17. Rhodes

Deux ombres observent Rhodes ce soir-là. Sur la petite île grecque, la cité siège fièrement, à l’image de son colosse, ceinte de murailles millénaires. Le ciel  bleu nuit dévoile ses étoiles les plus lumineuses, les autres sont diluées par les lumières jaunes de la vieille ville. Hormis le bateau qui vient de jeter l’ancre, le calme règne sur le port. Le ferry décharge ses passagers et sa marchandise dans le silence. Les tâches s’enchaînent avec efficacité et les bruits sont absorbés par la profondeur de la nuit. Les passagers, endormis par la longue traversée, se dispersent calmement dans l’obscurité, et il ne reste bientôt plus personne sur le quai.


Les deux petites ombres décollent à leur tour. Elles font des cercles sur le port, vont et viennent autour des amarrages… Elles finissent par prendre la sortie et vont se promener le long des rives, sur la petite route prise en étau entre la mer et les remparts de la cité. Vibrantes comme des oiseaux d’acier, elles semblent chercher quelque chose, marquent une brève pause devant un café qui exhibe de vieilles bicyclettes en terrasse.
Elles tournent sur elles-mêmes, planent en cercle puis repartent aussitôt. Elles oscillent sur la route, tourbillonnent, virevoltent. Elles se cherchent, se trouvent, l’une d’elles passe devant, vite rattrapée par la seconde qui la double… s’entraînant dans une drôle de danse mécanique. Il est une heure du matin, la ville dort, les deux veilleurs ont le champ libre… Encore quelques minutes et les volatiles se posent devant un bâtiment abandonné du vieux port. Ils échangent quelques sons puis l’un d’eux part dans le noir, à l’exploration d’un étrange complexe de béton. Il a laissé sa monture dans la rue, et s’avance, non sans prudence, dans l’antre ténébreux. Une lampe torche à la main, il va et vient, éclairant les différents recoins de la cour intérieure dans laquelle il vient de pénétrer. Il y a de vieux ponts roulants au-dessus de sa tête, des carcasses de bateaux, des cordages, … mais pas un signe de vie.
Soudain, une légère odeur de bois brûlé vient lui caresser les narines. Il continue un peu plus avant, contourne de grands silos puis entre dans une autre cour intérieure. Le sol est jonché de déchets en tout genre, de bris de verre et parsemé d’une végétation naissante… Il aperçoit soudain, au milieu de cet espace désolé, une petite table.
Elle est couverte de vaisselle. De grandes marmites, des assiettes et des couverts de toute sorte… Il y a de la vie par ici. Quelques pas de plus et l’odeur de feu de bois devient incontestable. Il marche, il se rapproche, il chauffe, il brûle… Ça y est. Il a trouvé. Une lumière brille derrière une fenêtre cassée.
Il marque une pause, semble hésiter, puis finit par avancer vers ce qui ressemble à la porte d’entrée…
Toc, toc, toc… Trois petits coups qui retentissent dans les entrailles du vieux port.

À l’intérieur de la pièce deux femmes se regardent, l’air incrédules.
«-C’est quoi ce bordel? Qui frappe ? Depuis quand on frappe, ici ? Tout le monde n’est pas encore rentré ? demande la première, d’une voix rauque et précipitée.
Ça doit être Jasmine… toujours flippée pour un rien, cette gamine… Ha ha ! réplique une petite bonne femme, sèche comme un coup de trique dont la voix nasillarde griffe les murs.
Allez! Aide-moi à r’tirer ces planches plutôt que d’raconter des conneries… Jasmine, elle roupille à ct‘heure. Pis, elle frappe pas!
Attends, attends, tu vas voir si elle roupille… JASMIIIINE !!!! Prrrrft Ha ha ha !!!»
Hi hi hi ! C’que t’es conne! Cest pas vrai?! Tu vas réveiller tout le monde !
Ho là là C’est bon!  Alors, tu l’ouvres cte porte ? Ça va s’impatienter d’l’autre côté !
C’est bon. Qui va là ?
Devant les deux commères se tient un drôle d’énergumène. Emmitouflé dans une veste d’un orange criard, la peau claire comme un Grec, un sourire au milieu de la figure et une lampe à la main.
Ha ha ! Qu’estce que c’est que ça ? dit la plus forte des deux. Son maquillage brille à la lueur du poêle qui chauffe la pièce, et les effluves de son parfum se glissent par la porte entrouverte.
Merde… Je crois qu’il essaie de nous parler en grec. On fait quoi ? Vas-y, dis-lui un truc en anglais, j’sais pas moi…   lui répond la seconde. Celle-ci n’est pas maquillée, elle porte juste un vieux débardeur flottant qui laisse apparaître les os saillants de sa poitrine.Attends, je tente un truc qu’on m’a appris en grec…
...
Mouais, il a pas l’air de comprendre ton machin, là. Tu lui as dit quoi, d’ailleurs ?
J’sais pas, moi ! Un truc en grec ! Comment veux-tu que j’sache ?!
Hi hi hi ! Ça sert à quoi alors ?   !
Bah! Ça sert à lui montrer qu’on est grecques, ma poulette…
Attends, t’as vu sa dégaine ? Cest sûrement pas un Grec c’t’oiseau-là, renchérit l’autre d’une voix grave et moqueuse. Et je ne sais rien dire en anglais à part Hello! moi…
C’est déjà ça ! Hello, hello !
Ha ! Le v‘là qui se met à piailler en anglais maintenant ! Ha ha haaaa !!! Comment on va faire ? Ha ha !!
Arrête de rire comme ça, tu vas réveiller tout le monde… lui conseille la petite, avant d’ajouter un JASMIIINE !!!! sonore.
Les deux femmes partent dans un fou rire général, elles se bousculent, se pincent, rigolent à se tordre en deux… Elles sont seules dans la pièce, mais leur voix doit  porter jusqu’à la rue principale.
Le garçon rigole avec elles, puis se met à effectuer des signes étranges. Il mime avec son corps des gestes d’oiseau, explique qu’il migre depuis un pays lointain avec un vélo… et qu’il est maintenant fatigué.
Les deux femmes comprennent que le langage qui peut les relier ne s’émet pas avec la bouche mais avec le corps. Alors elles se lancent elles aussi dans de grands discours avec les mains. Les trois personnages semblent retrouver par la danse quelque rite oublié, que finalement chacun conserve au fond de soi… Il suffit juste de se lancer, et la danse devient langage.

La femme aux effluves parfumés montre au garçon qu’il ne lui est pas possible de dormir ici. Visiblement il n’en demandait pas tant, mais ne comprend quand même pas en quoi il n’est pas possible de dormir là.
Il y a des couvertures partout sur le sol, un poêle tout chaud et des draps colorés sur les murs. Bien que toute petite, la pièce paraît confortable et chaleureuse.
Pour lui faire comprendre, la deuxième femme donne un petit coup de pied dans l’une des couvertures posée au sol… qui se met alors à remuer étrangement. Un gémissement plus tard et un petit pied finit par sortir de nulle part.
En y regardant de plus près, il y a en fait des touffes de cheveux par ci, des petits doigts par là… une manche de pull, un bonnet. C’est finalement une dizaine de corps qui se dessinent, remuant sous les draps comme une mer qui s’agite lentement sous la houle du large.
Les deux femmes sortent de la pièce et vont frapper à une autre porte. Le jeune homme leur fait signe qu’il va chercher quelque chose et disparaît dans le noir. Dans la seconde pièce c‘est la même scène, il y a des couvertures de partout et une dizaine d’enfants dorment agglutinés les uns aux autres. Derrière la porte, entre le bidon d’acier qui sert de poêle et le mur, un bébé dort paisiblement, le nez contre le sol et les fesses en l’air. Il est beau.

Quelques minutes plus tard, l’oiseau de nuit revient avec sa monture de ferraille et un compagnon de vol. Un deuxième migrateur, venu d’Italie. Une espèce munie d’une barbe broussailleuse et d’un sourire net et franc. Il se met tout de suite à battre des ailes pour se présenter, et entre dans la danse à son tour.
Après une rapide inspection des lieux, les deux étrangers proposent aux dames de s’installer dans l’aile du bâtiment d’en face. Ils feront leur nid sans les déranger, il n’est pas question d’importuner d’avantage leurs couvées. Elles acquiescent et leur montre illico un endroit propice où nicher.
Quelques instants plus tard, ils se retrouvent dans un vrai cocon de toile et de bois, les femmes leur apportant des couvertures et des draps… Les deux oiseaux sont aux anges et se mettent la tête sous les plumes.
En les quittant, une femme leur fait comprendre que le lendemain, une boisson chaude les attendra au saut du perchoir. Ils n’en demandaient pas tant.

Rhodes dodo!

A mon réveil, je mets quelques secondes à réaliser où je suis. Je n’avais pas vu les lieux éclairés par la lumière naturelle, et c’est finalement bien plus coloré et accueillant au soleil que ce que je pensais. Enfin, l’essentiel est que j’ai passé une super nuit. Quelle drôle de soirée quand même… Débarquer à une heure du matin sur l’île, et tomber sur des clandestins en cherchant un squat où roupiller… Très gentilles ces deux femmes, je me demande bien d’où elles viennent. Leur langage m’est complètement inconnu ! Il n’y a encore rien de similaire dans mon dictionnaire. Mirko, le cyclo italien rencontré la veille sur le bateau, n’en sait rien non plus.
« -Ça va l’ami ? Bien dormi ?
pas vraiment fermé l’œil de la nuit. T’arrives à dormir dans des endroits comme ça, toi ?
Bah… Une fois qu’on s’est annoncé et qu’on a fait un peu connaissance avec les locaux, y’a plus trop à s’inquiéter.
Je sais bien, je sais bien… Mais y’a rien à faire, à peine j‘entends un bruit, je me mets à psychoter comme pas possible… Enfin qu’importe, je dormirai mieux ce soir chez la CouchSurfeuse. Ça te dit de venir avec moi du coup ?
Si elle a une place en plus, pourquoi pas? Mais avant, je crois que nos copines nous ont fait couler un café !»
Dans la petite pièce, tout le monde est maintenant réveillé, ça piaille dans tous les sens, il y a des gosses de partout, il jouent, ils rigolent… C’est génial ! C’est un peu l’impression générale que me font ces gens d’ailleurs. Heureux. Ils nous accueillent une fois de plus en souriant, le body langage est toujours de rigueur pour se comprendre, à la différence près que le plus grand des enfants parle un brin d’anglais. On va peut-être pouvoir en savoir un peu plus. Dans tous les cas, je suis infiniment touché par leurs  attentions envers nous. Les deux femmes se sont démenées hier soir pour nous faire dormir confortablement, et maintenant elles nous offrent un café… C’est le monde à l’envers !

Les enfants sont adorables, ils jouent avec nous sans aucune appréhension. La fameuse Yasmine ( le seul prénom que j’ai pu identifier) est une enfant d’une douzaine d’années. Sûrement l’aînée de toutes les filles, c’est à elle que revient la plupart des tâches ménagères… Elle porte des habits de femme, des talons, et se parfume elle aussi de la tête au pied. Au fur et à mesure de nos échanges, je comprends que tout le monde n’est pas de la même famille, qu’ils ne sont pas forcément arrivés en même temps, mais qu’ils viennent tous du même pays : le Pakistan.
Les deux femmes de la nuit dernière veillaient à leur sécurité finalement. Elles doivent s’occuper d’une bonne quinzaine d’enfants et les protéger… Alors elles restent éveillées pour tenir le feu et s’assurer que des oiseaux de mauvais augure ne débarquent pas en pleine nuit…
Il n’y a qu’un homme dans toute cette smala. Pas des plus commodes, il a l’air fatigué, peut-être malade.
L’ado qui parle anglais a 16 ans, et il est arrivé le mois dernier avec un copain. Les autres sont arrivés avant, certains sont là depuis cinq mois… C’est impressionnant. Les difficultés de communication ne me permettent malheureusement pas d’aller plus loin, mais je suis en tout cas bien remué par leur joie de vivre. Ils n’ont rien, ils vivent dans un squat aux portes de l’Europe, risquant l’expulsion ou l’exploitation à chaque instant…
Et pourtant avoir quitté leur ancienne situation leur met un incroyable sourire aux lèvres. Cette joie communicative et palpable coupe le souffle ! Il paraît que les gens qui sortent de zones à risque sont naturellement plus ouverts, plus généreux et plus heureux même dans des situations qui restent difficiles à nos yeux. Peut-être que c’est une question de culture aussi. Peut-être un peu des deux. Une chose est sûre, nous sommes scotchés par l’énergie positive qu’ils dégagent. Et cette énergie leur donne la force d’affronter les pires réalités… Comme si positiver était la clé de la survie.

Nous finirons la matinée à flâner dans les rues de Rhodes en repensant à tout cela, avant de rejoindre Doris, la CouchSurfeuse de Mirko. Elle nous accueillera à bras ouverts, et nous resterons finalement trois jours chez elle pour éviter une nouvelle vague de mauvais temps.

Durant ce petit break, je prends la décision de ne pas monter à Istanbul. Ce serait comme faire un Marseille-Lille en plein hiver… Etant donné la rigueur toute particulière de l’hiver en cours, l’idée de remonter de 1 000km vers le nord pour redescendre juste après ne m’enchante plus vraiment. Istanbul est sous la neige, et … je viens d’apprendre qu’un festival de Highline va se dérouler au même moment dans le sud de la Turquie. Ce sera parfait pour faire une pause entre l’Europe et l’Asie. Entre deux périodes de voyage de cinq mois chacune, je pourrai me reposer une bonne quinzaine de jours, faire de la slack, revoir des copains de France… ne pas pédaler!  Impeccable !
Ce break est aussi l’occasion de m’initier à la méditation, que notre hôte a l’habitude de pratiquer. Un moment unique.
Doris est une Allemande qui est venue s’installer sur l’île il y a une vingtaine d’années. Quand elle est arrivée, elle s’est fait construire une maison au sommet d’une colline entourée de vieux oliviers. Elle dominait alors une grande baie sauvage, un lieu pastoral que seules les chèvres fréquentaient.
Aujourd’hui les caprins brouteurs ont été remplacés par les touristes, et la baie se cache derrière un complexe hôtelier de très mauvais goût. Sept hôtels de ce côté, quatre autres par là, trois en construction, un faux village composé uniquement de restaurants et de boutiques à souvenirs, … Merveilleux ! En cette saison, tout est fermé bien sûr. Je prends un cafard monstre à me balader dans ce lieu artificiel…
Tout est mort, triste, sans intérêt, sans logique, dénué de sens et par-dessus tout : insoutenable ! 
C’est un investisseur chypriote qui s’est mis à construire des hôtels à la pelle mécanique pour les offrir à ses enfants. Sept gosses de riche qui ne respectent rien, ni le blé, ni le seigle… Ces petits ogres, nous les haïssons, comme dirait Stupeflip ! Et comme ça ne suffit pas à rassasier leur appétit d’Homo œconomicus, papa est en train de faire construire un deuxième hôtel à chacun de ses petits. Chose importante à préciser : tout est fait illégalement. Les permis de construire sont caducs (quand ils existent), et de gros pots de vin sont versés chaque année dans l’espoir de faire oublier les amendes à payer. Les chantiers avancent la nuit avec de la main d’œuvre clandestine, qui vit dans la crainte d’être dénoncée à la police plutôt que d’être payée… Un monde sans aucun sens ni repère, j’en ai le tournis !

Ce n’est malheureusement pas un cas isolé, et ce genre de connerie continuera à se reproduire tant que ces hôtels auront de la clientèle ! Car ils ont beau être illégaux, ça ne les empêche pas d’afficher complet tous les été…
Alors une chose est à réaliser, mes amis : les petites vacances All Inclusive à l’autre bout de la planète, dénichées pas chères sur le net… sont juste insoutenables et incautionnables. Pour l’environnement, pour l’avenir de l’Homme, pour notre intégrité, … résistons !

La baie sauvage et ses chèvres...

La baie sauvage et ses chèvres…

Pour me changer les idées après cette plongée en apnée dans le pitoyable univers du tourisme de masse, je m’en vais faire le tour de l’île avec ma bicyclette. Mirko prenant un bateau pour la Turquie le lendemain, je continue en solo au gré des vents favorables.
Heureusement, la folie destructrice des paradis artificiels pour touristes sans cervelle ne s’est pas encore répandue partout. Le reste de l’île est vraiment préservé, ouf !
Ce sera l’occasion de prendre du bon temps sur les maintes petites routes qui longent la mer et qui rentrent dans les terres. Je me ferai même une petite rando sur le point culminant de l’île (d’où je pourrai voir presque tous mes précédents bivouacs, tant Rhodes est petite vue d’en haut).

Pour les nuitées, je me la joue grand luxe en squattant des chapelles orthodoxes. Le Routard pourrait ouvrir une section entièrement dédiée à elles tellement il y en a ! On pourrait les classer par étoile, histoire de faire un truc un peu classe… Hors d’eau/hors d’air : une étoile. Avec de l’électricité : 2 étoiles. De plus de 1000 ans, trois étoiles. Avec de l’eau courante, avec des tapis (pour dormir et faire ses étirements en tout confort), avec des chandelles, etc. Mais par-dessus tout, la crème de la crème des chapelles à squatter, c’est celle où l’on trouve la meilleure huile d’olive… ! Pressée à froid, vierge extra, j’en passe et des meilleures. Chaque église dispose de tout un stock pour faire des chandelles à huile. Et comme tout le monde fait de l’olive, les gens apportent la meilleure qualité en guise de présent… Qui sert efficacement à agrémenter mes pâtes et à faire revenir pieusement des petits légumes… Hé hé hé !
Bon! Je vous avoue que la première fois procure des sensations un peu bizarres. Dormir entouré de visages auréolés qui regardent dans le vide, l’œil terne et la mine triste, n’a rien de très réjouissant. Mais je vous assure que l’on s’y fait vite. Et puis il ne s’est jamais rien passé de particulier… Pas même une petite apparition divine, que dalle ! Juste un berger qui est venu allumer quelques cierges de bon matin, pendant que j’empaquetais mes affaires… Il m’a demandé si j’avais dormi là, j’ai dit que oui, et il m’a répondu en rigolant que j’avais bien fait ! Si les bergers adorent ma crèche… ma bonne étoile brille d’autant plus!

Pour terminer en beauté avec mes pérégrinations orthodoxes, je me rends dans un monastère reculé de l’île pour m’y reposer un peu. Comme toujours l’accueil est spontané et largement au-dessus de mes attentes. Cette fois-ci il s’agit de deux moines, l’un américain, l’autre serbe, qui vivent dans un petit paradis de verdure et d’abondance sur les flancs d’une montagne. L’anglais aidant, nous aurons d’intenses discussions à propos de leurs histoires, de la géopolitique balkanaise, de la spiritualité … Ces hommes sont incroyablement à l’écoute des autres. J’ai rarement vu quelqu’un s’intéresser à ce point à autrui… Tant d’attention me touche énormément, c’en est même trop ! Nous passons des heures à parler ensemble et à regarder mes photos, les considérant les unes après les autres comme des histoires à part entière. On parle du passé du moine aux States, des femmes, de nos erreurs et des leçons que l’on peut en tirer… Il priera d’ailleurs pour l’une de mes amies qui souffre en ce moment…
Pas une seule fois nous ne parlerons de Dieu ni même de l’orthodoxie. Par contre, ils me feront l’honneur de les accompagner à leur cours de chant : a cappella en grec sur de la musique byzantine… Whaaat ??!!
Mais avant il faut passer à table. Ahh Le moment tant attendu, ha ha ! Comme leurs compatriotes crétois, les gens du village leur apportent une quantité astronomique de nourriture en tout genre, s’occupent de leur jardin, taillent les oliviers millénaires qui entourent la chapelle et entretiennent les lieux… Il faut que je goûte à tout, je n’arrive toujours pas à refuser quoi que ce soit et finis encore à deux doigts de la rupture stomacale… Il faut que je me calme, ça va mal finir ces conneries !

En guise de digestion, on monte dans la Saxo de pater Neilos et c’est parti pour trente kilomètres de montagnes russes en direction du cours de chant…
Attendez. Instant de prise de recul.
Je suis affalé à l’arrière d’une vieille voiture qui roule à tout berzingue sur des petites routes de l’île de Rhodes, en Grèce. L’engin rebondit au gré des nids de poule et des caprices de la route… Au volant, pater Neilos vêtu de sa tunique noire, assure une conduite plus que sportive. Il aborde avec assurance les passages à gué en aquaplaning et les épingles en dérapage. À son côté, frère Zinon se cramponne à son ventre en chantant d’une voix de baryton des mélodies d’église. Bien que puissante, sa voix ne parvient pas à masquer le bruit du moteur qui joue les grandes orgues dans les virages… Tout va bien, une banale sortie entre moines.
Le cours de chant est carrément impressionnant : ils chantent en byzantin – soit un langage musical différent de celui que l’on connaît avec blanches, noires, croches, etc, et les paroles sont en grec, avec l’alphabet qu’on leur connaît. Autrement dit, pour un Américain et un Serbe, c’est chanter du japonais en lisant de l’arabe… ! Double retournement de cerveau, la gymnastique cérébrale me cloue sur place.

On va ensuite se manger une petite pita en ville, entre copains, histoire de ne pas remonter au monastère le ventre creux. Délicieux moment où tous les gens de la place saluent mes amis avec de profondes marques de respect, les couvrant de mots honorifiques et baisant les mains de pater Neilos Pendant que je lorgne sur la pièce de porc bien grasse qui rôtit sur le gril.
Au moment de payer l’addition, ils découvrent avec une surprise à peine dissimulée que quelqu’un a payé notre ventrée… Payez pour mes pitas… je prierai pour vous. Amen.

Clem

J123 à J131 sur la Carte.

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2 réflexions sur “17. Rhodes

  1. Poster ça alors que j’étais sur le point d’aller me coucher pour visiter Rangitoto Island demain matin de bonne heure, tu n’as pas idée ?!?! Mais quels beaux rêves je vais faire après ces histoires et ces photos. 🙂

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