bat son fort, nous sommes rapidement trempés jusqu’aux os. Les voitures nous éclaboussent et klaxonnent en nous voyant faire des écarts sur la chaussée. Le vent est tellement fort que nous n’arrivons pas à tenir le cap. Le premier bistrot que nous trouvons est bien sûr bondé, impossible de s’installer à l’intérieur. Les béquilles lâchent, les vélos tombent, on engloutit quelques tartines sous l’auvent en buvant un café, on ne se réchauffe pas, ça ne va pas du tout.
Profitant d’une légère accalmie de pluie (mais pas du vent, faut pas rêver), on refait quelques kilomètres avant d’enfin trouver un lieu sécure, chaud, sec, avec Pivo pas cher et accès Wi-Fi. On y passera toute la journée, de quoi se remettre de nos émotions et prendre le temps de réfléchir à la façon de vous raconter tout ça.

Serein dans la tempete... !

Serein dans la tempête… !

Il va de soi qu’une partie du récit a peut-être été enjolivée et une autre empirée. Mais en tout cas, le ressenti est assez proche de la réalité. La partie bleue reflète plus notre état psychologique, et la partie rouge les faits réels. Mais sachez, Chers Lecteurs, que nous ne nous sommes jamais vraiment mis en danger. En témoignent d’ailleurs les deux arbres fièrement dressés dans leur champ dans un coin de la Croatie. Enfin peut-être…

Clem

J37 à J42 sur la carte…

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7 réflexions sur “6. La Croatie, une tempête au paradis

  1. Pour le gainage et les pompes, tu demanderas à JP sa technique spréciale, qu’il maîtrise à la perfection, pour faire des pompes avec deux lits mis côte à côte. Spectaculaire.

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