13. Episode mytho-rologique capricieux

 4 jours sont nécessaires pour que je me remette du traumatisme stomacal, 1 autre pour reprendre des forces, et au 6ème, nous prenons déjà la route pour Meteora. C’est quand même une aubaine de tomber malade pile au moment où j’ai l’opportunité de rester au chaud quelque temps. La petite famille qui nous accueille est adorable, prête à tout pour nous bichonner Dario et moi et m’aider à me requinquer. C’est d’autant plus une aubaine que nous essuyons, à l’abri derrière les vitres, une tempête particulièrement violente. Début d’inondation, et grosse casse parmi les arbres… On est bien contents de ne pas être dessous cette fois-ci.

L’ambiance à la maison est toutefois assez particulière, car l’amie de Dario n’a finalement pas pu se joindre à nous. Ce sont donc uniquement ses parents qui nous reçoivent. Et sans sa fille pour la freiner dans ses élans de mère poule ultra-protectrice, la maman s’en donne à cœur joie au niveau du chouchoutage de deux nouveaux grands garçons dans sa maison ! Interdiction stricte de rentrer dans la cuisine pour donner un coup de main, nous fait-elle comprendre un rouleau de pâtissier à la main. Nous n’avons absolument rien le droit de faire, si ce n’est nous reposer et prendre du bon temps. Ce n’est pas si facile que ça, figurez-vous… Mais on finit par s’y faire, Ha ha !
De toute façon à la cuisine, je suis inutile, la meilleure chose pour moi étant de ne rien manger du tout. Je me fais un petit jeûne de deux jours. Je ne vous refais pas la scène où j’ai dû expliquer à la mère, en grec (donc en langage des signes), que le jeûne ne pouvait  me faire que du bien… alors qu’elle m’agitait du poulet à l’huile sous le nez. J’ai failli tourner de l’œil, tout coquelet gaulois que je suis… Et Dario a dû se forcer à manger pour deux. Quelle torture !
Bref, hormis ces petites anecdotes, notre convalescence est très calme et nous pouvons organiser le reste du voyage. Car comme je le disais précédemment, nous comptons tous les deux passer l’hiver en Grèce.
Je dois me rendre à Athènes, où mes parents me rejoignent pour un petit Noël en famille. Il y a aussi deux sites majeurs que nous ne voulons pas louper : Meteora et le mont Olympe. La météo n’étant plus bonne du tout, on se débrouille pour trouver des points de chute chez des Grecs à proximité des deux sites. Ainsi  on pourra profiter de la première fenêtre météo pour se balader.
Pour la suite, j’avais l’idée d’aller frapper à l’improviste à la porte du Mont Athos. C’est une péninsule très particulière, à proximité de Tessalonique, sur laquelle trône pas loin d’une trentaine de monastères. Sacro-sainte place de l’orthodoxie dans le monde, le mont Athos est un micro-état au cœur de la Grèce, avec sa police et ses règles. La plus connue étant que les lieux sont strictement interdits aux femmes. J’espérais pouvoir m’y rendre et pénétrer dans cette étrange fourmilière, en faisant du bénévolat pendant quelques semaines. Il peut y avoir jusqu’à 6 000 moines en même temps sur la péninsule… Alors un coup de main ne doit pas être de refus. Repos assuré et expérience mystique garantie !
Cependant, la route du Mont Athos n’est pas du tout celle d’Athènes… Et j’ai depuis quelque temps une nouvelle idée en tête. Me rendre en Turquie non par le célébrissime pont du Bosphore, mais par les îles grecques… Et pas n’importe quelles îles : la Crète et Rhodes.
Ce détour me permettrait de suivre plus intelligemment le sens des saisons, en passant le mois de janvier sous le soleil des îles, avant de remonter sur Istanbul par la côte turque. Nous ne sommes que tout début décembre et la météo dans le nord de la Grèce est déjà très rude… Je vous assure qu’elle n’a rien à envier à la rigueur hivernale du Ch’nord ! C’est un facteur qui compte plus que tout quand on vit chaque jour dehors, croyez-moi.
Alors oui, c’est décidé, je ne me rendrai pas en Turquie par la capitale des sultans. Si cette voie est fameuse pour son côté symbolique (changement de continent, un pied en Europe et un autre en Asie, ce genre de conneries… ) elle l’est beaucoup moins en vrai. Tous les cyclistes que j’ai rencontrés me l’ont déconseillée. Istanbul est une mégapole de 18 millions d’habitants, entourée d’une centaine de kilomètres d’agglomération bouchonnée. Bienvenue en Asie ! Non, je pense qu’il y a des approches plus douces, je vais tenter celle de la mer.
J’ai cependant inoculé à Dario mon rêve d’aller au Mont Athos, et c’est finalement lui qui va y tenter sa chance. Alors je n’ai définitivement aucun regret. Si je ne peux pas y aller moi-même, je pourrai découvrir cette montagne et vivre avec les moines à travers les récits de Dario (d’ici quelques années, étant donné qu’il en est toujours à raconter l’Autriche… ).

Les chiens de talus

Nous sommes parfaitement reposés, il est temps de reprendre la route. Nous avons un petit créneau de beau pour monter à Metsovo, une station de ski à 1 600m d’altitude, accrochée à un col. Après quoi nous pourrons redescendre sur Meteora tranquillement, où quelqu’un nous attend.

Dans la montée nous croisons cinq mignons petits chiots, tout attendrissants. On ne peut pas s’empêcher d’aller les caresser… ils ne demandent que ça. Ils font partie de la grande famille des chiens errants. On en croise très souvent depuis notre entrée dans les Balkans. Ces chiens-là vivent au bord des routes et se nourrissent des quelques misères qu’ils peuvent y trouver… Ils sont légion, mais ne sont pas méchants pour deux sous. Ceux-ci n’échappent pas à la règle, ils ne prononcent pas un son, pas le moindre jappement… Silencieux, ils nous regardent, nous craignent et nous implorent du regard. Mais comment sont-ils arrivés là ?

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Nous avons la réponse quelques kilomètres plus loin, après avoir quitté les zones habitées. Au détour d’un virage, nous tombons nez à museaux avec une douzaine de gros chiens de garde enragés, qui montent la garde… de la route elle-même. Ce sont probablement les grands frères des chiots abandonnés, mais ceux-là ne sont pas d’humeur à se laisser caresser ! C’est un tonnerre d’aboiements qui nous tombe dessus. Ils se précipitent autour de nous, encerclent les vélos et hurlent à la mort… Je jette un regard dans le petit vallon que nous allons traverser, et je ne vois pas moins d’une dizaine d’autres chiens courir comme des dératés dans notre direction, se frayant tant bien que mal un passage parmi les buissons.
En langage de chien grec, on se fait traiter de tous les noms… Ils ne sont pas contents du tout, et nous passent un sacré savon. Comme ça monte, on a tout le temps d’en profiter… À 5 km/h, on ne risque pas de les semer ! Il y a au bas mot une vingtaine de molosses autour de nous, bien nourris cette fois-ci. Nous ne pensons pas une seconde à en embarquer un pour le manger car, comme chacun sait: qui mange un chien, chihuahua… Ils ont les crocs acérés et c’est nous qui ne ferions pas long feu s’ils se décidaient à nous attaquer vraiment…
Heureusement, comme tous les chiens de garde, ils gardent quelque chose. Et une fois passé le quelque chose, ils nous lâchent les bask‘. En l’occurrence, c’était leur maison. Ou plutôt devrais-je dire leur chenil. En prenant un peu de hauteur, nous constatons qu’il y a une vieille baraque en contrebas de la route. Près de nous, un homme regarde les chiens tourner en rond. Il nous explique que le propriétaire les vend pour garder des trucs. Tout simplement. Et visiblement, ils apprennent à garder tout seuls en se faisant la patte sur les cyclistes de passage ! C’est un chenil ouvert, je compte 36 chiens en liberté.

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Alain le Baroudeur

Attention, une drôle de camionnette tirant une énorme remorque arrive au niveau du chenil… On s’attend à une grosse baston ! Un sitting des chiens au milieu de la route, un ouragan d’aboiements… Ça va être un carnage, c’est sûr !
Que dal‘ ouais… Cette bande de pleutres n’est bonne qu’à courir après le vélo du facteur. Ils ne font rien ! Même pas une petite tentative de blocage, nada ! On est un peu dég’

Bref, le camtar finit par arriver à notre niveau, lourd et lent. J’ai le temps d’apercevoir quelques trucs écrits en français dessus… Hohooo !!! Et par chance, je le vois qui s’arrête quelques épingles plus loin. Je fais de mon mieux pour le rattraper, faisant parfois des pointes à 6, voir 7 km/h, et arrive en nage à sa hauteur.

Alain est en train de faire le plein d’eau à une source. On papote un moment, le feeling passe bien. J’ai bien fait de le rattraper car finalement on va rester deux jours avec lui.
Alain est le père d’Enfants Solidaires. C’est une association qu’il a montée il y a quelques années pour créer des liens entre différents groupes d’enfants dans le monde, à travers des dons de jeux et de vêtements. L’idée est très simple: faire en sorte que des petits Français vident leurs placards des vieux jeux qu’ils n’utilisent plus, du matériel scolaire qu’ils ont en trop et des habits qui sont devenus trop petits… pour les donner à des enfants démunis à divers endroits de la planète.
Il y a déjà de grosses associations qui font ce genre de collecte dans des villes, à la veille de Noël par exemple. Mais l’expérience du don s’arrête, la plupart du temps, au tas de jouets qui s’amoncelle sur la place de l’hôtel de ville. Si tant est que ce soit l’enfant lui-même qui ait apporté ce qu’il souhaite donner. Sinon, c’est juste une histoire de parents qui font de la place dans les placards…
Mais ce qu’il se passe ensuite est assez flou… Des conteneurs partent et arrivent on ne sait où. Pas forcement au bon endroit ou entre les bonnes mains. Il arrive que les jouets ne soient jamais donnés et finissent dans une décharge, ou oubliés dans un entrepôt…
Bien sûr, ce n’est pas toujours comme ça, et vous me direz: pourquoi s’en faire? À qui profite le crime ?
À la mairie, qui a lancé un truc cool avec des enfants, par exemple… Ça ne va pas forcement chercher plus loin que ça. Elle n’est d’ailleurs probablement pas au courant de ce qui est advenu des jouets.
C’est comme les bouchons en plastique qui sont recyclés pour je ne sais plus quelle bonne cause. On les récolte patiemment, on se fait un petit stock à la maison. Et puis un jour, on va les déposer à la grande surface du coin qui propose de les collecter, ou bien à l’école du fiston où la direction a un petit projet du genre avec les élèves. Et puis parfois on retrouve des milliers de bouchons emballés dans de grands sacs balancés dans les poubelles à l’arrière de ladite grande surface… (ça fait partie des pépites qu’on peut trouver en faisant du glanage). Ou bien on découvre des années de récolte de bouchons et la montagne de bonne volonté qui va avec, planquées dans les placards de la cave de l’école (histoire vécue dans l’école d’un ami).
On donne, on essaie de donner, on apprend à donner… Parfois ça marche, parfois on se fait avoir. Mais au fond on ne sait pas si notre confiance est bien placée.

Conclusion? On donne, certes, mais pourquoi ? Pour se faire du bien ? Pour se soulager la conscience ? Pour participer à quelque chose de cool ? Mais est-ce que c’est vraiment ça, donner?
Avec Alain au moins, il n’y a pas de problème. Car le lien entre les donneurs et les receveurs, c’est lui. Lui, son camtar et son grand cœur. Quand il va dans une école en France, il s’assure que tous les enfants voient son camion et les jouets emballés. Avec lui le don ne s’arrête pas au seul acte de se séparer de quelque chose de personnel dans une salle de classe. Il veut aller plus loin pour faire comprendre toute la chaîne d’actions que le don entraine. Alors Alain tient un petit blog pour informer les mômes de l’avancée de son voyage, des pays qu’il traverse, des problèmes qu’il rencontre. Ensuite il décharge et donne en main propre les cadeaux – car on peut les appeler comme ça – aux gosses un peu moins chanceux qu’il a rejoints (toujours contactés au préalable). Son dernier projet l’a emmené dans un village du désert mauritanien. Son contact de là-bas a marché deux jours pour venir le chercher au bout de la piste et guider le camion à travers le bush. Ce sont de vraies aventures, avec de vrais risques. Mais les résultats sont là. À la fin de son périple, il retourne voir les enfants français pour leur raconter de vive voix l’histoire de leurs jouets et exposer photos et sourires. La boucle est bouclée, le retour sur projet apporte beaucoup de choses à tout le monde. Les profs montent à tous les coups des travaux pédagogiques autour d’une expérience aussi complète. 900 enfants ont été touchés par son dernier projet.
Si ce n’est pas génial de faire ça ! Faire plaisir aux enfants solidaires, sensibiliser les petits et les grands au gaspillage, tout en véhiculant les notions fondamentales que sont le partage et le don. Voilà la vie d’Alain. C’est son quotidien !

Heu… Attends. Il y a un truc que je n’ai pas compris. S’il en vit, d’où vient l’argent ? Parce que ça doit coûter une blinde des voyages pareils ! Entre l’essence, les frais de douanes, les réparations… Et puis bien sûr le défraiement du pilote et son salaire. Les choses de base dans notre société quoi. D’où vient le pognon, Alain ?
Là commence la deuxième grosse leçon de vie. Car le pognon, Alain, il n’en a pas. Et personne ne lui en donne pour faire ça. Pas de sponsors, pas de bénéfice, pas de salaire… Pas d’argent quoi. Ce sont des jouets que les enfants donnent, pas des billets. Et pour que ces jouets arrivent un jour au bon endroit, il faut un grand taré comme lui pour y dédier sa vie et entièrement auto-financer ses projets. (Auto-financer, c’est un joli mot pour dire qu’il paie tout de sa poche, et qu’il s’en mord les doigts… )
C’est peut-être ça, donner. Merci Alain. (http://www.enfants-solidaires.org/)

Le temps passe trop vite et la nuit approche, du coup il nous propose de nous emmener en camtar à la station de ski. Ça nous permet de passer une belle soirée tous les trois, à refaire le monde comme jamais ! Le lendemain il pleut toute la journée donc on reste avec lui, et il nous dépose finalement à Meteora à la nuit tombée, juste devant la porte de notre hôte local. Parfait, encore merci mon vieux, que le vent souffle avec toi !

Meteora

La légende raconte que des météorites seraient tombées sur le flan d’une montagne il y a quelques milliers d’années, et qu’un vieux prêtre s’étant fait virer du mont Athos est venu construire un monastère au sommet de l’une d’elles. Pour construire un monastère il faut être vieux et avoir une grande barbe, avoir vécu à Athos et trouver un endroit qui a de la classe. Tous les critères étant réunis, une petite communauté s’est formée, a grandi, et s’est mis à construire des monastères un peu partout. Jusqu’à 24, sur autant de météores différents, sans compter une tripotée de grottes aménagées par des ermites en pleine falaise.
Aujourd’hui il n’y en a plus que 7 encore debout et en activité, les autres ayant été détruits au fil des guerres ou abandonnés à cause de leur accès vraiment trop galère. Parce que visiblement ces météores ne sont pas des trucs super simples à grimper, ils sont très hauts et les monastères sont vraiment construits tout au sommet. Les seuls accès, à l’époque, se faisaient par de petits paniers hissés par un système de treuil. Tels que les lieux m’ont été décrits, les prêtres devaient quand même avoir un petit penchant pour l’alpinisme… ce qui contraste assurément avec les prêtres de maintenant, vu le joli ventre qu’ils arborent. J’ai l’impression qu’avoir une bonne bidoche fait partie des nouvelles règles pour bâtir un monastère, du moins c’est ce que j’ai constaté jusqu’à présent.
Pour le moment nous n’avons rien vu, car nous sommes arrivés de nuit et ce matin il y a comme un gros nuage sur la ville de Kalambaka. Nous sommes sensés voir les météores, mais avec ce brouillard ce n’est même pas la peine d’y penser. On prend nos vélos, et on attaque l’ascension de la montagne  pour arriver à la même hauteur que les monastères. Délestés de nos sacoches, on se fait les 300m de dénivelé en moins de deux. Mais au col… On est toujours dans le pâté. Il n’y voit rien de rien. Et le pire, c’est que nous ne savons absolument pas à quoi nous attendre ! S’il faut chercher les météores cachés dans la montagne, ou bien s’ils sont tellement gros qu’on ne peut pas les louper… On n’ en a aucune idée.
Nous sommes tournés face à la vallée, perdus dans le grand blanc. Autour de nous il n’y a qu’un épais brouillard, on ne voit pas à 100m…
D’un coup, au milieu de nulle part, en plein ciel, une construction apparaît. Elle semble très lointaine, et nous ne voyons pas sur quoi elle repose. En tout cas ce doit être un truc énorme car vu la pente de la montagne sur laquelle nous sommes, et vu la distance de ce mo
Bah, il est passé où ?
Aspiré. La fenêtre s’est refermée, la brume a repris sa place.
Nooon ! Cest pas possible! Bordel de temps de chiotte…
Je n’ai pas fini de râler qu’un deuxième voile nuageux se dissipe, et nous révèle une partie du météore ainsi que la slackline qui relie le monastère à la montagne…
Pendant encore quelques minutes nous restons là, estomaqués par les beautés qui se dévoilent petit à petit sous nos yeux, faisant apparaître puis disparaitre des falaises entières, géantissimes, spectaculaires… Avec des monastères perchés au sommet, comme inaccessibles.

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Les nuages bougent, encerclent les monolithes, les font disparaître au gré du vent pour nous en révéler d’ autres quelques secondes plus tard… C’est un vrai spectacle.
Nous empruntons une petite route qui serpente sur le flan de la colline pour atteindre l’un d’entre eux. Celui-là est relié à la terre par un pont-levis. Derrière lui, la ville de Kalambaka se dessine, presque 300m plus bas…

Comment est-ce possible?… Comment des moines ont-ils pu bâtir de telles choses il y a des centaines d’années, sans toute la technologie que l’on connaît… Simplement avec du temps et de la foi, pierre après pierre. Je n’en reviens pas.

En revenant sur le premier monastère que nous avons vu, celui avec une slackline, je vois qu’en fait d’épreuve de funambulisme il s’agit d’un câble pour petit chariot horizontal permettant d’apporter eau et vivres aux occupants. L’eau… Bordel mais comment faisaient-ils à l’époque ? Tout m’interroge, tout me surprend et me questionne. Je suis en admiration totale devant les alpinistes bâtisseurs d’antan.

Ce n’est juste pas possible de s’arrêter là. Nous avons envie de tous les découvrir, de grimper au sommet de chaque météore, aussi inaccessibles soient-ils, et d’explorer les moindres recoins de ce petit monde. L’attrait est immédiat, et d’une puissance telle… Que je me dis que je pourrais vivre toute ma vie ici. C’est sans doute le plus bel endroit que j’ai jamais vu.
On s’attaque illico à l’escalade d’un petit météore qui porte un monastère en ruine. A première vue, il est parfaitement inaccessible. On se fraie un chemin dans le sous-bois pour tenter de trouver une voie utilisable. Après une heure à tourner, grimper, se perdre dans les ronces et s’engager sur des vires incertaines… on finit par arriver une trentaine de mètres sous le sommet. C’est là, à cet endroit précis, que les moines passaient à l’époque. La pierre garde encore la trace des anciennes échelles qui leur permettaient d’atteindre le sommet, et on retrouve même l’emplacement de l’ancien ascenseur en bois.
Non mais, je rêve ! Nous sommes ici depuis à peine une journée, on se la joue Indiana Jones une petite heure et déjà on trouve des trucs qui nous font vibrer… Mais je veux toutes les explorer ces vieilles ruines ! Ha ha ! Vous imaginez un peu les missions slacklines aussi ? Sensationnel.

Ce soir Giannis, notre hôte, nous a concocté une petite sortie dans un endroit typiquement local… J’espère que les filles d’ici ne sont pas aussi téméraires que les Slovènes, car je pourrais bien mettre une fin temporaire de quelques années à mon périple… Hum.
Blague à part, la soirée est extra, avec des joueurs de bouzoukis qui chantent du Brassens Grec toute la nuit, des tsipouro à gogo (ouzo fait maison, à base de niôle et d’anis re-distillé), et surtout des tapas à volonté !! La cuisine grecque, c’est quelque chose… Extra ! Parfait pour préparer la rando de demain que Giannis a prévue autour de Meteora. On va s’en mettre plein les yeux !

Le mont Olympe

On a vraiment eu de la chance avec le temps. Deux jours de beau pour visiter Meteora, perdus au milieu d’une dizaine de journées pluvieuses à souhait… Impeccable. C’est donc sous la pluie que nous prenons la route pour Elassona, une ville située juste à côté du mont Olympe. Une pluie froide, incessante, nous glace les os à chaque arrêt et à chaque descente. Au bout de quelques heures, je suis complètement trempé, j’ai besoin de me sécher pour reprendre des forces. Mais dans le café où nous nous arrêtons, on nous refuse le droit de rester pour manger un bout. On insiste, mais personne ne semble savoir où nous pouvons manger au sec notre casse-croûte… Où peut-on bien faire ça ici ?
«En Grèce, on ne mange pas dans les bars, je suis désolé. Si vous voulez manger votre propre nourriture… Hummm Je pense que vous devez louer une chambre d’hôtel, et une fois à l’intérieur vous pourrez manger ce que vous voulez… Voilà ! C’est ce qui me semble le plus simple !» Nous répond dans un éclair de lucidité le policier que je sollicite en dernier recours. On finit par se trouver un petit auvent abrité des rafales de pluie pour engloutir un morceau de pain et de raclette hors d’âge en sautillant, pour ne pas trop grelotter. Mon matos de pluie n’est vraiment pas au point, il faut que je remédie à cela. On regrette notre Albanie chérie où cette situation de non-hospitalité ne serait jamais arrivée. On mange sans passion des carottes profilées UE, sans rayures, au carénage parfait, mais totalement insipides, voire mauvaises. Et oui, nous sommes bien de retour en Europe ! Finis les produits locaux dans les magasins, pleins de saveurs et qui respirent le terroir. Adieu Balkans authentiques!

Sur le coup on l’avait un peu mauvaise… Le climat influe énormément sur nos nerfs, c’est incroyable. Mais après avoir atteint Elassona et s’être réchauffés auprès du poil de Yannis (sic!), notre hôte WarmShower, on était de nouveau prêts à découvrir toutes les merveilles culinaires de la Grèce ! Et je peux vous dire qu’il nous a fait faire un joli tour des plats typiques et de la nourriture traditionnelle du pays, ce cher Yannis. Sensationnel! Nous sommes restés une semaine chez lui. C’est la personne la plus accueillante qu’il m’ait été donné de rencontrer. Nous avions une petite dépendance à nous, avec des canapés et des coussins de partout. Des photos de ses précédents voyages accrochés aux murs et des bouquins de baroudeurs dans la bibliothèque. Quel plaisir d’être accueillis par quelqu’un qui connaît exactement nos besoins ! Il redonnera à nos vélos une seconde jeunesse en les nettoyant comme jamais dans son atelier où il retape de vieilles bicyclettes. Et puis bien sûr, il nous emmène au sommet du mont Olympe, sur le seul créneau de beau de la semaine. Génial. Un petit 3 000m, -10 degrés au sommet et une vue à des centaines de kilomètres à la ronde. C’est la plus haute montagne de Grèce alors forcément le panorama est digne de celui du Mont-Blanc : un 360 degrés sur la mer, sur le mont Athos, sur les chaînes du Péloponnèse et les îles de la mer Égée. On distingue même Meteora !

Un retour à la montagne pour se dire au revoir et se souhaiter dignement un bon voyage. Quel plus beau final pour un Suisse du Valais et pour le Haut-Savoyard que je suis ? Nos chemins se séparent ici, Dario va en direction du Mont Athos, et moi vers la capitale et les grandes îles du sud. Nos routes se recroiseront peut-être en Turquie, qui sait? Cela fait près de 50 jours que nous sommes ensemble, soit la moitié de ceux pendant lesquels j’ai roulé depuis la France. Bon vent, mon ami ! Que les Dieux de l’Olympe soient avec toi !

En route pour Athènes

Ça y est, je goûte à nouveau la sensation de rouler seul. Ce n’est pas si dur que cela finalement… Mes réflexes de l’été dernier reviennent vite et je roule avec envie en direction de la capitale. L’idée de revoir mes parents me réjouit énormément, ça me donne un super objectif pour ces cinq petits jours en solitaire.
Je prends aussi du bon temps en passant par l’une des îles qui longe la côte de ce qu’on appelle la Grèce Principale. L’île d’Évia est une belle place pleine d’oliviers, à la végétation verdoyante en cette saison. Le temps est de nouveau avec moi, je peux rouler en T-shirt sans problème, c’est le pied. Qu’est-ce que ça va être bien en Crète ! 500 km plus au sud, Ha ha ! L’été en hiver, c’est sûr ! J’en rêve.

Je me tente aussi un petit arrêt dans un monastère la veille d’arriver à Athènes. Encore une fois, il n’est habité que par des nones… Donc elles ne peuvent accueillir un homme.
Mais il doit faire froid dans une tente… Mais c’est un garçon.
Mais il y a du vent dehors… Mais ce n’est pas autori Okay okay, on ne peut pas le laisser dehors.
Après quelques minutes, elles consentent à me laisser une annexe du monastère, un endroit chaud et sec. Avec chauffage. Et nourriture… !

Ahh !!! Comme je vous aime, mes sœurs ! Je n’ai pas prononcé un mot pendant les cinq dernières minutes, elles ont conversé entre elles passant d’un avis à l’autre pour finir par m’ouvrir leur porte et leur cœur, se faisant du bien à elles autant qu’à moi.
Il ne me reste plus que quelques coups de pédales pour arriver à la capitale le lendemain, parfait pour arriver avec un jour d’avance et préparer un petit truc pour les parents. Ça va être bien !

Clem

J81 à 101 sur la carte

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2 réflexions sur “13. Episode mytho-rologique capricieux

  1. Clem, j’avais de bonnes raisons de croire que tu n’es pas homo ! Mais quand je lis que tu t’es « réchauffé auprès du poil de Yannis…pendant une semaine », je suis tout époustoufliqué !
    Au fait, le Mont Olympe, c’est l’homme en bleu ou l’homme en orange ?
    Allez, courage, pédale !

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