53. Résumé des épisodes précédents: l’Indonésie

Eh bien ça ! Pour un manque de nouvelles… ce n’est plus du retard, c’est un trou noir !
Deux ans d’absence… C’est plus de temps que celui passé à la rédaction des quelque 50 articles qui nous ont fait voyager ensemble de la France à Singapour. Deux ans d’absence… c’est injustifiable. Irrattrapable ! Mais tant pis, il est temps que je sorte de mon mutisme et que je recommence ce petit travail d’écriture qui me plaisait tant à l’époque. Si j’ai longtemps eu peur de m’y remettre, si je me suis retrouvé à transformer ces articles en fardeau et le plaisir de l’écriture en peur de décevoir… Il ne va que de moi de passer outre et de redessiner quelque chose de nouveau, quelque chose de plus adapté qui me motivera à continuer.
Je me relance donc aujourd’hui dans l’écriture de ce blog abandonné et tiens à exprimer par là même mes plus sincères excuses à tous les lecteurs restés un tant soit peu sur leur faim.

Je pense que je me suis mis un petit peu trop de pression dans la rédaction des derniers articles, je prenais de plus en plus de temps pour les écrire et avais besoin de plus en plus de recul pour faire ce travail. Créant ainsi un décalage sans cesse croissant entre la date de parution d’un article et les événements vécus. 2 mois, 3 mois, 6 mois, … J’avais déjà traversé l’Australie quand je vous parlais de la Thaïlande. Comment s’y retrouver ? D’autant plus que la section qui devait suivre – la Malaisie – fut et reste toujours à l’heure actuelle l’une des périodes les plus ennuyeuses de ce voyage. C’est très plat, la Malaisie. Difficile d’écrire à propos de quelque chose pour lequel on a peu d’intérêt.
Et puis je suis rentré en France à Noël, celui de 2016-2017 (Eh oui ! Ça date… ), pour mieux retourner en Australie afin d’y travailler, et déclencher l’arrêt cardiaque final de ce modeste blog de voyageur.

Mais maintenant que je suis de nouveau dans le vif du sujet, à explorer des coins reculés du Laos, avec plein de projets en tête et où toute chose interpelle l’esprit et attise le questionnement, il est grand temps que je vous offre un petit résumé des épisodes précédents afin de reprendre ensemble de la bonne pédale.

Au vu du nombre de photos couvrant cette partie de la narration, il m’est clairement impossible de toutes les inclure dans l’article. Je laisse donc ici un lien vers des albums plus fournis et légendés.
Les films de Matthew sont aussi disponibles en bas de page.

En violet la partie effectuée avec Matthew

Je vous laissais donc à Singapour avec Matthew, mon nouveau camarade de jeu australien. Nous avons pédalé ensemble jusqu’à chez lui à Adélaïde, et cela en 8 mois environ. Il est au final la personne avec qui j’ai le plus roulé du voyage. Nous avions le projet de traverser les îles indonésiennes du Cercle de Feu les unes après les autres, puis de rejoindre le nord de l’Australie en bateau avant d’attaquer la traversée de ce pays-continent jusqu’à chez lui, de l’autre côté du désert. À la suite de quoi, je rentrais en France pour quelques mois puis repartais illico au pays des kangourous pour une année afin d’y travailler et de me lancer dans quelques pérégrinations supplémentaires dans la partie sud-est du pays. À partir de ce moment, la Nouvelle-Zélande n’étant plus très loin… il m’était impossible de résister à l’envie d’y poser les pieds. J’y atterrissais en janvier 2018 pour six bons mois afin d’y faire d’intenses introspections sur mon petit vélo et quelques belles randos. C’est seulement à la suite de cela que je quittais enfin cette partie du monde en volant pour l’Asie du Sud-Est où je suis toujours en ce moment, après avoir roulé du Cambodge au Laos en passant par le Vietnam. Ouf ! Vous aimez la géographie ? Allez, on y va !

Depuis la belle Singapour, nous commencions donc par rejoindre la première grande île indonésienne par bateau : Sumatra. Un gros morceau que cette île-là, bien 2000 km de long à elle seule. La suivante, Java, et ses 1200 km n’est séparée de la première que par un tout petit détroit de quelques encablures, traversable en ferry toutes les demi-heures. Et en réalité, il en va de même pour toutes les îles du Cercle de Feu, érigées à la limite entre deux plaques tectoniques par plus d’une centaine de volcans s’étalant de Sumatra au Timor. On peut toujours voir à l’œil nu l’île suivante, jamais distante de plus de quelques dizaines de kilomètres. En Indonésie, plus que nulle part ailleurs, la vie s’écoule au rythme de l’écorce terrestre. Volcans, tremblement, de terre, tsunamis… Mère nature y est plus vivante que jamais ! Même entre deux îles il y a parfois des volcans, mais sous-marins cette fois-ci, comme le petit Anak Krakatoa qui vient justement de faire des siennes dans ce premier détroit, créant une vague dévastatrice sur Java…
Mais avant de sauter sur la petite suivante, Bali, je m’éloignais de l’axe de toutes ces îles pour aller me promener autour de Bornéo, y rencontrer la presque future femme de ma vie (du moins d’après ses parents et leur tentative avortée de mariage avec ma personne), et en profiter pour renouveler le trop court visa touristique indonésien. Bornéo étant partagée en trois pays, rien de plus simple, il ne suffisait alors que de passer de l’un à l’autre pour régler le problème. La partie malaise de l’île, couverte de plantations de palme à huile, puis celle du sultanat du Brunei, histoire de jeter un coup d’œil aux puits de pétrole de Shell et à la charia retrouvée de son sultan que tout cet argent a dû rendre un peu fou. C’est ensuite par le Sulawesi – anciennes Célèbes – que nous sommes retournés en direction de Java. Le Sulawesi à elle seule nécessiterait une flopée d’articles… c’est la perle de mon voyage dans l’archipel. À vrai dire, toutes ces îles sont géniales. Riches, diverses, variées, j’ai adoré les parcourir les unes après les autres avec ma bicyclette et ce n’est pas pour rien que j’y ai passé près de six mois… Mais Sulawesi reste quand même ma favorite. Malheureusement les pistes côtières et leurs coraux multicolores visibles entre les palmiers, les petits villages de pêcheurs-plongeurs, la beauté des montagnes déchiquetées se jetant dans une eau turquoise et l’accueil de ses habitants… beaucoup de tout cela a disparu sous la vague du tsunami qui a dévasté Palu il y a quelques mois. Quand je pense à ces gosses qui m’avaient emmené faire un tour de pirogue dans leur lagon, plongeant sans masque pour dénicher des étoiles de mer et des anémones avant de m’embarquer pour passer la nuit au village à 50 mètres du rivage tout au plus… et aux 2000 morts et plus de 5000 « disparus » que la vague a emportés… Jamais je ne pourrai les oublier…

Après les grosses îles surpeuplées vins le tour des petites. Autre échelle, autre ambiance. Bali, Lombok, Sumbawa, Flores et le Timor furent une succession de bonnes surprises et d’enchantement. De l’hindouisme au christianisme en passant par des cultes animistes et à l’inévitable islam (l’Indonésie est quand même le plus gros pays musulman au monde), il y a de quoi épicer son voyage ! Quand Bali est un petit paradis touristique, d’autres îles restent sauvages et peu fréquentées comme Sumbawa ou le Timor. Caldeira, barrière de corail, montagne, plongée, rando, surf, … pour millionnaire ou pour backpacker, tout le monde s’y retrouve ! Des copains de Sainté viendront même me rejoindre pour pédaler quelques semaines ensemble, Anne, Max et Valou. Que du bonheur… ils avaient même écrit un article ! Que mon incroyable feignantise à fait tomber aux oubliettes…

Depuis mon passage, le majestueux volcan Agung de Bali est rentré en éruption du haut de ses 3000 m d’altitude, déplaçant pas moins de 40 000 personnes a plusieurs reprises. Et sa petite sœur Lombok, l’île voisine, à été victime de tremblement de terre à répétition dont le bilan monte à plus de 550 âmes. Je ne sais si la densité en divinité diverse et en cultes variés fut d’une toute aide pour ces habitants, mais en tout cas mère nature est bien dure avec ces pauvres Indonésiens… Et Dieu sait qu’ils n’en n’ont pas besoin. Car si les volcans continuent à semer le trouble dans la vie plus que paisible des 250 millions d’habitants de l’archipel, c’est je pense l’homme lui-même qui fait tout de même le plus de victimes…
Une telle diversité religieuse, ethnique et linguistique (plus de 700 dialectes avec 50 % de la population ayant une langue natale différente de l’indonésien) répartie sur près de 17 000 îles, crée aussi bon nombre de conflits.

C’est au Timor, la dernière île de notre périple indonésien, que le dénuement de la population locale se fit le plus ressentir. Oublié du pouvoir central, confié à l’autorité de quelques bureaucrates javanais, la population chrétienne insulaire vit de constantes persécutions. Mais c’est encore un peu plus loin que nous rencontrions les hommes et les femmes les plus démunis de tout notre voyage : au Timor Leste. Cette ancienne colonie portugaise devenue un pays à part entière en 1975 n’a eu fait que d’être victime des ambitions de ses voisins indonésiens (25 ans d’annexion sanglante) et australiens (les « libérateurs » qui repartirent victorieux avec les droits d’exploitation de tout les puits de pétrole du pays). Pour les lecteurs anglophones, je vous laisse ici la publicité satirique d’une fausse agence de voyage nous vantant l’emprise désolante qu’a eu l’Australie dans les affaires du Timor depuis les 20 dernières années, faisant de ce pays l’un des plus pauvres du monde (192e).

Ce fut pour moi un gros choc. Plus de boui-boui de bord de route, peu de marchés et des étales dans tous les cas bien légères… Au Timor Leste l’homme qui possède un kilo de sucre ou un litre d’huile de palme s’appellerai chez nous un grossiste. La population locale lui achète de petits sachets de sa confection, renfermant quelques dizaines de grammes de l’un et à peine de quoi graisser le fond de sa casserole pour l’autre. Juste de quoi cuisiner le prochain repas. Enfin, pour ceux qui peuvent se le permettre… Car une majorité de la population vit de toute façon d’une mono-diète de riz qui en ferait pâlir un Chinois. Du riz blanc à rien, et cela tous les jours. Une poignée de feuilles vertes plus ou moins digestes cueillies dans la forêt puis bouillies pour donner un peu de goût au riz, et vous avez un festin pour toute une famille. C’était aussi la première fois que je rencontrais une population qui ne cherchait pas à tout pris à améliorer ses conditions de vie. Cela était pour moi alors l’un des principes qui distinguait Sapiens des autres espèces animales. Toujours à la recherche de plus de confort. Et bien force est de croire que je m’étais trompé, car au Timor vivre de riz blanc sans chercher à n’en rien changer semble être clairement la norme, et n’a pas l’aire de les rendre plus malheureux que les autres. Le pays en lui-même est magnifique, divisé par une chaîne de montagnes, il est méditerranéen d’un côté et tropicale de l’autre, avec un climat tempéré sur les sommets. De quoi faire pousser toutes les cultures du monde en quelques dizaines de kilomètres de distance. Mais non… rien ne pousse que le bush et la jungle. Et se contenter de quelques rizières quand on vit dans un jardin d’Eden comme celui-là m’a longtemps confronté à de grandes interrogations… J’étais trop impressionné par la simplicité de leur mode de vie pour ne pas en être choqué. Une rencontre… vraiment particulière, qui m’a marqué pour longtemps.

C’est vous dire le trouble que je ressentais lors de la traversée qui nous porta Matthew et moi en direction de Darwin, en Australie. Par un concours de circonstances incroyables nous fûmes pris à bord d’un petit bateau à voiles piloté par un skipper ukrainien travaillant pour un riche australien quasi-sénile, payant des courses à son bateau pour le plaisir de le savoir en mer (alors que lui même ne montait plus jamais dessus). Durant ces 4 jours de navigation tantôt mouvementée (J’ignorais que je pouvais vomir autant de fois… ) et tantôt d’un calme plat (mer d’huile dans sa plus splendide définition), j’avais alors tout le temps de faire mes adieux à cette Asie qui avait tant conquis mon cœur, et à me préparer au nouveau continent austral que mes roues et pieds allaient bientôt toucher.
Mais pour être très honnête, j’aurai à ce moment-là donné beaucoup pour que le bateau ne s’arrête jamais de naviguer. Je crois que je redoutais le retour à un pays occidentalisé, avec ses règles et ses lois rigides au possible que je ne connais que trop bien. Fini les petits restau tradi, les ventrées de fruits locaux et les petits délices cuisinés à partir de rien à chaque coin de rue. Bonjour les McDo, les hypermarchés aux légumes fadasses gavés de pesticide et aux automobiles rugissantes nous doublant quatre fois plus vite que ne le fera jamais un scooter indonésien ou un tuktuk indien. J’en avais des frissons… souhaitant que ce petit moment hors du temps à naviguer doucement sur cette mer calme dure encore quelques jours… Je ne me sentais tellement pas près. 

En réalité, je trouvais bien vite des raisons d’adorer l’Australie autant que l’Asie. De quoi y rester près d’un an et demi d’ailleurs ! Et croyez moi ce n’était pas pour rien. Mais cela, je vous en toucherai deux mots au prochain épisode…

Alors, affaire à suivre…

Clem

Plus de photos en cliquant ici.

Vidéos de Matthew sur le sujet :

 

6 réflexions sur “53. Résumé des épisodes précédents: l’Indonésie

  1. Hello Clément ou devrais je dire Sabaidi 😉
    Bah ouais maintenant que t’as repris l’écriture et que tu viens de poser les pieds en Australie, il faut la suite !
    En tous cas tes récits me plonge direct dans l’aventure et ça fait grave du bien !
    Le retour à la réalité n’est pas dur, ce qui est dur c’est réalité et nous serions bien encore en vadrouille comme qd on s’est rencontré !
    Continue de pédaler, tu me fais rêver !!
    Bizz
    Sam

    J’aime

  2. Salut Clem!
    Quel plaisir de lire tes nouvelles aventures. Tu nous fais toujours rêver et j’aimerais bien venir te retrouver. Si Jacky était d’accord je ferais les valises, mais tu connais son caractère casanier.
    Allez j’attends la suite. Gros bisous des Jacquot.

    Aimé par 1 personne

  3. Salut Clem,

    Pour la troisième fois je viens de regarder tes photos, mais celle qui m’a le plus impressionnée, c’est le varan (joli compagnon de baignade) ses couleurs sont splendides. J’ai été surprise par la photo des 40000, mais j’attends celle des 50000 côté face. Allez bonne continuation. Nana.

    Aimé par 1 personne

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