21. Bicyclette et l’herbe verte

          Autour de son paisible village, les routes serpentaient à travers un paysage coloré. Bicyclette était de nature rêveuse et aimait à gambader sur les chemins de verdure et de soleil. Mais Bicyclette doutait. Chaque matin, bien que le ciel fût d’un bleu d’azur, il lui semblait que l’herbe était plus verte là-bas, cachée derrière l’horizon. Un beau jour, ne résistant plus à la curiosité, Bicyclette se para de ses plus belles sacoches pour s’en aller vérifier la hauteur et la couleur de l’herbe un peu plus loin.

          C’est donc gonflée à bloc qu’elle se mit en route. Peu de temps après son départ, Bicyclette rencontra un homme. Ravie de cette rencontre, elle s’empressa de lui demander comment était le monde et quelle était la couleur de la prairie en son pays. L’individu rétorqua que son monde était sombre, que le brin d’herbe y poussait chenu et sec. Étonnée, Bicyclette chercha à comprendre. L’homme ajouta avec tristesse que la rancœur et la violence des humains brûlaient tout sur leur passage. Non, définitivement, Bicyclette ne pouvait croire pareille vérité et partit à la recherche d’une autre âme capable de satisfaire sa curiosité. Après moult tours de roues, elle posa ses sacoches en Turquie, persuadée que sur ces terres, elle trouverait la réponse à sa question. Un brin désabusée par le désastre humain, elle fut enchantée de croiser le sourire d’un animal, un poulet. N’écoutant d’abord que sa naïveté, quel ne fut pas ensuite son étonnement en constatant qu’il s’agissait d’une espèce bien particulière de poulet, le genre gros calibre. Qu’à cela ne tienne, Bicyclette étant plus forte que ses préjugés, elle questionna le volatile sur la verdure de ses collines. Ce dernier, arborant un sourire narquois sur un bec jaune, lui expliqua que si les montagnes n’étaient plus faites que de roches, c’est parce qu’en se défendant d’un ennemi imaginaire, les gros calibres recouvraient les étendues vertes d’une épaisse couche de poussière. Une nouvelle fois, notre amie tomba des nues. Etant montée sur roulettes, Bicyclette continua sa route des jours et des jours durant. Au loin, elle aperçut un chien, répondant au nom de Kangal. Elle passa à ses côtés en le saluant lorsque ce dernier, prit d’une colère indescriptible, lui sauta dessus et arracha violemment une des sacoches, la détruisant complètement. Tentant difficilement d’avaler le choc, Bicyclette demanda à Kangal les raisons de ce déchaînement. Le cabot, totalement dépourvu de subtilité, tenta d’expliquer que son rôle était d’être gardien. Étant alors sans troupeau à garder, il lui fallait s’inventer des dangers pour ne pas risquer la mort par l’ennui. Déconcertée par tant de déraison , Bicyclette s’enfuit fort loin du monstre aux longs crocs.

              Tout au long de sa route, entre deux rencontres, elle voyait l’herbe bien verte. Mais l’était-elle plus que sous sa fenêtre ? Elle ne pouvait le dire. Elle devait rencontrer quelqu’un à qui demander si, ici, poussait l’herbe la plus verte du monde. C’est alors qu’elle croisa Champion. Champion était un coq. Son nom venait de l’effarante facilité avec laquelle il combattait les autres coqs du village. Ce soir-là, le combat fut rude. Il en sortit naturellement vainqueur mais dut y laisser quelques plumes et de nombreuses gouttes de sang. Orgueilleux comme pas deux, Champion expliqua fièrement sa vie de coq sportif, que son maître entraînait pour lui faire affronter et vaincre les autres athlètes à plumes du village. Parfois, Champion se demandait pourquoi les hommes n’entraient pas eux-même dans l’arène pour se battre. Les soirs où il souffrait de ses blessures, il lui semblait comprendre. Triste et en colère, Bicyclette voulait avancer dans sa quête. Elle chercha alors une âme féminine pouvant apaiser ce monde brûlé vif. Malheureusement de femmes, Bicyclette n’en vit point. Ce soir-là, le combat fut rude. Extrêmement déçue par les hommes, elle l’était à présent encore plus des animaux. L’optimisme de Bicyclette gagna malgré tout du terrain à la vue de l’inconnu qui s’ouvrait à elle.

Personne ne sait quel genre de surprise lui réservera le chat d’Iran.

Flo

J177 à J192 sur la carte.

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6 réflexions sur “21. Bicyclette et l’herbe verte

  1. Toujours aussi passionnant de suivre ce voyage. On espère que la troupe prend autant de plaisir que nous
    A dans quelques mois chez nous en Guadeloupe pour tous les détails
    Gene et Pierrrot

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