54 – L’Outback, ou l’apologie du grand rien.

Quand on se retrouve Matthew et moi à Darwin, chez une amie d’enfance à lui, il ne reste plus qu’une ligne droite avant la fin de son voyage. Adélaïde sa ville natale est juste de l’autre côté du désert – ou de l’Outback comme on dit ici – là-bas à quelques 3500 km. Une longue ligne droite pleine de rien. Mais attention du rien version grandiose ! Du rien comme jamais je n’en ai vu auparavant. Et des grands rien comme ça, j’en ai vu deux-trois déjà, croyez moi…

Un virage… ça mérite une photo ça !

 

Alors une traversée toute pleine de rien ça se prépare un peu, car dans le rien, il n’y a pas grand chose bien sûr. Il faut s’organiser. Deux semaines de pâtes et de riz dans les sacoches, profusion de flotte, et on espère tenir jusqu’à Alice Springs, la seule ville au milieu de tout ça. Ensuite on se munit de cartes spéciales Outback où sont indiqués tout les points d’eau, et surtout un descriptif de tout ce qui sort du cadre du rien. Un gros caillou à voir, une petite gorge, un ruisseau ou un vieux pont… voir même une source ! Les Australiens aiment vachement tout ce qui touche à l’eau. Surtout quand cette eau s’est évaporée depuis longtemps. À Alice Springs (Soit les Sources d’Alice… bien que personne n’en a jamais entendu parler) on peut se dire être du coin quand on a vu 3 fois de l’eau couler dans la rivière qui traverse la ville. Ça prend au moins 10 ans. Mais ça ne les empêche pas d’organiser des courses de bateau pour autant. Il faut juste porter le bateau et courir le plus vite possible avec.

Il nous faut 12 jours pour venir à bout des premiers 1500 km qui mènent là-bas. 12 jours de ligne droite, 12 jours de vent de face, du bush à droite, du bush à gauche, et quelques kangourous de temps à autre. Pour s’en sortir ce n’est pas compliqué, il faut de bons écouteurs, quelques Go de livres audio, et une bonne dose de patience mêlée de détermination. Aussi, avoir déjà fait la moitié du tour du monde sur un vélo aide considérablement à la réussite de ce genre d’entreprise.
Si tu me demandes par quel itinéraire tu pourrais débuter en cyclotourisme, la traversée de l’Outback arriverai bon dernier dans la liste ! Car si avec un peu d’expérience c‘est un défi déjà bien corsé à relever, d’entrée de jeu ce serait du pur masochisme.

Soyons honnêtes, c’est chiant. Je me force à prendre au moins une photo par jour. En plein sur la ligne blanche de la route. Tout seul au milieu… de nulle part ! Et pour le coup, il n’y a rien d’exagéré. Pour fêter mes 40 000 km, j’en roule même une dizaine tout nu. Un grand moment de liberté ça. Et hormis quelques oiseaux, il n’y a pas grand monde que ça pourrait déranger.

Car si l’Australie est connue pour ses kangourous, pour moi c‘est le pays des oiseaux avant tout. Avec tout ces grands espaces, ils ont des escadrons d’oiseaux tous plus beaux les uns que les autres qui enchaînent des ballets au-dessus de nos têtes, c’est dément. Des vols de perroquets, de cacatoès, de grues, d’aigles… ils en ont tellement qu’ici certains sont presque considérés comme des nuisibles.
Et puis tiens, tant que l’on parle de volatiles, l’Outback à aussi son lot de drôles d’oiseaux. Ceux à deux pattes avec lunettes de soleil sur le pif : nos amis les hommes.
Entre les chauffeurs de road train, ces camions-train qui tirent 3 ou 4 remorques et qui te font sacrément serrer les fesses à chaque dépassement. Entre les habitants des petites towns qui tiennent la supérette des 200 km à la ronde ou la station-service du coin, les communautés de descendants aborigènes, les équipes de mineurs en descente au pub après 2 semaines dans le désert, les backpackeurs en road-trip qui pleurent sur leur jauge à essence et les Grey Nomads Il y a parfois de quoi se sentir plus sur Tatooine que sur Terre.

Les Grey Nomads sont l’ensemble des Australiens ancienne génération qui partent chaque année sur les routes avec leur (très) grosse caravane faire une escapade autour du pays. Généralement retraités, ou pas loin de l’être au vu des prix de leurs engins… Certains ont même tout lâché, maison, boulot, … pour ne vivre plus que sur la route. Un peu comme moi en fait. Mais version US. Caravanes tout terrain, 4×4 énormes, camping-car tirant une remorque à bateau avec canoës sur le toit et voiture tractée derrière le tout… ou même semi-remorque aménagé… ces gens-là voient le confort du voyage en grand ! L’avantage ? Ils ont de quoi transporter assez de bière pour s’enfiler plusieurs packs chacun par soir pendant des semaines (pas comme moi du coup), et peut être même en filer une au cycliste crasseux qui ne s’est pas lavé de la quinzaine et qui campe à l’ombre de leur monstre. Ahaa !

À Alice Springs, nous sommes de nouveau accueilli par des amis de Matt. On squatte une petite semaine histoire de refaire le plein de bonne bouffe (Il semblerait que notre diète ait été surtout riche… en carence !), ainsi que pour se reposer et en profiter pour organiser un peu la suite… Mais j’y reviendrai.
Jusqu’à présent ce n’était pas compliqué, on roulait du lever jusqu’au coucher du soleil. Plus assez de lumière pour pédaler ? Stooop ! Il fallait trouver un endroit où camper. C’est-à-dire freiner, s’éloigner de 100m de la route, squatter un carré sans buisson qui pique, ramasser quelques brindilles pour faire chauffer la popote du soir et monter la tente. Ça y est, il fait bien nuit maintenant ? Oui, on peut cuisinier. 250g de pâte au kubor plus tard ça allait beaucoup mieux et on pouvait recommencer à papoter. 250g de riz plus tard, mélangé à de la poudre de lait et du sucre : le petit dèj du lendemain était prêt ! Et pour le reste, il n’y avait plus qu’à admirer les étoiles en se massant les jambes et en se disant «Qu’est ce que c’est grand tout ça… » avant de s’écrouler comme des masses jusqu’à ce que le réveil ne sonne. Il nous fallait alors juste 30 minutes pour tout plier et engloutir nos portions de riz avant que les toutes premières lueurs du jour ne pointent, et attaquer gaiement les 130-150 km de la journée !
À midi, on s’abritait à l’ombre d’un truc, on dévorait 250g – une fois n’est pas coutume – de flocon d’avoine à l’huile d’olive… Et c’était reparti pour un tour. Il est écrit plus haut «patience et détermination», vous comprenez maintenant ?

Alors vous allez me dire pourquoi ne pas s’arrêter dans les petites towns ou les roadhouses (Ces stations-services, pub, resto, camping, garage, magasin et tutti quanti… ) sur la route, histoire d’ajouter un peu de fraîcheur au menu ?
Well si resto de bord de route il y a, de là à dire qu’ils y vendent quoi que ce soit de comestible, c’est une autre affaire. Il n’y a qu’à regarder les espèces de mammouths qui gardent le comptoir pour se rendre compte que finalement, les pâtes à l’avoine, c’est pas si mal. Deux jambonneaux bleuâtres en guise de guibolles, à peine capables de soutenir le reste de la carcasse sans trop flageoler, nous sommes en présence d’une jeune demoiselle de l’Outback qui vend frites, burgers décongelés et nuggets sauce BBQ depuis les 20 dernières années ! À moins que ce ne soit un homme… attendez un nez boursouflé florissant de toute part ? Ah, l’établissement fait probablement aussi débit de boissons. Quelques machines à sous dans un coin, des paquets de clopes, de chips et des barres chocolatées pour ce qui concerne le rayon épicerie. Une portion décente ? Ce sera 25$ Love. Thank you Darling, je repasserai…

Mais bon, revenons à nos moutons. Nous étions à Alice Springs, au beau milieu du grand rien Australien, en plein préparatifs pour les 2000 km restant, et ses 4 semaines de bouffe à transporter. Aïe déjà là ça coince. On ne va jamais pouvoir emmener tout ça avec nous. D’autant plus qu’on a décidé de s’éloigner de la grande route pour aller taquiner quelques pistes de sable rouge histoire de sortir de la monotonie de l’axe principale. Mais Lyle, notre hôte, va s’avérer utile en plus d’un point. Déjà, il fait partie des rares personnes autorisées à pénétrer sur les terres aborigènes des Pitjantjatjara, une «réserve» que nous aimerions traverser située au sud d’Uluru, le fameux big rock du centre de l’Australie. Il leur livre du coca et ce genre de merde, et repart avec leurs carcasses de bagnole abandonnées. Donc de une, sa société de livraison va pouvoir déposer dans une roadhouse à quelques semaines de vélo d’ici un gros carton de nos glucides secs préféré et autres poudres d’accompagnement. Et de deux, il va réussir à nous obtenir un ticket d’entrée pour les fameuses terres aborigènes… grâce à un de ses potes trafiquant de dromadaires.
Car oui, il y a des dromadaires sauvages en Australie et oui, il y a des types assez motivés pour aller les chasser et les capturer en plein désert à des centaines de kilomètres de la première piste… pour pouvoir les vendre – vivants – à l’Arabie Saoudite, grande acheteuse de dromadaires sauvages c’est bien connus.
Alors non, il n’y a pas toujours eu des dromadaires ici, mais comme presque tous les animaux importés sur le continent rouge, certains de leurs congénères ont profité des grands espaces pour voler de leurs propres ailes. Chats sauvages (qui menacent les oiseaux en mangeant leurs œufs), chiens sauvages (qui se croisent avec les dingos australiens et s’attaquent en meute aux troupeaux de moutons), lapins aussi… dangereux ça les lapins ! Très dangereux ! Surtout quand il y en a des milliards ! J’ai rencontré personnellement un chasseur de chèvres sauvages qui me disais que son père en 1940 avait un business de pattes de lapin qu’il vendait aux conscrits en partance pour l’Europe… afin de leur porter chance. Et qu’en une nuit, il pouvait piéger jusqu’à 10 000 lapins d’un coup ! Pourquoi autant ? Pourquoi pas plus en réalité, car au-delà de ce nombre les tas et les tas de lapins étouffés piétinés par leurs amis d’infortune avaient formé une butte suffisante pour que les lapins survivants puissent sauter par-dessus la clôture du piège… Allez comprendre.
Mais bref, à part ceux-là et les chèvres mentionnées (qui ne menacent que… la flore locale… et donc les animaux qui s’en nourrissent… donc tout quoi), il y a aussi des cochons sauvages, des ânes sauvages, des chevaux sauvages et bien sûr… des dromadaires sauvages originaires du Pakistan importé avec leur chamelier lors des grandes missions d’exploration de l’Outback. Mais si les chameliers ont fini par se sédentariser, leurs bêtes, elles, ont pris la poudre d’escampette.
Donc le collègue en question, rare personne travaillant à son compte dans ce grand rien, et recrutant même parfois des aborigènes pour sa besogne (fait quasi-historique), parcourt le désert avec son petit avion en quête de troupeaux isolés. C’est d’ailleurs à cette occasion que Lyle l’a vu pour la dernière fois : il s’est posé juste devant lui, à même la piste, pour parler avec son vieux pote et se faire offrir une canette.
Grâce à ses conseils, nous allons donc rendre une visite officielle au chef d’une certaine communauté aborigène, afin de parler de tout un tas de trucs passionnants qu’il a sûrement à nous dire. Le chef est au courant de notre venue (Mais on ne le rencontrera jamais… ), par contre notre demande de permis via le site internet de la communauté est toujours sans réponse… Mais ce ne sont ni ce détail, ni le panneau concernant les 2000 $ d’amende en cas d’infraction qui nous empêcheront d’y aller. En vérité, l’énoncé seul du nom de ce chef sera notre passe-droit. Mais j’y reviendrai en temps voulu.

Nous quittons donc Alice Springs les sacoches pleines de deux nouvelles semaines de mets plus délicieux et plus variés (?) les uns que les autres, d’une demande de permis non aboutie en poche, et d’une surdose de motivation ! Car si ce que nous venions de faire nous avait paru difficile, maintenant tout va se passer sur des pistes cabossées où la tôle ondulée côtoie bancs de sable et nids d’émeus (sorte de très très grosse poule australienne) enfouis sous 20cm de poussière.
Ceci dit, c’est avec une grande joie que nous attaquons ces premières centaines de kilomètres, car elles s’avèrent incroyablement denses en choses remarquables (environ une par jour). Comme une falaise un peu jolie ou une gouille dans le creux d’une gorge. Ce qui me fait aussitôt décréter cet endroit, nommé les MacDonnell range, comme étant mon lieu favori de l’Outback ! Et oui, on ne se refait pas. Je suis une créature qui aime la variété et le changement, moi.
Notre première destination phare avant les terres aborigènes est alors ce fameux Uluru, le gros caillou posé au centre du continent et qui est à peu près leur Mont Méru à eux. Leur centre de l’univers. C’est l’occasion de se frotter à la poussière des pistes, avec une section de 160 km d’affilés sans bitume. Mais a notre grand étonnement, on ne trouve pas cela si dur finalement. Plus lent, certes, mais tellement plus… «grand». La sensation de solitude et d’immensité y est encore accrue. On y voit beaucoup plus d’animaux (lézards, serpents, chevaux sauvages, … ) et beaucoup moins de véhicules aussi – bien que la poussière levée par chacun d’entre eux nous fait nous en rappeler bien plus longtemps… Il faut se couvrir de la tête aux pieds pour ne pas trop en manger.

Et puis il y a le fameux Ayers Rock. Uluru dans toute sa splendeur. Et ça, et bien franchement, ça vaut les 2000 km de parcouru à travers le grand rien Australien.
Quelle claque ! Un seul et unique caillou-montagne. Une seule pièce, aux dimensions absolument gigantesques, posée là au milieu du désert plat. Il paraît que c’est tout ce qui reste d’une chaîne de montagnes vieille de plusieurs millions d’années et qui aurait tapé les 10 000 mètres d’altitude… ! Dément.
On peut le grimper. Et du sommet, bien plus que sa hauteur de 450m environ, c’est l’immensité alentour qui est vertigineuse. Du rien, mais du grand rien ! À perte de vue…
J’avais trois pensées qui se succédaient dans ma tête à ce moment-là. Comment diable les aborigènes ont-ils pu survivre ici pendant 40 000 ans ? Comment diable vais-je réussir à survivre plus de 4 jours là-dedans ? Et combien de types vivent là, quelque part, dans le seul espoir… qu‘on ne les retrouve jamais ?
C’est toujours une question que je me suis posée. Je suis persuadé qu’il existe des espèces de repentis, des vieux loups de mer recherchés par la police, ou bien juste des types un peu trop fuck-le-système… qui vivent dans ce grand vide en mode survivaliste. Qui squatteraient de vieilles installations minières paumées, avec assez de munition pour pouvoir chasser le ‘rou pendant les dix prochaines années. Ou qui se seraient bricolés des conteneurs-cabanes et qui camperaient sur un stock de boîtes de conserve et de canettes, se ravitaillant en douce à l’occase d’une escapade de 1000 bornes en ville.
Honnêtement, je suis persuadé que l’Australie héberge comme cela des gens qui ont suffisamment de choses à se reprocher pour vouloir quitter de la sorte la société. Je me demande juste… Combien sont-ils ?

En tout cas, si cela a de quoi nourrir mes rêveries pour quelques dizaines de kilomètres, ce n’est rien par rapport à la question de la vie traditionnelle des Aborigènes. C’est impossible à imaginer. 45 degrés le jour, zéro la nuit. Des périodes de sécheresse de plus de 5 années consécutives sans une seule goutte d’eau. Ni agriculture (l’Australie n’a jamais porté la moindre espèce native qui soit domesticable – hormis la macadamia), ni bétail (va faire tirer une charrette à un kangourou pour voir… ). Ils vivaient à l’âge de pierre, ou devrais-je plutôt dire à l’âge de bois, car c’est surtout en bois qu’étaient faits leurs rares outils. Sans gourde pour transporter l’eau (ni cucurbitacée adéquate, ni couture du cuir) Sans maison, sans grand chose quoi…
Ils se sont pourtant répandus dans tout le continent, ont développé près de 150 langues différentes, des routes commerciales, et une connaissance profonde de leur environnement qui les a fait survivre depuis leur arrivée en Australie il y a au moins 40 000 ans. Et ce, jusqu’à ce que l’homme blanc n’arrive Malheureusement.

Alors ils n’ont pas totalement disparus. La preuve, nous allons les voir. Les terres des Pitjantjatjara s’étendent au Sud, sur une distance de 500 km de longueur, et leur sont entièrement réservées. Le pays possède de nombreuses réserves comme celle-là. Les grands massacres orchestrés par les blancs depuis l’arrivée des premiers colons fin 18e ont quand même laissé quelques survivants. Pas sur les terres fertiles, ha ça non ! Ils les ont virés de là rapidement. Dans les déserts, oui pourquoi pas… s‘ils insistent. Mais comme la plupart des survivants qui ne succombaient pas aux maladies européennes ont de toute façon été soumis à l’esclavage dans les fermes des colons, que les familles ont été disloquées et les tribus traquées… Il ne restait plus beaucoup de candidats à l’exode vers l’Outback. Les grandes compagnies minières ayant la fâcheuse tendance de s’approprier ces zones-là aussi… Bref, vous voyez le désastre.
C’est seulement dans les années 70 que les aborigènes ont officiellement été reconnus comme étant nos frères et nos sœurs, et sont sortis de la tutelle du ministère de la faune et de la flore. Depuis le gouvernement a expérimenté plusieurs choses… comme l’évangélisation forcée, la confiscation d’enfants à grande échelle, l’expatriation dans des camps tous faits et posés au milieu de rien, loin loin loin des regards… et cela toujours motivé par de grands discours : «Avec l’aide de Dieu, nous vous aidons à sortir de votre condition de misère», ou bien «En éduquant vos enfants à votre place nous leur donnons une chance de s’intégrer à la société Blanche !» En ce moment, c’est plutôt quelque chose comme «L’heure des réparations est venue, nous vous rendons vos terres ! Vous en êtes de nouveau les propriétaires !». Problème, ni la sédentarité ni la propriété privée n’a jamais existé chez eux.
Qu’importe… la solution consiste donc à les parquer dans les endroits les plus inhospitaliers, à des centaines de kilomètres de la première route, elle-même à des centaines de kilomètres de la première ville (et c’est là qu’on allait !), à les sédentariser dans des maisons clé en main, avec école et centre de soins, et surtout avec un beau ma-ga-sin. Vous vous souvenez de la description de la gastronomie des roadhouses ? Coca, chips et bonbons pour les en-cas de chaque instant. Assortiment de friture en tout genre directement sorti du congel, burgers et crèmes glacées… bref, la pa-na-cée. Une seule différence, ici tout est grillagé. Pour moi ce n’est pas une solution ça, c’est une extermination.
Diabète, obésité, maladies cardiovasculaires sont la norme. Alcoolisme et addiction aux drogues les plus diverses y sont légion. Lésions cérébrales et autres troubles psy… la difficile conséquence des erreurs du passé.
En effet, il y a 30 ans, Matthew avait eu l’opportunité d’aller visiter une de ces communautés (c’est qu’il n’est plus tout jeune le collègue !). Il y avait vu des enfants se promener avec des canettes remplies d’essence à sniffer accrochées autour du cou. Aujourd’hui, ces enfants sont parents. Le directeur de l’une des écoles que nous visiteront nous avouera que presque 100% des gosses sont victimes de violences ou d’attouchements sexuels dans leur cadre familial. Et que sa mission à lui est avant tout de leur faire passer un maximum de temps à l’école car au moins… ils y sont bien.
L’essence à été bannie pour être remplacé par un dérivé du diesel non sniffable, les communautés ont signé des accords d’interdiction de vente d’alcool, … Mais une chose est sûre, après 4 ou 5 générations passées dans ces camps « d’attente » – faute de trouver un meilleur mot – sans travail ni raison de vivre, quand vos grands-parents eux même vivaient cette même situation d’assistanat intensif… Comment voulez-vous construire les bases d’une quelconque société pérenne ?
Personne ne travaille, tout le monde touche son petit RSA australien, plus ou moins dopé par les subventions des mines en exploitation sur leurs terres. Aucune notion d’argent… la situation est déplorable. 
Je demanderai à l’un d’entre eux combien coûte une queue de kangourou congelée dans leur petite supérette. Car on trouve ce genre de truc aussi. Il me répondra après plusieurs minutes à déchiffrer l’étiquette : «1,25$ !».
En réalité c’est le poids et non le prix, qui est 15 fois plus élevé. Il en achète tous les jours.

Enfin bref, nous devrions vite en savoir plus en allant voir tout cela de nos propres yeux… Une traversée d’au moins 500 km de piste, au-delà de ce que le regard puisse porter du sommet d’Uluru, nous attend dès le lendemain. 
Si ce gros caillou est vénéré des aborigènes dans leurs cultes animistes, il l’est aussi par certains chasseurs d’extraterrestres… Saviez-vous qu’il existe une théorie comme quoi ce roc serait en réalité un vaisseau-sarcophage venu d’une galaxie lointaine et que les premiers Hommes en seraient sorti ? En même temps, je les comprends tous… car regarder ce géant sous le ciel étoilé de l’Outback, ce ciel immense qui prend ici tellement de sens… ça a de quoi donner le vertige et faire partir loin. Très loin…

Enfin lieu divin, cosmique ou géologique, chacun sa raison. Si vous n’avez pas encore eu la chance d’y aller, je vous laisse méditer là-dessus en attendant le prochain épisode. Pour patienter je vous laisse tout de même avec ces quelques lignes… ce sont les extraits d’une série de songes et de conversations qu’auraient pu enregistrer nos amis les ovnis depuis leur sarcophage galactique. Ça se passerait non loin de là, dans le free-camp d’une guesthouse par un beau soir d’hiver. Mais toute ressemblance avec des personnages réels ne saurait être que pur hasard.

– …
– Le mari d’une Grey Nomad
, se disant à lui-même : Bon alors, avec la bise Sud-Sud Est de cette nuit, comment s’que j’dois garer la caravane pour qu’on ait le lever de soleil demain matin, mais sans avoir la fumée des grillades ce soir… ? Mmh…
– Un backpackeur, assis à l’arrière de son van : Avec le vent de face d’aujourd’hui et en roulant à 65 km/h de moyenne on fait du 11,5 litres aux cent. Bon à savoir ça…
– Un trucky, après avoir coupé le moteur de son road train : Vivement Darwin bordel. J’irai à la pêche.
– Le mari d’une Grey Nomad, ronchon après 5 tentatives pour se garer : Fichus backpackeurs… s’ils étaient pas aussi nombreux j’arriverais à parquer la caravane comme il faut non de chien ! Et avec ça j’suis même pas d’aplomb. J’suis même pas d’aplomb putain !
– Un backpackeur, en dépliant les chaises de camping : Si demain je colle le van du collègue de devant de 2-3 mètres de plus je devrais bien réussir à passer sous la barre des 10 litres quand même… Faut que j’essaie.
– Un trucky, engloutissant sa troisième meat-pie : T’façon quand j’arrive j’me prends un jour. Y z’ont qu’à dire s’qu’ils veulent j’les emmerde. Y z’ont bien trop besoin d’moi. J’me prends un jour, et j’vais à la pêche.
– Le mari d’une Grey Nomad, en dépliant le barbecue amovible : La vieille voulait une salade de carottes avec les T-bones mais comme ça fait bien deux jours qu’on les a acheté j’ai peur qu’elles aient tournées… j’vais les bazarder chez les voisins tiens.
– Un backpackeur, songeur devant son réchaud à gaz : Ça fait combien d’oranges à cueillir à l’heure ça ? À 15 balles la cagette et les 10 litres aux cent du van… ça devrait tout juste payer le voyage retour pour attaquer la saison des mangues !
– Un cycliste à un autre, perplexe : Clem dans les pâtes ce soir, on fait sauce curry rouge ou curry vert ?
– Le patron de la guesthouse, à son nouvel employé Allemand : Bon mon p’tit pote il est 18h, Y s’agirait de m’faire déguerpir tout ces soûlards d’Abos maintenant… Les vrais clients vont bientôt arriver. On n’est pas comme chez vous ici, les mélanges ethniques, on vous les laisse…
– La femme d’un Grey Nomad, s’adressant à deux cyclistes : Oh ! C’est quand même courageux de faire tout ça à vélo, dites donc. Moi qui trouve le temps long même dans le 4×4, rhooo… Mais dites moi, comment est ce que vous gardez votre eau fraîche ? Vous avez une glacière ?
– Un cycliste à un autre, en bidouillant avec le feu : On a fait curry rouge hier, nan ? Fait donc curry vert ça changera.
– Le patron de la guesthouse, apprenant le métier à son nouvel employé : Putain mon pote mais il était soûl comme une barrique celui-là, fallait lui charger la note ! Demain, tu lui tapes 200$. Entre 20 et 200, ils y comprennent rien t’façon. C’est comme ça qu’on les éduque nos renois, tu piges ?
– La femme d’un Grey Nomad, toujours aux deux cyclistes et sans attendre leur réponse : Vous êtes allés au pub j’espère ? Nous on adore, le patron est extra. Très propre, un homme bien. Et il fait des chicken parmi’ à tomber par terre… ! Mais ce soir c’est barbecue, mon mari faire cuire les T-bones. On est tout comme vous nous, on adore le camping !
– Le mari d’une Grey Nomad, en pleine cuisson des T-bones : Putaaain… Matte moi les nibards des deux Bohémiennes là-bas… ! Rah y’a pas à dire, y’a quand même du bon à la cohabitation avec ces beatniks. Sans ça, on aurait fermé les frontières depuis longtemps t’façon !
– Un trucky, décapsulant sa 7e bière : Ah le panard… Donne-moi un bout d’lac avec une canne à pêche et c’est l’paradis terrestre, mon pote !
– Le mari d’une Grey Nomad, sortant de sa rêverie : Meeeeerde… j’ai calciné les T-bones… Fait chieeeer. Boarf, de toute façon c’est comme ça qu’la veille les aimes…
– Un cycliste à un autre, fouillant dans ses sacoches : Mais dis moi Matt, j’nous sort quelle boîte ce soir ? J’arrive plus à me rappeler si on a mangé sardines à l’huile ou miettes de thon hier ?
– Un backpackeur, humant sa boîte de conserve spaghetti sauce bolo toute fumante : Hé bien celle-là pour le coup j’l’ai pas volé ! Ha ha !
– Un cycliste à un autre, plus du tout perplexe : Ah, c’était sardine je me souviens très bien ! J’aime pas du tout…
– Un backpackeur, parlant à son van : C’était quoi cette fumée blanche que tu m’as faite ce matin ma Titine ? Tu vas pas me faire le coup du joint de culasse hein ? Pas avant que j’te refile au prochain, n’est-ce pas ? On a encore 10 000 bornes à faire toi et moi… ça va bien se passer, je suis sûr que tu peux tenir jusque-là.
– Le patron de la guesthouse, félicitant son petit nouveau : Aller il est minuit, vas te pieuter gosse, t’as bien bossé. Demain tu commences à 5h avec les sanitaires, et à 8 tu passes à la caisse. Par contre j’te demanderai d’faire gaffe aux p’tits malins d’ta race… un backpackeur sa fauche comme ça respire, alors zieute les poches de tes p’tits potes, mon pote. Pigé ?
– Un cycliste à un autre, déterminé : Va pour le thon alors, ça changera !
– …

A suivre…

Clem

 

Et puisque que nous sommes très branché oiseaux en ce moment, voilà quelques uns des spécimens à plumes que j’ai pu photographier en Australie.

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