20. Histoire grottesque.

Après une chaude nuit dans le bureau du maire du village, nous réalisons les 40km nous séparant de notre objectif maintenant ancestral, la Cappadoce. En arrivant à Ortahisar, nous croisons les roues de Niko, un Autrichien en route pour le bout du monde. Il n’a pas de plan pour dormir, nous si. Mais parlons-en un peu, de ce plan.

Je nomme  x une personne qui a partagé la route de Clément dans les Balkans, y un ami de x, z le plan en Cappadoce. Nous voilà en train s’expliquer à Niko que x connaît y et que ce dernier lui a dit d’aller voir z. Et qu’il pouvait bien entendu se joindre à nous. Nous plongeons, debout sur nos freins, dans ce canyon de l’incertain, Meskendir valey, et tombons sans trop nous faire mal sur z. Z s’appelle Charlotte et Ylmaz ; ils vivent dans une cave (ou grotte), ici au fond du canyon, creusée à même la roche par le grand-père de Ylmaz. Lui travaille le bois, elle la céramique. Ils vivent de rien mais vivent tout. D’amour et de raki (avec un peu d’eau fraîche). Leur simplicité nous propose d’élire domicile dans une autre grotte un peu plus loin, où nous partagerons un feu de camp, des idées taoistes, des ondes positives et un peu de nourriture.

Quel bonheur de se réveiller dans cette vallée irréelle au fond de cette cave, proche de l’église (creusée elle aussi). La chaleur du soleil peine à contrer la froidure du vent. Nous croiserons même quelques flocons de neige (qui valideront notre perception hivernale de la température) mais qu’importe. Ce qui nous attend aujourd’hui est une journée de contemplation. Nous prenons le chemin tous les quatre (David nous a retrouvés) vers ce qui nous pousse à garder les yeux ouverts, et nous oblige à garder la bouche ouverte, bée. Puis le groupe se scinde en deux, une partie pour le plein alimentaire, une autre pour la gambade. David nous priera de prudence: « ne vous perdez pas ! » Au contraire. Nous allons mettre à disposition tout notre potentiel flâneur à ne pas suivre les lignes tracées, préfèrant celles écrites sur le paysage comme autant d’histoires inventées ou vécues, comme autant de parfaits coups de pinceaux érodant avec poésie le chaos sédimentaire s’offrant à l’artiste en question, l’eau. Cette travailleuse forcenée semble avoir passé une infinité de temps dans cet atelier naturel pour parfaire son oeuvre. Ses oeuvres en vérité. Car chaque vallée que nous sillonnons offre un spectacle unique, une couleur nouvelle, des formes improbables à découvrir en suivant les tunnels et autres curiosités géologiques. En fin de journée, le soleil vient sublimer le spectacle qui, minute après minute, semble un peu plus fantastique.

Lorsque j’écris ces lignes, je suis devant notre grotte, notre cave. Le feu réchauffe mon visage, la lune et les étoiles occupent mes yeux. En homme des cavernes moderne (j’ai une frontale sur la tête), je vais, avec mes amis, partager quelques saucisses à faire griller sur le feu. Ne vous inquiétez pas, je pense quand même à vous.

Mais pas longtemps car les grillades et autres récits de voyages terminés, nous partons marcher dans les environs. Il est minuit, la pleine lune brille si fort que nous progressons sans lumière sur les crêtes rocheuses. Ces dernières nous permettent de jouer les alpinistes parcourant sereinement une cîme enneigée ; la nuit assumant le rôle du vide.

La journée reprend son cours avec la même intensité que la veille. Nous rejoignons le sommet du canyon pour profiter d’un petit déjeuner parfait, café à la main, les yeux rivés sur les 70 montgolfières qui colorent le ciel, donnant un spectacle surréaliste. Avec nos vélos, nous roulons en compagnie de Julia et Pierre (Grenoblois croisés la veille) vers la fameuse vallée de l’amour. Très belle journée à slalomer entre ces énormes phallus sédimentaires qui s’érigent un peu partout dans la vallée. Le soir s’installe, la grotte se remplit et s’assombrit. Le quotidien reprend ses droits: convivialité, bière, feu de camp, étoiles. Cela en devient un brin lassant.

Flo

Bonus de tous les bonus, une vidéo montée par Niko sur la Cappadoce et les jours qui ont suivis :

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5 réflexions sur “20. Histoire grottesque.

  1. Bienvenue dans l’aventure Mr Flo !
    Bravo pour les sublimes photos…que d’envies de voyages déclenchés grâce (à cause) de vous !!!
    Clement c’est sympa et émouvant de te voir en chair et en os, ça change, et quel déhanché !!! Gros gros bisous et profitez bien

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  2. A vous voir rouler nous avons l’impression que vous êtes toujours en train de descendre. Le monde serait -il vertical? Attention au retour ça risque de grimper fort. Nous sommes avec vous de tout cœur.
    @ bientôt de vos nouvelles et autres vidéos et bonnes descentes.

    Cl@ude & Syvie from Taninges

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