42. Katmandou, le jour d’après

5h du matin, Katmandou.
Les premiers bruits de la ville parviennent à mes oreilles. Le bruit des bouteilles de gaz vides que l’on traîne sur le sol, les appels des vendeurs de rue, les raclements de gorge matinaux des gens de l’immeuble. Le soleil se lève lentement sur Katmandou, et ses habitants aussi.
Je sors sans prendre le temps de me réveiller. Déambule quelques minutes dans les rues à peine éclairées par l’aurore, me laisse porter par les odeurs de chaï et de paratas qui commencent à embaumer l’atmosphère, puis vais marchander quelques fruits à un petit vendeur occupé à déballer sa marchandise.
Il faut des fruits pour Madu. Pour lui et pour sa femme Lalita, pour son fils Prince, et pour le reste de la famille aussi.
Ils sont enfermés chez eux. Il ne peuvent pas sortir. Ils m’ont expliqué pourquoi mais je ne suis pas sûr d’avoir bien compris, et il est un peu trop tôt pour y réfléchir.


La veille de mon arrivée, la famille qui m’accueille a été frappée par le deuil. L’âme de la vieille mère de Madukar a quitté un corps usé par les années et achevé par quelques décennies de tabagie pour aller se réincarner dans la peau fraîche et tendue d’un nouveau né, quelque part sur la Terre.
Pendant 12 jours, le deuil étend un linge blanc sur cette famille de Newari, conformément à la tradition ancestrale de cette vieille ethnie du Népal. Les membres d’une famille newar, touchés par le deuil, n’ont pas le droit de sortir de chez eux. Ils n’ont pas le droit non plus de manger quoi que ce soit de cuit, de frit ou de salé et,  de surcroît, ne peuvent ni cuisiner ni travailler. Donc si personne ne leur apporte à manger, ils auront à endurer dans l’attente, en plus du deuil, les douleurs de la faim et les doutes de l’oubli.
Madukar, en tant que cadet de la famille, se doit de veiller sur la flamme qui va brûler pendant douze jours dans la chambre de la défunte. Il dort sur sa couche à elle, s’occupe d’organiser les offrandes autour de l’autel improvisé qui trône au centre de la pièce, et prie pour que l’âme de sa mère ne s’égare pas sur le périlleux chemin des réincarnations. C’est lui qui est allé allumer le bûcher avant que les cendres de sa feue mère n’aillent se mêler à celles des autres « libérés » dans la rivière qui creuse la vallée de Katmandou. Et son deuil à lui, scrupuleusement encadré par les règles de la tradition newar, va durer en tout et pour tout une année entière. Une année au cours de laquelle il va progressivement recouvrer les libertés dont la mort de sa maman l’a privé. Ne porter que des habits blancs et se raser les cheveux font partie des contraintes qui ne cessent qu’un an après le décès. Par contre, il pourra reprendre son travail de restaurateur dès la fin du premier mois de deuil, et ainsi de suite pour tout un ensemble de pratiques religieuses, de prières et de rituels bien définis.

C’est assis sous un petit auvent assailli de bougainvilliers, au 4ème et dernier étage de son immeuble, que Madukar et sa famille reçoivent les fruits frais que j’ai pu trouver. On partage alors un thé, lui et moi, en regardant le soleil se lever sur les toits de Katmandou. Un groupe d’aigles tournoie dans le ciel quelques quartiers plus loin, ils guettent les rats qui pullulent dans les égouts ouverts de la ville. Sur la terrasse d’un voisin, on entend un vieux chien de garde aboyer avec ardeur face à un petit singe qui lorgne sur sa gamelle, et derrière nous, on aperçoit l’interminable file d’attente qui sinue dans la grand-rue pour le remplissage des bouteilles de gaz.
Un réveil paisible dans la capitale du Népal.

«Madu, comment c’était le tremblement de terre ?»
Cette question me taraude depuis plusieurs jours. On en a tant entendu parler de ce tremblement de terre… La planète entière a été plongée dans l’effroi en apprenant la nouvelle. Le centre-ville dévasté, les vieux temples hindous et bouddhistes en ruines, des milliers de victimes, un village de 1500 habitants entièrement rayé de la carte, englouti dans un glissement de terrain hors-norme. Des déclenchements d’avalanches monstres sur les flancs de l’Everest qui ont emporté plus de 20 alpinistes dont une majorité de Sherpas…
Le Népal, un pays si pauvre. Et le blocus pétrolier maintenant… il n’avait vraiment pas besoin de cela !
Mais étonnamment, je trouve que les gens s’en sortent plutôt bien. Il y a quelque chose de serein et de solide dans leur attitude ; malgré tous les désastres qui s’abattent sur eux, ils persistent dans l’ensemble à sourire à la vie, et à garder leur dignité.
Aujourd’hui, aux alentours de Katmandou, on ne voit presque plus trace du séisme. Les bâtiments récents faits de béton et de brique ayant été trop endommagés ont été rasés et sont déjà en reconstruction. Les routes sont presque toutes praticables, les gravats ont été déblayés, les fissures rebouchées… En somme, les choses sont presque partout rentrées dans l’ordre.

Mais en ce qui concerne les bâtiments du centre historique et les ruelles de la vieille ville, il n’en va pas de même. Les stigmates de la catastrophe sont encore bien visibles… Cicatrices transversales qui ont disloqué les façades, colonnes fracturées qui peinent à lutter contre la pesanteur, toitures branlantes et affaissées qui tiennent par je ne sais quel prodige…
Certains vieux monuments sont irréparables. Les raser pour en reconstruire de nouveaux écorcherait l’authenticité du patrimoine et les restaurer complètement est un défi sur de nombreuses années. On chemine donc entre les étais de bois qui soutiennent les façades, on marche sous les échafaudages de protection, entre deux piles de vieilles poutres sculptées retrouvées dans les décombres… Au milieu d’une vie grouillante qui semble déjà s’être habituée au nouveau visage de la ville, parmi ces jeunes gens qui ont adopté les temples et les ruines pour en faire des lieux de retrouvailles intimes.

Il m’est assez difficile d’imaginer la catastrophe dans son ensemble car la plupart des dégâts qui ont touché à l’organisation urbaine ont été réparés. Mais l’homme qui est assis en face de moi était là, lui. Il a vécu la catastrophe de l’intérieur, il a entendu ce grondement lointain venu des entrailles de la Terre, a ressenti le sol se dérober sous ses pieds et vu des gens disparaître dans la poussière.

«Alors Madu, comment c’était le tremblement de terre ?»
Il me raconte comment il a vécu la chose, lentement, avec des phrases hachées entrecoupées de blancs, le regard vide, comme s’il revivait le drame. Il témoigne.

«J’étais dehors, me dit-il, dans la rue. Je roulais en vélo. Pour aller… chez des gens qui m’avaient commander un grand repas. J’allais voir si tout se passait bien, 400 personnes à servir quand même, ce n’est pas rien.
Et puis… j’ai fait un saut dans les airs. Un choc terrible, quelque chose m’a propulsé vers le haut. Quand je suis retombé au sol près de mon vélo, j’ai réalisé que ce qui venait de m’agresser avait touché tout ce qui était autour de moi. Les voitures, les gens, tout le monde s’était fait bousculer sans comprendre comment.
Je ne pouvais plus tenir debout. Impossible. Tout bougeait, le sol ne me portait plus, tu comprends, il fuyait ! Impossible de faire un pas.
Et puis j’ai vu ce bâtiment, juste à côté de moi. Les briques se sont disloquées, il était en train de s’écrouler.
Je crois… Je crois que je me suis réfugié sous un 4×4. Je ne sais pas comment. Tout n’était plus que poussière. Je ne voyais rien… Asphyxié, avec le sol qui continuait de bouger dans tous les sens. Et puis le fracas des choses qui s’effondraient autour de moi… Fumée, chocs, cris, plaintes et le hurlement de la mort.»

Madu n’est plus avec moi. Il a les yeux dans le vague, quelque part au-delà des aigles qui continuent de planer sur la ville. Il voyage dans ses souvenirs.
«Ça n’a pas dû durer plus d’une minute… mais cette minute-là fut de loin la plus longue de ma vie. Ma femme, mes enfants, à la maison ? Que leur était-il arrivé ? J’étais paniqué.
Dès que la poussière a commencé à se dissiper, j’ai dégagé mon vélo des décombres qui le recouvraient, et je suis rentré chez moi le plus vite possible. Je courais dans la rue, tantôt en poussant ma bicyclette, tantôt en la portant pour franchir les monticules de débris amoncelés partout. C’était une vision de chaos, de guerre…
Par miracle, mon immeuble ne montrait que quelques petites fissures, et ma famille allait bien. Nous avons eu beaucoup de chance…» ajoute-t-il après un temps.

Que s’est-il passé après le tremblement de terre ? Comme je l’ai dit plus haut, le monde entier a été ému par la catastrophe. Le Népal est pauvre mais il jouit d’une capital de sympathie universel. Partout on aime le Népal, on apprécie ses habitants et on se sent concerné quand ils demandent de l’aide.
Pourquoi eux plus que d’autres ? Je ne sais pas. En tous cas, la mobilisation a été massive, et des fonds provenant de tous les horizons n’ont pas tardé à arriver dans le pays pour l’aider à surmonter cette crise.
Envoi de denrées alimentaires, de couvertures et de médicaments. Installation en urgence de camps de réfugiés, avec des tentes, des sanitaires et un réseau de distribution de nourriture. Renforcement des équipes médicales et constructions d’hôpitaux temporaires, recherche active de survivants dans les décombres, destruction des bâtiments risquant de s’écrouler, déblaiement des gravats, etc, etc…
La mobilisation a été exemplaire, et les sommes d’argent brassées à cette occasion… inimaginables.
Aujourd’hui, pour un touriste voyageur qui débarque plus de six mois après la catastrophe, je dois avouer qu’il est difficile d’imaginer qu’un tremblement de terre aussi puissant a récemment eu lieu ici. Si l’on exclut les quartiers des temples anciens et les ruelles de la vieille ville, tout semble normal et presque aucune séquelle n’est visible. Conclusion directe de cette observation : l’aide internationale a super bien fait son boulot, et l’argent des donations a été utilisée avec intelligence.

Pourtant les Népalais que j’ai rencontrés durant les deux mois que  j’ai passés ici, quel que soit leur rang dans la société, leur ethnie, leur métier, qu’ils soient de la ville, des champs ou de la montagne, qu’ils travaillent avec les touristes ou non, qu’ils soient moines, policiers, directeurs d’école ou muletiers… tous, sans exception, m’ont dépeint un tableau écoeurant de la gestion de l’aide internationale.
De la plaine à la montagne, on crache haine et virulence dès que le sujet est abordé. Je sais qu’il est difficile et dangereux de tirer des règles générales, mais je ne prendrai pas trop de risques en disant qu’aucun Népalais n’a confiance en son gouvernement. Aucun.

En réalité, les sommes d’argent déversées sur le Népal, pays pauvre en infrastructure et ne disposant pas d’une organisation étatique solide permettant d’éviter la fraude, ont été si colossales qu’il n’était pas difficile d’afficher un résultat satisfaisant six mois après la catastrophe. Heureusement qu’ils ont réussi, pourrait-on dire.
Toutefois, les même résultats auraient probablement nécessité beaucoup moins de fonds si la gestion de la crise avait été honnête. Le reliquat aurait déjà pu être investi dans la reconstruction des villages de montagne dévastés, et dans la restauration du patrimoine, choses qui font largement défaut encore aujourd’hui.
De l’avis des locaux que j’ai pu interroger, deux délits majeurs se sont produits. Le premier concerne l’enrichissement des membres de l’état et de leurs relations proches par le détournement direct de l’aide internationale. Et le deuxième concerne les ONG crapuleuses qui ont profité de la crise pour extorquer l’argent destiné à la reconstruction du pays en achetant 100 fois leur prix des services à des entreprises à la gestion opaque mais liées de près ou de loin au porte-monnaie de leurs administrateurs.
On me cite le cas de chiens venus d’Europe, spécialisés dans la recherche des victimes sous les décombres, loués dans la précipitation à des prix exhorbitants. On me décrit l’arrivée de convois de nourriture périmée et impropre à la consommation qui n’ont pu être refusés et qui ont même été payés à prix d’or au risque de voir les camions de denrées saines faire demi-tour.
Les exemples sont sans fin dans la bouche des Népalais. Ils ont tous assisté quelque part à l’une de ces arnaques organisées et eux, qui peinent au quotidien pour assurer leur subsistance, en sont aujourd’hui profondément marqués.

Je pense que les professionnels de la gestion des crises humanitaires sont bien au fait de ce genre de problèmes et qu’ils font tout pour les empêcher. Mais l’homme est ainsi fait que l’on trouvera toujours des crapules là où il y a de l’argent à ramasser. D’autant plus si l’argent en question se trouve soudain parachuté en plein chaos.
J’imagine que ces pertes ne doivent être considérées  que comme un moindre mal face aux travaux qui ont été accomplis pour l’occasion. Les dénoncer trop ouvertement pourrait briser la confiance et nuire aux élans de solidarité. Au final, les catastrophes naturelles, au même titre que les guerres, font le malheur du plus grand nombre et la richesse de quelques-uns…

Revenons à Madukar maintenant. Le gars qui est assis en face de moi et qui a failli recevoir un immeuble de brique sur la tête. Le gars qui me dit avoir envie de vomir quand il pense à la manière dont les aides ont été gérées…
Madukar, comme une multitude d’autres Népalais que j’ai rencontrés, a été l’un des acteurs de ce que l’on peut appeler «l’entraide locale». Le peuple au service du peuple, sans intermédiaire. Les rescapés aidant leurs frères devenus du jour au lendemain des endeuillés sans abri. Les expatriés envoyant toutes leurs économies à la famille restée au pays, pour aider à la reconstruction du village. Les pauvres qui prêtent leurs bras pour déblayer la ville de ses décombres, les propriétaires qui ouvrent leurs maisons pour héberger des familles à la rue, les restaurateurs qui offrent de la nourriture aux sinistrés, etc, etc.
La fête pour laquelle Madukar devait fournir 400 repas a été annulée sans qu’il reçoive un seul centime du commanditaire. Il a alors distribué les repas aux gens agglutinés dans les terrains vagues alentours, à l’écart des bâtiments.
«Comment ? Déjà ?» lui ont dit les gens en recevant une assiette chaude deux heures à peine après la catastrophe.
Fier et réconforté par son acte de générosité, il ne s’est pas arrêté là. Tout le monde a besoin d’aide dans ce genre de situation, et tous ceux qui le peuvent partagent un peu ce qui leur reste. La chambre que Madu me prête a servi pour héberger une famille de voisins et son club de potes cyclistes s’est mobilisé pour construire des maisons provisoires dans un village dévasté. Tout le monde est venu donner un coup de main, les mamies de 80 ans comme les adolescents. Tout le Népal a répondu présent.

En somme, il semble que les locaux aient beaucoup oeuvré pour la reconstruction du pays. Ils savaient qui aider et comment le faire. Où envoyer de l’argent rapidement, sous quelle forme le faire parvenir aux familles, et comment se rendre utile avec efficacité. Autant de clés qui ont probablement fait défaut à l’aide internationale…

Mon visa birman me bloquant pour quelques jours encore à Katmandou, j’ai le temps de fureter davantage dans le coin. C’est l’occasion de faire quelques petites balades dans le centre-ville pour me rendre compte du travail qu’il reste à faire. Aux abords de la ville, hormis quelques camps de réfugiés qui subsistent entre des immeubles, tout semble revenu à la normale.C’est bien, car l’hiver approche.

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Avant, un temple trônait sur cette pyramide de brique

Katmandou, c’est aussi le lieu de rendez-vous que l’on s’était fixé avec Bertrand, le cyclo Français avec qui j’ai roulé au Ladakh. Le courant étant vraiment bien passé, on avait imaginé rouler ensemble depuis là, échafaudant des plans à rallonge qui nous mèneraient petit à petit jusqu’en Nouvelle-Zélande, dans plus d’un an. Avant de le rencontrer, mon plan était simple : quitter le Népal et rallier la frontière du Myanmar le plus vite possible avant la fin de mon visa indien (de six mois), puis rejoindre Singapour à peu près en ligne droite à travers la Thaïlande et la Malaisie. De là, je me laissais couler le long des différentes îles indonésiennes de Sumatra, Java, Bali, etc… jusqu’au Timor-Leste, avant de rejoindre l’Australie et enfin, la Nouvelle-Zélande.

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Vers de nouvelles aventures

Mais Bertrand apporte d’autres idées et perspectives auxquelles je n’avais pas songé plus tôt. Il aimerait entre autre traverser le Bangladesh, ce que j’avais exclu jusqu’à présent ayant eu ma dose de régions surpeuplées traversées en solitaire. La présence permanente d’un grand nombre de personnes à l’éducation et à la culture opposées à la nôtre est une fatigue mentale et nerveuse importante. A deux, les difficultés sont plus faciles à aborder : partager le ressenti aide à tenir le coup. J’use beaucoup moins d’énergie quand je voyage avec un compagnon, car traverser un pays comme le Bangladesh est une expérience énergivore. Attention constante de soi envers les autres et des autres sur soi, attroupements immédiats à chaque arrêt, impossibilité d’être seul, de dormir seul, de manger seul, observation continue, absence quasi-totale d’intimité et de vie privée… Tous ces aspects font du Bangladesh une destination aussi éprouvante qu’intéressante pour les voyageurs à vélo. Je n’avais tout simplement pas eu le courage d’envisager un tel projet avant que Bertrand ne me tente avec cette idée.
Mais la géopolitique actuelle ne nous permet pas de passer la frontière entre le Myanmar et le Bangladesh, il nous faudrait donc refaire un crochet par l’Inde ce qui me poserait des problèmes de Visa.
Par ailleurs, Bertrand a besoin de passer au Laos pour récupérer des affaires à lui, ce qui implique un tour presque complet de l’Asie du Sud-Est après avoir traversé le Myanmar, en rajoutant Laos, Cambodge et peut-être Vietnam à la liste des pays à traverser. Un petit détour qui rallongerait le voyage de plusieurs mois… dans des pays que je ne souhaite pas trop visiter pour l’instant.

Voyager à vélo avec quelqu’un, c’est partager absolument tout avec lui. Les expériences avec mes précédents compagnons de route, JP, Dario et Flo me l’ont bien montré. On partage chaque seconde de notre quotidien, on dort dans la même tente, on mange la même nourriture et l’on vit les mêmes aventures. On se projette également dans des plans communs à venir, et l’on se confie sur nos vies passées au fur et à mesure que l’on découvre de nouvelles routes plus avant.
Voyager avec quelqu’un pendant plusieurs mois, c’est vivre avec cette personne des moments inoubliables qui marqueront nos esprits et nos coeurs à tout jamais. Voyager avec quelqu’un pendant plusieurs mois, c’est tisser des liens d’amitié d’autant plus solides que les épreuves traversées auront été éprouvantes, c’est fonder une relation qui saura résister à l’inéluctable travail du temps… C’est, probablement, se découvrir un véritable ami.
On comprend donc l’importance de la décision à prendre, à savoir : vais-je voyager pendant plus d’un an avec la même personne et faire d’elle l’un de mes amis les plus intimes ? Ou vais-je continuer ce périple seul, en solitaire qui apprend à se connaître…
Problème insoluble, question impossible à trancher. C’est dans un grand dénuement que nous nous sommes alors retrouvés, dans la petite chambre de Madukar, entre quatre yeux, à nous interroger de la sorte.
Rester seul, c’est persévérer dans l’objectif du voyage autour du monde, garder la motivation et l’énergie de mener ce projet à terme en le vivant à fond. Voyager avec Bertrand, c’est me mettre sur la pente glissante d’un voyage sans fin où l’on n’a de cesse de rajouter des pays sur la liste de nos envies, et voir mon objectif final – qui est le plus puissant des carburants – s’étioler en images lointaines et floues.
Voyager seul, c’est aussi passer à côté de cette occasion merveilleuse qu’il m’est donnée de découvrir de nouvelles contrées avec un compagnon de choix, et de forger une amitié hors-norme que je ne retrouverai peut-être jamais.
Voyager à deux, c’est le risque de s’égarer sur des routes que je ne désire pas et qui me feront peut-être perdre l’envie d’aller plus loin. J’ai besoin d’un objectif clair pour avancer, or ces mois de plus en Asie du Sud-Est m’en détournent terriblement…
Pour couronner le tout, nous n’avons que quelques heures pour nous décider. En tête-à-tête, dans cette petite chambre crasseuse de la banlieue de Katmandou, il n’est pas aisé de se décider.
Finalement, Bertrand pose sur la balance un élément de poids qui fera pencher nos deux avis dans la même direction et qui aura raison de notre foetus de binôme. Cette chose est juste au-delà des collines : l’Everest.
Venir à vélo au Népal depuis la France, traverser complètement le pays en longeant l’Himalaya et en ressortir sans faire ne serait-ce qu’une petite balade dans les montagnes…signifierait que l’addiction à la bicyclette est déjà en phase terminale !
Bertrand tient à aller voir l’Everest depuis son camp de base, et c’est bien légitime. Deux ou trois semaines de trek, une belle aventure, je ne peux pas lui refuser cela. Mais j’ai déjà eu ma part de rando dans les Annapurnas, et le budget nécessaire pour faire l’aller-retour à l’Everest BC me fait trancher définitivement la question.
Je vais reprendre la route maintenant, et seul.

Mais c’est le coeur gros que je quitte Katmandou. Si les moments passés en famille m’ont fait un bien fou, il a été douloureux de quitter mes parents après deux petites semaines… et sans savoir ni où ni quand sera le prochain rendez-vous. Et puis, sans même penser à mes proches, je commençais à vraiment apprécier la vie ici. Les petites gargottes, le charme des vieux temples, la bonne humeur des habitants et de vrais copains trouvés en chemin.
Comme toujours, je n’ai pas fini de sympathiser qu’il est déjà temps de dire adieu. Je commence à être habitué maintenant… En route, c’est tout. Il faut avancer.

Le reste du voyage jusqu’à la frontière est du Népal sera ponctué de belles routes de montagne et de vues fantastiques sur les champs de riz en terrasse. La récolte continue dans un splendide travail où l’homme minutieux fait encore tout le travail à la main. Les routes surplombantes donnent une vision d’ensemble épatante sur une fourmilière millénaire. Une petite semaine sera nécessaire pour arriver à nouveau en vue de l’Inde. Là-bas, de nouvelles surprises m’attendent, le nord-est du sous-continent étant bien différent du reste du pays. L’Inde n’a pas fini de m’étonner.

Clem

J416 à J425 sur la carte

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Une réflexion sur “42. Katmandou, le jour d’après

  1. Merci pour cette vision de l’intérieur de ce douloureux événement pour les népalais.
    Malheureusement, est-ce vraiment une surprise ?…..
    Bonne route mon grand. Bisous

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