41. Les paraboles de l’ANNAPURNA

Depuis notre dernière séparation, à Athènes, nous espérons retrouver Clément pour les vacances d’automne. Peu à peu, l’idée du Népal s’est imposée. C’est une excellente période pour y entreprendre une virée en montagne ; avant, la mousson lessive les pentes et après, la neige les recouvre. L’Education nationale nous libère donc à un moment propice et il s’agit d’en profiter. Rien de tel qu’un trek en famille pour varier les efforts qui sollicitent les mollets pour l’un, s’aérer les neurones pour les autres et faire le plein d’échanges et d’affection pour tous !

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Le cirque des Annapurnas

Seulement, depuis Noël, un puissant tremblement de terre a dévasté en partie le pays. D’inévitables répliques se font sentir depuis le printemps et le nombre de touristes a chuté avec les murs.

Alors ? Partirons ? Partirons pas ?

Nous ne sommes pas inquiets pour notre sécurité, en six mois la terre a eu le temps de se calmer et la probabilité de tomber avec l’avion dans une crevasse au milieu de la piste reste mince. La question est plutôt de savoir si les touristes sont souhaités ou non dans un pays qui peine à se relever. Certains villages ont été rasés et les survivants ont peut-être mieux à faire que de s’imposer des sacrifices pour nous recevoir. Depuis la France, il est difficile de se faire une idée, internet montrant ses limites en matière d’objectivité : les sites népalais ne parlent pas du tremblement de terre alors que le site gouvernemental français déconseille la destination à cause de lui. Sur les forums de discussion, deux écoles s’affrontent : il faut laisser les Népalais tranquilles le temps qu’ils se ressaisissent ou au contraire, il faut y aller pour leur permettre de travailler et de rentrer des devises. Le mieux est encore d’aller voir sur le terrain…dans les Alpes pour prendre la température du Népal. N’imaginez pas que du haut du Pic de Marcelly, on puisse voir si le sommet de l’Everest remue. Non, mais il suffit d’entrer dans un refuge de Haute-Savoie pour rencontrer des saisonniers népalais qui s’activent aux fourneaux. C’est une petite niche d’activité qui leur permet de rapporter de l’argent au pays. Ils sont comme des poissons dans l’eau en montagne et séduisent tout le monde par leurs facultés d’adaptation et leur gentillesse. Ils profitent du gîte et du couvert limitant ainsi les frais durant leur séjour . «Allez-y ! Tout le Népal n’a pas été touché, des régions entières ont été épargnées. Allez-y ! Pour chaque Népalais que vous ferez travailler, c’est une famille que vous aiderez.» On ne saurait être plus clair.

Donc, vacances avec le fils !

Nous nous tournons vers Trinetra, une agence au personnel francophone pour l’organisation du trek. Accueillante, compétente et commerciale, elle nous propose différents itinéraires et budgets. Elle saura se montrer patiente et s’adapter à nos hésitations et incertitudes. Il faut dire qu’à ce moment-là, et pendant trois semaines, Clément ne donne plus signe de vie, perdu qu’il est à s’hébéter la rétine sur les ciels étoilés du Ladahk. Notre dernier contact a été interrompu le jour de la rentrée des classes (pour nous) alors que le mâle des montagnes appelait au secours. Allô, maman ? Bobo ! A la fin de la deuxième semaine, l’une de nous a craqué et sommé l’autre de contacter les services des Affaires Etrangères… qui ont très bien fait leur boulot en nous disant que si Clément avait eu des soucis connus par un hôpital ou un commissariat, ils auraient été avertis. Oui, mais il n’y a peut-être pas ce genre d’établissement au fond de chaque ravin, alors vous comprenez…

Nous sommes, il faut le reconnaître, un peuple de râleurs. Mais quand un compatriote vous appelle depuis l’ambassade de France en Inde pour prendre un maximum d’informations, vous rassure et vous fait comprendre qu’il va entreprendre des recherches poussées dès le lendemain, et bien vous réalisez que les « enfants de la Patrie » ne sont pas laissés seuls en cas de coup dur. Pour une fois, hissons les couleurs et merci quand même à Clem d’avoir donné des nouvelles ce jour-là !

A vous les studios… !

Trinetra nous concocte un petit séjour à trois, avec un guide anglophone et un seul porteur pour limiter les frais. Clément et son père joueront aux bêtes de somme et pourront mieux s’imprégner de l’ambiance locale en mouillant le maillot. Situation économique tendue oblige, nous avons probablement bénéficié d’un tarif spécial 2015 favorable.

Depuis la Haute-Savoie, le bon plan est souvent de prendre l’avion à Milan. Les billets d’avion sont moins chers et, cerise sur le panetone à cette occasion, le vol le plus direct part quelques heures après la fin du boulot. Un gros Boeing jusqu’à Dehli puis un Airbus nous transportent en une douzaine d’heures à Katmandou. La récupération des sacs mis en soute est épique : au fond d’une salle, un tapis roulant amène les bagages qui s’amoncèlent contre un mur de brique. Une foule compacte sur plusieurs rangs – et les plus petits ne sont pas forcément devant ! – essaie de repérer valises et cartons personnels. Tout fonctionne en marche avant et aucun dégagement n’est prévu. Contrairement à une cocotte-minute, aucune soupape n’existe… Dans cette cohue monstre, certains, pour se rendre utiles, commencent à retirer des bagages du tapis, au bout ou par ci par là, et de jolies pyramides s’élèvent peu à peu. Les travailleurs népalais qui reviennent au pays après plusieurs mois passés en Europe ou aux Emirats (c’est la première source de revenus du pays !) récupèrent force cartons et sacs de riz recyclés remplis de produits divers et les accumulent sur des chariots bloqués en tous sens. La montagne et son grand air restent très virtuels…

Dès la sortie de l’aéroport, l’agence nous prend en charge et, collier de fleurs au cou, nous entamons un séjour des plus confortables où tout sera réfléchi pour nous. Les premiers kilomètres sont mêmes goudronnés, après il faudra s’habituer à retrouver le plafond du taxi à chaque bosse. De chaque côté d’une chaussée trouée et encombrée, de superbes bordures de trottoir détonent. Surtout lorsque le trottoir lui-même manque et que les piétons marchent à la queue leu leu sur cette muraille de Chine en miniature. L’Asie nous saute à la figure, toutes couleurs dehors, dans un grand mouvement de contrastes et de foule. Clément nous attend à l’hôtel et nous serre longtemps dans ses bras.

Qu’il est bon de le retrouver ! Même si les moyens de communication permettent de garder le contact et de réduire le vide d’une absence, c’est un bonheur de revoir son fils en chair et en os.  Surtout en chair car Clément a bien forci ! Les boutons de sa chemise font le grand écart avec les trous et ses cuisses évoquent des troncs d’arbres. Quant à la taille fine du slackeur, elle est à ranger parmi les souvenirs de jeunesse. C’est un baroudeur fort et conquérant que nous retrouvons.

Katmandou ne semble plus avoir de secrets pour lui et il nous fait découvrir les vieux quartiers, loin des néons des rues touristiques. L’éclairage a beau être chiche, les tas de gravats et les poteaux de bois qui étayent les façades laissent deviner que la vie après le tremblement de terre s’installe dans le provisoire et le doute. Dans une ambiance de cour des Miracles, où les corps se frôlent sous les toiles d’araignées des fils électriques, chacun s’active pour vendre, acheter, faire tinter la cloche d’un temple ou interpelle un voisin. Nulle agressivité ne se ressent dans cette ville si éloignée des modèles occidentaux, alors peu à peu nous baissons la garde et laissons le charme opérer. Clément nous bombarde d’infos et de questions, deux semaines ne seront pas de trop… A l’hôtel, le sommeil nous attrape entre deux phrases. Nous le laissons faire, demain la journée sera rude : 200 km en bus jusqu’à Pokhara.

Copieux petit-déjeuner aux aurores et nous faisons connaissance avec Geljen Sherpa qui sera notre guide pendant tout le séjour. Geljen parle vite un anglais sans intonation qui nous désoriente mais Clément paraît y être habitué. Il est vrai que la communication est devenue son maître-mot. Nous traçons jusqu’à une longue file d’autocars et nous embarquons avec Tika, un porteur tout de force et de sourire, qui ne parle que le népalais et nous initiera aux multiples nuances de ses zam-zam enjoués. Le car démarre rapidement, roule une dizaine de minutes, et prend place dans la très longue file d’attente d’une station-service. Il profite probablement d’une priorité car nombre de véhicules restent sur des files secondaires. Toujours est-il que moins de deux heures après, il part pour de bon. Malgré le blocus, de nombreux camions se croisent sur une route incroyable. La troisième vitesse n’existe peut-être qu’en option mais le klaxon fonctionne à plein régime lorsque le car effectue un dépassement. Un col, une vallée, un arrêt pour tout le monde à midi et des rivières énormes marquent un trajet qui s’éternise. A l’arrivée, une marche de deux heures est prévue puis, le soir tombant, d’une heure, mais au bout du compte nous ne ferons que dix mètres à tâtons dans la nuit noire entre l’arrêt de bus et un lodge peuplé d’hirondelles. Les derniers km, au-delà de Pokhara, ont été animés dans un minibus bondé qui prenait du monde à chaque arrêt. Clément et Alain sur le toit, à saisir des sacs et à profiter d’un air doux dans les cheveux, Geneviève à l’intérieur, un bébé tout neuf sur les genoux.

Dès les premières heures, la marche dans les collines se révèle un enchantement. Le sentier sinue dans une jungle luxuriante dont les grands arbres abritent une infinité d’autres plantes. Leur propre feuillage n’est visible qu’au sommet de la frondaison qui forme très haut une voûte de verdure. Des marches de pierre évite au sol de se transformer en bourbier lors de la saison des pluies. Il faudra s’y faire, elles équipent toutes les sections pentues du chemin. Des champs entourent les fermettes isolées dès que les cultures sont possibles. C’est l’époque de la récolte du riz et les paysans en coupent les épis à la faucille sur d’étroites terrasses.  Les fesses sur les talons, ils avancent accroupis, ménageant ainsi leur dos dans un travail qui dure des heures. Les épis mûrs alignés sur le sol prennent peu à peu une couleur fauve qui ajoute une nuance nouvelle à la palette des verts et des jaunes. Des groupes de jeunes gens battent le riz en gerbes  sur des dalles de pierre faisant couler à leurs pieds des flaques de grains précieux. (Est-ce là l’origine du dal-bhat ? )

C’est notre premier contact avec l’Asie. Pourtant ces paysages façonnés par des générations de cultivateurs nous semblent presque familiers. Si la montagne est notre domaine de prédilection, celle-ci devrait toutefois nous surprendre autant qu’elle nous séduit. En fait, le calme qui règne dans cette campagne en mouvement éveille un sentiment rassurant de pérénité. On devine que les gestes pratiqués sont répétés à l’identique depuis des lustres et que l’absence de matériel agricole moderne n’empêche pas une population nombreuse de se nourrir. C’est peut-être aussi un voyage dans le temps que nous entamons, un retour vers une Belle Epoque que nous embellissons car ses contraintes nous sont épargnées. Devant chaque habitation, une terrasse aux colonnes de bois, agrémentée de multiples pots de fleurs donne sur une courette qui permet l’étalage et le séchage de haricots en grains ou de gros radis blancs découpés en fines lamelles avant d’être consommés en pickles. «Namasté, namasté !» Un sourire éclaire des visages rieurs de tous âges. L’étranger est le bienvenu au Népal. Au-dessus d’un torrent furieux, un homme tente de faire franchir un pont de câbles à sa brebis. L’animal, tétanisé par la peur, traverse à genoux ! L’homme qui tient la bride d’une main ferme ne cherche pas à brusquer les choses, il lui parle et rit avec les passants jusqu’à la berge opposée, terme du pèlerinage ovin.

Distants entre eux de plusieurs heures de marche, les villages de montagne surprennent parfois par leur ampleur. Le sentier étroit qui permet juste de croiser d’autres trekkeurs ne mène pas à un unique lodge mais à une agglomération qui s’étend avec ses terrasses cultivées sur un versant bien exposé. La vie d’une communauté est ici envisageable en autarcie, et tout, des champs aux maisons, est transporté à dos d’âne ou d’homme. A Chomrung, des centaines de marches séparent les premières maisons, en amont, des dernières, bâties beaucoup plus bas à l’entrée de la vallée des Annapurnas. Le retour se fait donc par le haut… avant une interminable descente. L’école est le bâtiment situé le plus haut, et les écoliers qui la fréquentent rêvent à n’en pas douter d’un ascenseur social. Pendant la saison des treks, l’accueil et le ravitaillement des marcheurs est une manne pour la population qui peut varier et augmenter ses revenus. Les lodges fleurissent de-ci, de-là, fournissant du travail à toutes les générations d’une même famille. Tout au long du chemin, de l’aube au crépuscule et quelle que soit la météo, une procession de fourmis courageuses et résistantes disparaît sous des charges énormes. Comme nous parvenons à marcher d’un bon pas, nous arrivons assez tôt à l’étape, à une heure où les meilleures places sont encore disponibles. Geljen et Tika sont aux petits soins pour nous et nous cocolent comme des enfants. Très vite nous abandonnons toute idée de débarrasser ne serait-ce qu’une tasse, touchés que nous sommes par certains regards malheureux de fidèles serviteurs n’ayant pas su prévenir une intention. Tika nous a particulièrement à la bonne car il sait, au poids de nos sacs, que nous ne le surchargeons pas. Et lorsque Clément lui prenant son fardeau, passe l’unique sangle sur son front et entame une belle carrière de porteur de l’Himalaya pendant deux heures, c’est carrément du délire !

Dans la chaleur des après-midi, les nuages envahissent les crêtes. Une bonne averse est alors possible. Installés sur la terrasse d’un lodge à Chomrung, nous savourons un thé lorsqu’une fenêtre s’ouvre dans les nuages, et c’est suspendu dans le ciel que nous apparaît le Machhapuchhare.

A droite, le Machhapuchhare

Un regard… de crocodile

Montagne sacrée des Népalais dont nul n’oserait profaner le sommet, la «queue du poisson» émerge des nuages, dressée en un formidable jaillissement de roc. Sous d’autres angles, elle peut rappeler le Cervin. Les randonneurs sont attirés par sa beauté et ne peuvent résister à pénétrer dans la vallée qui mène au sanctuaire des Annapurnas. A l’écart des villages, le site est protégé. Seuls des lodges apparaissent de loin en loin pour permettre aux marcheurs de se restaurer ou de faire étape. Une croyance locale demande aux visiteurs de ne pas consommer la viande de certains animaux afin de déjouer une malédiction qui a décimé plusieurs expéditions. Le temps n’est après tout pas si éloigné où, dans nos campagnes, on faisait sonner les cloches des églises pour repousser l’orage. D’aucuns imaginent même que le tintement sacré de la cloche était si pur que les grêlons explosaient tout penauds en petits cristaux inoffensifs… Au pied du Machhapuchhare, de discrets et légers caïrns de galets se dressent sur les rochers du torrent, témoins de la foi exacerbée des hommes qui s’aventurent si près de la demeure des dieux qu’ils en implorent la protection.

Ultime étape, l’Annapurna B.C est posé dans un écrin fragile, entouré de sommets parmi les plus hauts du monde. A 4200 m d’altitude, sur un étroit plateau herbeux accolé à un versant, le Base Camp domine le vide béant et nouveau d’une vallée dont le glacier, allongé au fond sur le ventre comme un crocodile au régime, s’amenuise d’année en année. A présent que la glace n’est plus là pour maintenir les lèvres de la vallée en place, les pentes très raides de sable et de roches s’éboulent et reculent, grignotant peu à peu le plateau. Les trekkeurs ont le sentiment de frapper à la porte de la très haute montagne. Au-delà, l’engagement est tout autre. On parle alors de peaks, d’expés. Le budget, l’équipement, la condition physique requise et la technique n’ont plus grand chose à voir avec la promenade qui nous est proposée. A l’aube, alors que les étoiles s’éteignent et que les sommets s’allument les uns après les autres, frissonnants de joie et de froid, nous nous serrons mutuellement, créatures minuscules aux pieds des géants immobiles.

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Base Camp, 6h du matin

Annapurna South

Premières lueurs sur l’Annapurna Sud

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Fac Sud de l’Annapurna 1 (8091m)

L’itinéraire que nous avons choisi allonge le retour de plusieurs jours. Le but principal ayant été atteint, nous dégustons chaque instant. Geljen est une mine d’informations et d’anecdotes. Grâce à lui, la montagne s’anime de mille récits et il nous permet d’entrevoir la vie de ceux qui la peuplent. Il nous fait voir, perchées dans une falaise, à l’abri de surplombs gigantesques, de grandes oreilles brunes tendues dans un air bruissant. Ces paraboles naturelles sont les constructions d’abeilles à miel qui entreposent leurs réserves en plein ciel, à l’écart des intempéries. Mais pas des prédateurs comme les redoutables Gurungs, grimpeurs attirés par l’or jaune qui se suspendent à des échelles de cordes et n’hésitent pas à enfumer les abeilles et découper les paraboles à l’aide d’une longue perche avant de les faire descendre au bout d’une corde. Le risque encouru est démentiel et même si le butin évoque un trésor, c’est à un rituel initiatique que ce genre d’exploit fait penser. La vie du montagnard est beaucoup plus belle quand il la suspend à un fil et il ressort immensément riche d’un tel combat contre la peur.

Notre groupe s’est enflé de nouveaux compagnons ! Proust, Victor Hugo, Maupassant et consorts nous accompagnent pendant de longues heures de marche. C’est que Clément, privé de son français quotidien, se pique maintenant de littérature. Il dévore des ouvrages en pédalant, de ceux dont on repousse toujours la lecture tant elle affole par son ampleur. Ecouteurs aux oreilles, il profite de moments de vélo pour entendre de belles voix lui lire des œuvres choisies. Nous menons donc des échanges insolites dans des forêts de rhododendrons et de bambous. Près d’un village, un homme laboure son champ d’orge , aidé de deux buffles qui tirent un simple araire. Il remonte un versant en terrasses, passant de l’une à l’autre après un aller et retour seulement. L’étroitesse des replats rend les demi-tours difficiles. Ces conditions de travail rudimentaires rappellent une autre  Terre, de Zola, bien que des bottes de caoutchouc et un téléphone portable complètent aujourd’hui la panoplie du laboureur.

Clément nous fait partager son voyage. Parti depuis plus d’un an, avide d’observation et de contact, il a développé un sens de l’approche qui nous épate. Il n’a rien d’un touriste. Il est un voyageur toujours proche des populations locales, parlant, mangeant, logeant avec elles. Il lui arrive de rencontrer des backpackeurs, routards qui vont de ville en ville, d’un site touristique à un autre et le bilan est confondant. A l’écart des campagnes, loin des gens du cru, ils n’approchent que des professionnels fonctionnant en mode touristique. Les expériences sont si différentes qu’ils en restent pantois lorsque Clément leur parle de la réalité des arrière-pays. La bicyclette lui permet des découvertes à dimension humaine. Que vaut la visite d’un pays si elle se limite aux monuments ?

En chemin, nous faisons quelques belles rencontres. Alors que Clément, Alain, Saint-Exupéry et Geljen marchent loin devant, Geneviève a la chance d’observer un cerf-porte musc avec Tika. Ce gracile et craintif cervidé de l’Himalaya tente de se déguiser en tigre à dents de sabre grâce à deux longues canines proéminentes. Il a failli disparaître à cause de son musc, objet de bien des convoitises. Et puis, il y a des bipèdes qui méritent d’être connus, notamment de jeunes Français. Il est loin le temps où nous étions un peuple à la réputation casanière ! Aujourd’hui, nos jeunes courent le monde, enchaînent les stages à l’étranger, découvrent l’amour dans une autre langue et promènent en vacances des petits explorateurs aux joues rouges. Certains ont quitté l’hexagone depuis des années, d’autres y rentrent pour travailler quelque temps et repartent dès que possible.

Avant la longue descente vers la plaine et Pokhara, nous sacrifions au rituel du lever de soleil à Poon Hill. Si le site est exceptionnel par sa vue sur les massifs de l’Annapurna et du Dhaulagiri, la colonne de centaines de personnes qui gravit la colline à la lueur des lampes frontales l’est tout autant. Sous un ciel étoilé, chacun s’installe au sommet pour guetter l’arrivée du soleil et l’embrasement des neiges. En attendant, ça s’embrasse aussi beaucoup. Les appareils photo et les caméras sont prêts à immortaliser l’instant lorsqu’un nuage matinal frondeur surgit du fond de la vallée et se pose sur Poon Hill afin de profiter de la vue lui aussi… Qu’à cela ne tienne, des groupes de jeunes Népalais commencent alors à chanter et danser sur un rythme à la fois lancinant et entraînant. Il nous faut alors quitter le monde d’en haut et perdre de l’altitude. Les degrés montent tandis que nous descendons des farandoles de marches. Bientôt la chaleur nous rappelle qu’ici des climats semi-tropical et arctique se côtoient à peu de distance.

Notre petit périple se termine et une nouvelle séparation s’annonce. Dans deux jours, nous retrouverons la Haute-Savoie. Clément va remonter en selle et s’en éloigner encore d’avantage. A quand les prochaines retrouvailles ? Le voyage semble intégré à sa vie et il en profite d’une façon si intense que même ses parents ne peuvent le presser de rentrer. Saura-t-il un jour retrouver ses anciennes marques dans un mode de vie occidental ? Bien malin celui qui peut dire vers quoi le mèneront ses pédales ?

Alain et Geneviève

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Une réflexion sur “41. Les paraboles de l’ANNAPURNA

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