12. Pas d’oranges pour Noël

Avant propos

Sur mon vélo, je suis habitué à ce que le vent m’arrache quelques larmes. Mais après avoir eu des nouvelles de l’attentat contre Charlie Hebdo à la TV grecque… c’est toute la tristesse et l’indignation portée par la France qui m’ont fait pleurer. Charb, Cabu, Wolinski, Bernard Maris… ils ne m’ont pas quitté une seule seconde cette journée.
Nous sommes tous Charlie, même a l’étranger.

État psychologique de l’individu.

J’ai écrit dans mon carnet de notes, à la date du 8 novembre 2014 la mention suivante : «Suite à plusieurs tentatives infructueuses, il me faut reconsidérer ma capacité à me foutre dans la merde, car j’ai beau essayer, je n’y parviens pas.» Cette inscription faisait suite à plusieurs tentatives de perdition en territoire albanais de type montagneux. Mais la chance étant systématiquement de notre côté, mon ami Dario et moi-même parvenions toujours à nous en sortir avec brio. Plus surprenant encore, les personnes rencontrées et les expériences vécues avec elles se trouvaient être, de surcroît, plus fortes et plus enrichissantes.

Abordant le sujet avec Dario, nous tombions pourtant d’accord sur l’importance capitale de nous retrouver dans des situations merdiques profondes, afin de goûter à l’un des accomplissements clé de cette aventure. Nous décidions alors de renouveler ces tentatives avec plus de force et de détermination. N’étant plus avec mon compagnon de route lorsque j’écris ces mots, et par crainte de mal retranscrire ses pensées, je ne parlerai maintenant plus qu’en mon nom. Charlie, tu peux m’aider un peu!
Il est en effet essentiel pour moi de rechercher la difficulté en quittant ma zone de confort. C’est, entre autres, l’une des raisons motivantes de ce voyage.
Après avoir obtenu un baccalauréat avec mention puis acquis un diplôme en Génie Civil dans une grande école publique, sans jamais avoir été inquiété par de quelconques problèmes d’argent (Merci maman! Merci papa! Merci papy et la République! parenthèse du correcteur)  me voilà embauché avant même d’avoir totalement terminé mes études.
En bon petit soldat, je suis prêt à rembourser ma dette envers la société, en mettant à profit le savoir acquis au service de la Croissance et du Capital. Touchant un salaire 15 fois supérieur à celui de nos voisins albanais (mais toujours inférieur à au moins l’un de mes collègues de promo), les portes du paradis de la Consommation me sont ouvertes! Adieu, vie d’étudiant !
Je sais que bon nombre de personnes rêveraient de cette situation et la souhaiteraient à leurs enfants, à commencer par ma propre famille. C’est l’accomplissement de ce que j’appelle le «Rêve européen», et il est tout à fait naturel de vouloir le réaliser et de s’y épanouir, car c’est un rêve de société. Entendez par là que ce n’est pas un rêve intimement personnel (qui met du temps à se dessiner, qui mue et qui évolue au fil des années) mais plutôt un rêve décrit, indiqué puis encouragé par la société environnante depuis notre plus tendre enfance. La France, l’Europe, assistées des puissantes valeurs véhiculées par la Mondialisation modèlent notre avenir et nos désirs.
À la question de savoir si ce rêve me convient, je ne vous fais pas un dessin… À peine plus d’un an après cette entrée dans le monde sonnant et trébuchant du travail, qu’y a-t-il derrière moi ? 8500 km parcourus à bicyclette à travers 15 pays, et une boussole obstinément braquée vers le soleil levant. Je ne vous ferai pas non plus la liste des choses qui, pour moi, clochent dans cette vie-là… Mais j’aurai largement le temps d’y revenir durant ces deux prochaines années de voyage.
Pour l’heure, la question est à la merditude des choses. Avant mon départ j‘étais persuadé – et j’ai même avancé cet argument à ma pauvre mère, j’en suis désolé – qu’il me fallait sortir du rang pour un temps afin de me trouver confronté à de vraies difficultés, tenter de m’en sortir par moi-même et voir ce que c’est que d’en chier… Tout cela dans le but de me connaître d’avantage, et de mieux apprécier les plaisirs de notre société, qui ne me paraissent pas totalement mérités jusqu’à présent. Tel était l’un des postulats de base de cette aventure. Suite aux récents événements qui se sont déroulés dans une vallée perdue interdite à la circulation, dans les montagnes reculées d’Albanie, et d’une manière plus générale à une succession de ressentis et de réflexions, je me vois contraint de revenir sur ce postulat.
J’ai beau tout faire pour me mettre dans la merde, je n’y parviens pas. Aux détracteurs qui me diront que ce n’est que le début, que je n’ai encore rien vu,  que le pire sera dans tel ou tel pays… Je leur réponds qu’ils ont sûrement raison. Je ne suis certainement pas au bout de mes peines, mais il ne s’agit pas de cela.
C’est ma façon d’aborder les difficultés qui change, ou plutôt qui se révèle à mesure que je rencontre des problèmes. Mon truc: c’est tout simplement que je ne peux m’empêcher de positiver. Je trouve toujours pire situation que la mienne, ce n’est jamais si dur que ça et je me considère systématiquement moins à plaindre que d’autres (à commencer par les gens qui vivent dans lesdites montagnes reculées). À partir de ce constat, deux choix s’offrent à moi. Continuer à me frotter à des situations de plus en plus difficiles jusqu’à l’enlisement total, faisant de moi soit un ours solitaire, soit un Mc Gyver, soit un mort. Ou bien accepter l’idée que positiver est peut-être… allez ! n’ayons pas peur des mots jetés à chaud : l’une des clés du bonheur ?
Car il n’arrive jamais rien de grave à celui qui positive. Car il croit toujours en l’avenir. Car il n’est jamais dépressif. Car il relève tout les défis de la vie avec le sourire.
J’ai envie de croire en la puissance de la positivité. Alors je vais mettre légèrement de côté le premier choix, celui du jusqu’au-boutisme, afin d’explorer d’avantage cette voie. Le problème de mon petit exposé est qu’il y a compatibilité entre les deux options. La première étant plutôt concrète et la seconde plutôt philosophique… Il est possible de faire les deux en même temps! Et me connaissant, je vais quand même avoir envie de tester mes capacités de temps en temps… Et puis il faut bien avoir des histoires à raconter, n’est-ce pas ? Alors advienne que pourra ! Ces réflexions ne changeront peut-être rien à la suite du voyage, mais il me semblait essentiel de vous tenir informés de l’évolution de mes pensées. Les kilomètres à bicyclette ne se résument pas à appuyer seulement sur les pédales.

La sortie des montagnes illyriennes est brutale. Nous passons en quelques tours de roue d’un monde rude et solitaire où les bergers sont rois, à une ville grouillante de vie où les quartiers insalubres côtoient quelques coquets hôtels à touristes. On se dépêche de quitter l’agglomération pour chercher de la compagnie dans les villages alentours. Nous n’avons pas le goût de beaucoup rouler et nous sentons plus à l’aise à la campagne qu’à la ville.
En route, nous croisons maints étals de fruits et légumes. Chaque personne qui a un petit bout de terrain vend devant sa porte ses récoltes d’automne. Oignons et kakis se livrent un combat sans merci, la concurrence est terrible et il y a bien peu d’acheteurs… Mais les gens n’ont pas l’air de trop s’en faire. S’ils ne nous lancent pas un signe en souriant, c’est qu’ils font la sieste entre deux monticules de choux. Une fois de plus, la première personne à qui nous demandons un coup de main pour poser notre tente se plie en quatre pour nous installer dans les meilleures conditions, avec le meilleur rakia et un bon repas. Nous passons une bonne partie de la soirée à discuter des coins à ne pas louper sur la côte albanaise, et élaborons un plan d’attaque touristique. L’idée est de rejoindre la Grèce par la côte en s’arrêtant dans divers lieux antiques et autres villes de caractère, avant de faire une bonne étape à Ioannina où nous sommes attendus par une amie cycliste de Dario. Depuis là, nous pourrons organiser notre hiver en Grèce, car nous avons chacun prévu d’y rester deux mois avant de nous attaquer à la Turquie. Nous aurons tout le temps de trouver des bons plans à Ioannina. Kimi, notre hôte du soir, nous fait également voyager en nous livrant quelques bribes de son Curriculum Vitae. Immigré clandestin en Grèce à 20 ans, pour la récolte des olives ; travail au black avec un visa touristique en Italie où il apprend à conduire les machines agricoles… Maintenant, il a monté un petit business dans son village natal et il loue les bons services de son tracteur contre quelques leks… Il est heureux Kimi, il me laisse ses coordonnées si jamais un jour j’ai besoin d’un coup de main en France. Mais au fond, il est ravi d’avoir réussi à revenir si vite au pays.

L’étape suivante est d’un plat déconcertant. Il y a bien longtemps que ça ne nous était pas arrivé, d’autant plus que la route est plutôt en bon état. Certes, il y a toujours des portions de piste par ci, par là… Mais ça nous paraît tellement facile maintenant !

Quand nous arrivons au site antique d’Apollonia, le soleil est encore haut dans le ciel. Il illumine la colline sur laquelle se côtoient depuis des milliers d’années des vestiges grecs, romains et illyriens. La campagne alentour est restée comme à l’époque une vaste étendue de terre fertile où les troupeaux de moutons paissent entre les orangers et les oliviers. Nous profitons du beau temps pour casser la croûte sur le flanc de la colline. Nous sommes suffisamment haut pour avoir une vue d’ensemble sur le petit vallon que nous dominons, et assez proches pour entendre les sons qui en proviennent. Pendant une heure, tranquillement installés sur une vieille fortification, nous observons ce petit monde, nous l’écoutons… Un berger déplace doucement ses brebis vers un pâturage plus abondant, pendant qu’un autre fait la sieste dans un champ. Des femmes s’affairent dans les fermes entre poulailler et étable. On peut distinguer le son de leur voix et le bruit des portes qui battent leurs allées et venues. Quelques mobylettes passent sur la piste en terre reliant le hameau au village par lequel nous sommes arrivés, ce qui déclenche à tous les coups le gloussement des dindons qui se promènent çà et là…
C’est un fragment de vie sans temporalité. J’ai l’impression que 2000 ans auparavant, les riches aristocrates grecs ont pu assister à la même scène, à quelques mobylettes près.


Derrière nous, sur la colline, se trouvent des bains, des thermes, un parlement démocratique, une agora, … Sans parler des multiples temples païens et des théâtres romains. Nous admirons les vestiges de ces civilisations, c’est un fait. Elles ont laissé tellement de traces, que ce soit dans la pierre, dans les racines de nos langues ou dans les fondements de notre politique… Mais je ne peux m’empêcher de penser aux petites gens qui regardaient s’élever la cité depuis le fond de la vallée.
Que pouvaient-ils se dire ? Rêvaient-ils de devenir aussi riches que les propriétaires ? Les prenaient-ils pour des fous, à bâtir des choses bien inutiles, eu égard à leur vie de campagnards ? Est-ce qu’ils admiraient les grands de leur monde, gâtés de droits et de privilèges par les Dieux ? Est-ce qu’ils les craignaient ?
Je ne sais pas… sûrement un peu de tout cela. Mais en tout cas, je n’ai pas l’impression que nous ayons évolué en bien sur la question. Les riches sont toujours plus riches et toujours ils bâtissent. Les pauvres ? Quelles traces restent-ils des pauvres ?

Apollonia me fait forte impression, à commencer par le calme des lieux : nous sommes les seuls visiteurs. Nous traînons parmi les ruines en imaginant la vie d’antan, pourtant d’autres personnes habitent et font vivre cet endroit. Des enfants jouent entre de vieux oliviers et grimpent sur des fragments de colonnes qui jonchent le sol. Leurs parents respectifs sont pris dans d’intenses conversations, assis sur l’herbe, une bouteille de vin toujours à portée de main. Pendant que les anciens jouent aux échecs sur une table en pierre de taille.
Ici, les sites antiques n’ont pas de barrière ou de sentier balisé. Chacun est libre d’aller où bon lui semble, que se soit pour visiter ou pour se reposer. Et tout le monde respecte les lieux… Décidément, quel riche pays, cette Albanie !
Nous restons tout l’après-midi à profiter de ce petit paradis perdu. Le soleil est sur le point de se coucher lorsque nous nous décidons à chevaucher nos montures.


Trois choix s’offrent à nous : planter tout de suite la tente près du théâtre romain qui s’étend à nos pieds (la grande classe !) ; demander à la première ferme que l’on trouvera si l’on peut s’y arrêter (bon accueil assuré) ; ou bien rouler de nuit jusqu’à la prochaine ville et tenter notre chance dans un café animé (mystère !), parce que nous n’avons fait que 30 km aujourd’hui dont 10 dans la mauvaise direction et qu’à ce rythme-là, l’hiver va nous rattraper en moins de deux…
Mon insatiable soif de kilomètres prend le dessus, et nous optons pour la troisième solution. Aussi surprenant soit-il, j’ai toujours du mal à prendre mon temps. Contrairement à Dario qui tente en vain de m’enseigner les plaisirs de la lenteur suisse.
Quelque 50 km plus loin, les lumières de la ville de Vlorë sont en vue. Nous repérons vite un petit troquet avec un jardinet et demandons, en même temps qu’une bière, s’il est possible de planter notre tente. Angelo, le maître des lieux, n’a pas à réfléchir longtemps sur la faisabilité de notre requête : c’est hors de question !
Il fait bien trop froid pour nous laisser dormir dehors, et d’ailleurs il faut commencer par se réchauffer ! Alors nous prenons place autour de la table avec une demi-douzaine de garçons du coin, et faisons honneur aux tournées du patron. L’un d’eux nous propose de squatter sa maison… avec lui (vous avez dit squatter ?), ce que nous acceptons volontiers.
Sacrée soirée avec ces loustics ! On fait le plein d’anecdotes albanaises et les rakias s’enchaînent comme de rien. Le plus vieux de la bande nous propose d’apporter de son lait pour accompagner le café d’Angelo du lendemain matin. Il a un troupeau d’une dizaine de bêtes sur les hauteurs et il en vit. Notre hôte du soir, lui, est bûcheron. Comme les gars croisés en Macédoine, il fend des bûches 8h par jour pour un billet de 10€. C’est plutôt un bon salaire ici mais le problème, c‘est toujours le coût de la vie.


La nourriture est en moyenne trois fois moins chère qu’en France, excepté pour les produits de première nécessité dont le prix reste le même (pâte, riz, beans en tout genre, … pétrole aussi) pour un salaire dix fois moins élevé que chez nous. C’est pour ça qu’ils en élaborent un maximum eux-mêmes, le rakia en tête de liste !
D’ailleurs, on en boit un peu trop ce soir… Heureusement notre hôte a besoin de repos, et nous filons nous installer dans sa maison avant l’overdose. C’est là que le terme squatte prend tout son sens… Ha ha ! La bâtisse est absolument parfaite vue de l’extérieur, deux étages, balcons et crépi, attention les yeux ! Mais désespérément vide à l’intérieur ! Deux matelas posés en vrac, une télé et un grille-pain pour se chauffer. Pas de chiottes, pas de lavabo et un trafic d’électricité avec le café d’Angelo
A ce rythme-là, il leur faudra encore dix ans pour tout terminer… À moins qu’un membre de la famille ne finisse par s’expatrier en Suisse pour une année ? À méditer.

De retour au café pour le petit déj, on se régale de quelques verres de lait encore tiède. Bien gras, c’est parfait. Les gars nous donnent des conseils sur les coins à visiter, on les remercie chaleureusement pour leur accueil et on se décide à remonter en selle. Comprenant que nous allons partir, la moitié des autres clients du bar se lève et nous fait de grands signes pour nous ramener à table ! Ils brandissent des bouteilles de rakia et se bousculent pour remplir nos tasses à café… C’est donc ça, le café d’Angelo ? Au secours ! On met les voiles avant qu’il ne soit trop tard, ils vont nous tuer avec leur fichue niôle !
On se balade un peu en ville avant de reprendre la route, je suis toujours à la recherche d’un pneu, mon super Marathon m’ayant lâché dans les montagnes, je suis sur la Sainte roue-de-secours de Dario. Mais il n’y a rien à faire, je ne trouverai jamais ce genre de pneu ici, il me faudra attendre la Grèce pour satisfaire mes besoins de grand voyageur.
Vlorë est une cité en pleine expansion démographique et on y prépare un futur tourisme de masse en construisant des grands hôtels et des artères dignes des villes de l’ex-URSS. Les immeubles sont vides et une banlieue chaotique s’agrandit pour ré-accueillir les locaux délogés du centre-ville. On s’enfuit dès que possible.
La route qui longe la côte est bien plus agréable. Encore peu touchée par le tourisme, elle a gardé son charme sauvage. On fait de l’huile dans une grosse montée ultra-raide comme ils savent bien les faire ici… et on récolte du beurre à la descente! Au premier sens du terme, je veux dire… Au moment de finir le lait du matin, on trouve une petite noisette dorée au fond de la bouteille. Ha ha ! La joie simple de la baratte à pédales !

Il nous faut cinq jours pour atteindre la frontière grecque, la météo n’est pas vraiment de notre côté et il fait de plus en plus froid. Mais l’accueil chaleureux des Albanais est toujours là, et n’en finit pas de nous surprendre ! Nous passons une nuit dans une room à touristes, gracieusement offerte par son propriétaire, une autre à la belle étoile sous le porche d’un vieux monastère, deux autres sous la tente et la dernière dans un petit salon tout chaud en compagnie des grands-parents de la famille qui nous reçoit.
Arrivés de nuit et sous la pluie à la hauteur du deuxième site archéologique que nous espérons visiter, il nous faut vraiment  trouver un abri et nous réchauffer. Nous avons roulé toute la journée sous des trombes d’eau, je suis personnellement trempé jusqu’aux os à cause d’un léger problème d’étanchéité, et nous accusons tous les deux le coup d’une expérience culinaire ayant mal tourné. Nous approchons de la seule maison éclairée des environs, ruisselants sous la pluie battante. Une petite femme nous regarde avec de grands yeux et nous ouvre instantanément la porte sans que nous ayons à prononcer le moindre mot. Cinq minutes plus tard, nous sommes installés dans un canapé, habits changés, séchés, réchauffés, avec une bonne quantité de biscuits et de loukoums à grignoter.
What !? Ces gens sont incroyables. Et le pire, c’est qu’ils s’excusent ! Ils n’ont pas encore fini de préparer le repas, alors nous allons devoir patienter, s’il vous plaît.
Très bien, très bien… Patientons puisque vous insistez ! Après une attente interminable d’au moins 15 minutes, passées à engloutir mes loukoums préférés et à me réchauffer les pieds dans mes nouvelles chaussettes cousues main de la grand-mère… le repas arrive enfin (on a failli attendre !). Comme d’habitude, c’est une succession de plats, tous meilleurs les uns que les autres et dans des quantités qui semblent infinies. On se régale, on n’en peut plus… On ne vous remerciera jamais assez les amis.

Bien reposés, on peut s’attaquer à la visite de Butrint, le site antique, et rejoindre la frontière grecque. Le site est encore plus complet que celui d’Apollonia, avec des vestiges turcs et vénitiens en prime. Nous tombons une fois de plus sous le charme d’une petite colline, témoin de maintes civilisations. On se laisse porter par les récits historiques et mythologiques, rêvant de peuples disparus. Ce qui est incroyable ici, c’est qu’à peine 10% des ruines ont été dégagées… Butrint est presque entièrement recouverte d’une forêt dense, et il suffit de creuser n’importe où pour révéler de nouvelles rues, fresques et autres temples. Il reste tellement de choses à faire dans le futur en Albanie pour faire resurgir le passé.

C’est presque à regret que nous passons la frontière avec la Grèce le lendemain. Mais nous allons pouvoir nous reposer chez l’amie de Dario, pour notre plus grand bien. En un mois passé ensemble, on ne s’est accordés qu’une seule journée sans vélo, il faut recharger les batteries. Et puis on subit toujours les séquelles de notre dernière expérience culinaire dans le monastère abandonné, quelques jours plus tôt. On avait tenté de faire du riz aux oranges avec les fruits sauvages qui poussent là-bas. Pas extraordinaire sur le coup, et dévastateur une fois digéré… Je me suis retrouvé avec le foie complètement saturé, le système digestif à moitié bloqué. Et Dario a senti ses articulations le lâcher les unes après les autres, en commençant par les épaules, puis par les genoux et les chevilles… N’importe quoi! Il ne pouvait même plus lever le coude pour un rakia ! C’était très étrange…
Sur la route qui nous mène à Ioannina on tombe dans un guet-apens qui finit de m’achever. À l’abri dans un café pour avertir l’amie grecque que nous arriverons dans la soirée, on se pose un peu pour se réchauffer d’une journée bien pluvieuse. La serveuse nous propose alors de finir le gâteau qu’un client lui a apporté.
«
On n’en veut plus, car c’est un peu lourd» me fait-elle comprendre.
Ils n’ont presque rien touché, on finit tout jusqu’à la dernière miette… Mais ce que j’avais pris pour du chocolat blanc glacé n’était en fait que du beurre sucré. Juste passé au fraiseur pour que la chose se tienne un peu. Autrement dit, on vient de s’empiffrer l’équivalent d’une plaquette de beurre chacun…
Mon foie ne survit pas! L’effet est immédiat, j’arrive à Ioannina sur les rotules. C’est ma première tourista.
Bienvenue en Grèce !

Clem

J73 J80 sur la carte

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4 réflexions sur “12. Pas d’oranges pour Noël

  1. Magnifiques images encore une fois, recit passionnant, encore une fois, ta positivité… encore et toujours, visiblement inaltérable, c’est ce qui fait de toi un être fort et exceptionnel. Ne change rien !
    Gros bisous

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