7. Derniers instants à deux et difficiles adieux

Un vent coriace

Après quelques heures passées dans le café où nous avons trouvé refuge, qui auront été bien occupées entre courses, réponses aux nombreux messages d’anniversaire et mots fléchés (nous vous laissons le soin de deviner auquel d’entre nous deux correspond chacune des activités), le vent a l’air de se calmer un peu. Nous sommes à quelques kilomètres de Split et nous aimerions dormir au-delà de la ville. Il est presque 16h, il nous reste donc un peu plus de 2 heures avant la nuit noire. Nous remontons sur nos vélos et partons. Bien que largement moins fort que le matin même, le vent est toujours présent et nous oblige à être extrêmement vigilants pour ne pas faire des écarts trop importants, c’est épuisant ! La traversée de la ville de Split est désagréable, nous devons rouler sur une sorte de voie rapide qui contourne la ville sur quelques kilomètres. Les vélos n’étant apparemment pas légion en Croatie, les conducteurs se contentent parfois d’un écart minimum. Il paraît que, plus on descend dans les Balkans, plus la conduite est folklorique, ça promet.

Quelques kilomètres après Split, alors que la lumière commence à décliner, nous remarquons un grand immeuble (de bien quatre étages) abandonné en pleine construction, les menuiseries étant faites sur les deux premiers étages seulement. Il faut savoir qu’au cours des derniers jours, nous nous sommes aventurés à l’intérieur des terres et avons eu la désagréable surprise de constater que les constructions abandonnées sont monnaie courante. Autant la côte, bâtie principalement de logements saisonniers, est proprette et touristique, autant les stigmates de la guerre apparaissent dès que l’on s’en éloigne d’à peine 5 kilomètres . Le développement économique est à plusieurs vitesse.

Cet immeuble abandonné nous paraît en tout cas être l’endroit idéal pour passer la nuit, surtout avec le vent qui ne faiblit pas. Nous nous faisons discrets au moment de passer la grille d’entrée, qui n’est pas condamnée. Nous nous doutons bien que nous ne sommes pas les premiers à investir le lieu et constatons  que celui-ci a été baptisé de tags en tous genres et a déjà servi de dortoir. Nous visitons l’intégralité du bâtiment. Nous sommes seuls. La nuit est bonne, la lueur de la bougie donnant au lieu un côté cosy. C’est la première fois que nous dormons dans ce genre d’endroit, une expérience de plus !

Nous sommes jeudi matin et il nous reste encore 200 kilomètres jusqu’à Dubrovnik. Tihe, qui doit nous y rejoindre pour quelques jours de vélo, n’arrive que lundi . Nous avons donc tout le temps nécessaire pour arriver à bon port. Nous continuons de longer la côte dont les points de vue ne cessent de nous enchanter. Le glanage bat également son plein et nous cueillons de nombreux fruits sur les arbres : amandes, grenades, clémentines (qui foisonnent littéralement, le kilo est vendu à 2 Kune, soit 26 centimes d’euro) et même des figues. Bienvenue dans le Sud ! Le soir venu, un très joli bivouac nous ravit, au-dessus de la ville de Ploce. Nous profitons de la proximité de celle-ci pour nous offrir quelques bières.

Passage express en Bosnie-Herzégovine

Le lendemain, le vent toujours fort change parfois de direction. Il n’est pas de force constante, heureusement, mais certaines rafales nous clouent au sol. Nous comprenons qu’il peut devenir très handicapant et usant au quotidien dans certaines régions du monde. Après une petite ascension, nous nous retrouvons en Bosnie. En effet, le pays dispose d’un tout petit accès à la côte sur une quinzaine de kilomètres et nous sommes obligés de traverser cette enclave pour aller jusqu’à Dubrovnik. Cette particularité géographique nous intrigue et nous souhaiterions en savoir plus sur les faits historiques qui ont amené à ce découpage. Nous mangeons en Bosnie, histoire d’y rester plus d’une heure! Nous avons le plaisir d’y découvrir de merveilleux produits, notamment un seau de crème au chocolat de 800 grammes, qui ravit le gourmand qu’est Clément.

Après être re-rentrés en Croatie, nous trouvons difficilement, après avoir demandé conseil à plusieurs locaux (dont certains se débarrassent de nous tels des patates chaudes), un emplacement pour notre tente au bord de la mer, enchaînant ainsi notre neuvième nuit hors d’une habitation. Ceci ne nous dérange pas, mais nous n’avons pas trouvé de point d’eau douce les derniers jours et nous aimerions pouvoir faire une lessive et nous doucher. Comme nous profitons tous les matins de points de vue superbes en prenant notre petit déjeuner, nous n’allons pas nous plaindre. Et puis, le vent dissipe nos mâles effluves…

Nous effectuons samedi matin les derniers kilomètres nous séparant de Dubrovnik et nous arrêtons pour profiter d’une jolie vue sur la ville. C’est alors que nous entendons un homme, muni d’une grosse caméra, parler français dans un talkie-walkie, apparemment avec une autre personne qui conduit une voiture de sport à quelques mètres de là. Nous le voyons prendre différents plans et commençons à émettre des hypothèses. Clément et sa légendaire clairvoyance ont vu juste : il s’agit du tournage d’Auto-Moto, et la voiture, une Bentley Continental à 200 000 €, est prisée par les “mafieux et la jet-set” selon les dires du conducteur. Nous leur conseillons quelques endroits où tourner dans les environs et entrons dans la ville.

Quelques jours à Dubrovnik

Le choc est brutal étant donnée la foule de touristes massée à l’entrée de la vieille ville. Les prix pratiqués sont prohibitifs! Nous nous dirigeons vers un office de tourisme pour obtenir quelques renseignements. L’hôtesse d’accueil, extrêmement sympathique, nous conseille une zone dans laquelle nous pourrons planter notre tente sans nous faire remarquer, très près du centre-ville. Nous avons deux nuits à passer sur place en attendant l’arrivée de Tihe, c’est parfait. Le coin est effectivement superbe, au bord de falaises surplombant la mer. Nous occupons notre temps entre lessive, douche (merci au seau pliable !), cyber-café pour rédiger nos articles et repos. Le temps est au beau fixe et nous essayons de peaufiner notre bronzage, gardant en mémoire les propos de Paul contemplant nos torses pâlichons : “Ben alors les gars,on vit dehors et on a peur du soleil ?”.

Nous aurons la surprise de rencontrer dans la ville plusieurs autres cyclistes au long cours : Wilm, jeune Allemand en tour d’Europe pour quelques mois, James, qui rentre en Nouvelle-Zélande après une dizaine d’années en Angleterre et Matthew, Australien d’origine qui retourne également chez lui après une vingtaine d’années sur le vieux continent. Nous passons une super soirée dimanche, autour d’une bière et d’une pizza, échangeant nos différentes expériences et partageant la passion exhibitionniste de Matthew… Clément espère pouvoir rouler avec eux en Grèce et Wilm se joindra peut-être à moi en Italie. C’est un vrai plaisir de rencontrer d’autres cyclistes. Nous n’en avions pas eu l’occasion auparavant. Nous en croiserons un autre le lendemain, mais il prendra un bateau le soir même pour l’Italie pour chercher des pièces de rechange, paniqué à l’idée de souffrir d’un manque!

Le soir venu, nous retrouvons Tihe vers 23h, allons faire un tour dans la vieille ville et finissons par aller nous coucher sur notre falaise, un peu déçus car nous pensions que sa famille pourrait nous héberger. Bref, nous dormons à la belle étoile, pour éviter de devoir replier la tente dès le lever du soleil (aux alentours de 6h), grappillant quelques précieuses minutes de sommeil. Nous rejoignons Tihe le lendemain matin, prenons une douche et mangeons avant de partir. Nous ne ferons que 40 kilomètres car nous nous arrêtons chez Marco, un hôte WarmShowers chez qui nous pouvons planter la tente.

Nous y faisons la connaissance de deux autres cyclistes, un Anglais et une Canadienne, qui nous accompagnent le mercredi matin. Nous entrons au Monténégro après quelques kilomètres mais malgré les paysages superbes nous n’avons pas le cœur en joie. Nous savons en effet que notre aventure commune finit le lendemain et cela nous attriste profondément. Après avoir laissé nos amis cyclistes pour prendre un ferry qui traverse la baie, nous passons notre dernière soirée tous les trois à manger des Cevapcici (sorte de kebabs des balkans avec des mini-saucisses) à 2€ et à boire des pintes à 1.5€.

Triste moment des adieux

Le jeudi matin, nous roulons 1h30 avant d’arriver à Budva. La vieille ville est très jolie, mais complètement masquée par les nombreux buildings environnants. Le tourisme a l’air florissant dans le pays et nous avons peur de ce que cela pourrait engendrer à l’avenir. L’authenticité des lieux est déjà sérieusement compromise… Après quelques heures à profiter de l’endroit, vient le moment de nous séparer. Tihe et Clément repartent vers Dubrovnik en passant par Kotor et moi, je dois me diriger vers Bar pour prendre le ferry de Bari le soir même.

Les adieux sont difficiles, des liens forts s’étant créés à partager une belle vie au quotidien pendant 50 jours. Nous avons l’impression que l’aventure n’est pas allée à son terme. Clément me glisse un “Tu sais que tu as le choix Jp !”, et après une affectueuse (mais virile! comme en témoigne la photo) accolade, nous prenons chacun une direction différente, le cœur gros. Les images et les souvenirs nombreux pédalent avec moi vers le port. Je suivrai avec une émotion toute particulière la suite des aventures de Clément, espérant secrètement pouvoir rejoindre la caravane plus tard… Bonne route mon ami !

Jp

J42 à J51 sur la carte…

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3 réflexions sur “7. Derniers instants à deux et difficiles adieux

  1. Que ce doit etre difficile en effet de se séparer… bonne route à vous deux et soyez encore plus vigilants, pour que cette aventure se poursuive aussi bien que ce qu’elle a ete pendant 50 jours. Bravo ! Bisous

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  2. Pas facile de continuer seul chacun de son côté après autant de temps de partage de tous les instants! Il va falloir être bien plus prudent!
    Bon courage pour la suite à tous les deux !
    Blanca

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