60 – Sur les épaules de Diamond

Pour fêter ma troisième année de voyage, à l’occasion de ce nouveau départ depuis Adélaïde, une amie de France est venue me rejoindre. Lucie a toujours rêvé de voir le monde depuis la selle d’un vélo, alors quand je lui ai proposé de me retrouver en Australie pour partir à l’exploration de ce petit coin poussiéreux de notre planète… elle n’a pas hésité une seule seconde !
Au programme la traversée Adélaïde-Sydney en suivant la fameuse rivière Murray, puis en passant par Canberra, la capitale, et enfin par les Blues Mountains. 3500 kilomètres de mise en jambe, elle devrait savoir un peu plus de quoi il en retourne après ça !
Après quelques semaines d’entraînement au milieu des belles collines d’Adélaïde, histoire de se (re)faire un peu les cuisses (les miennes aussi puisque je n’ai presque pas roulé depuis mon arrivée ici, il y a un an), nous prenons ensemble la route du levant.

Les collines qui dominent Adélaïde et entourent la région d’un écrin de verdure, représentent un bel échantillon de ce qu’est une zone peuplée à l’australienne. La densité de la population équivaudrait, en France, à celle de la Creuse ou de la Lozère… Mais pour le pays, elles est digne d’une fourmilière humaine, grouillante de vie. Il y a des villages de temps en temps (terme prohibé, ici on dit town dès que l’on compte deux maisons), des champs, des vergers, des prairies, des vignes… bref c’est un véritable hyper-centre rural !
D’une certaine manière, il en ira de même tout au long de notre traversée jusqu’à Sydney. Nous serons toujours plus ou moins dans cette zone «habitée», en vert sur la carte du continent pour bien faire percevoir comme elle est fertile et peuplée. Mais, depuis le guidon de nos vélos, elle restera quand même bien plate, bien sèche, bien vide…

Traverser le sud-est de l’Australie, c’est replonger au temps des premiers colons se risquant dans l’aventure de leur vie, à l’autre bout du monde. Tout ramène au souvenir de ces premiers explorateurs, pasteurs, fermiers, … qui ont osé s’installer sur cette terre tout juste hospitalière. Déjà qu’ils ne pouvaient pas physiquement être plus loin de leur chère Angleterre, ils se retrouvaient en plus excessivement isolés les uns des autres, de par leur faible nombre et la dimension des propriétés. La vie ne devait vraiment pas être facile à l’époque. Ils ont dû avoir à se serrer les coudes comme jamais nous ne pourrons vraiment le mesurer… A une époque où une lettre envoyée à la famille mettait une année avant de délivrer son précieux message, quand le bateau du postier ne faisait pas naufrage.

L’une des choses qui m’a cependant interpelé, c’est la manie qu’ont les Australiens à vouloir retrouver l’état que la nature avait à cette époque révolue. Comme si les changements étaient trop rapides et la nostalgie de cette vie d’aventure coloniale trop récente pour être hors de portée. Partout où nous allons, nous voyons des projets visant à redonner à l’Australie le visage qu’elle avait du temps des colons. Soit en retapant des villages modèles d’époque, soit en remettant sur pied de vieilles installations agricoles, ou une cabane d’éleveur à faire visiter… En Australie, le moindre piquet de pâture centenaire est un symbole national, et la première bicoque en ruine, le château en Espagne d’un ancêtre. Et puis il y a aussi d’immenses parcs nationaux gérés de sorte à nous laisser croire que seule mère-nature est maîtresse des lieux.

Mais quand on y réfléchit bien, aussi vaste que soit le pays, que reste-t-il de la nature originelle dans ce que l’on voit ?

Par exemple, nous traversons à un moment donné une zone désertique. Nous ne sommes pourtant qu’à quelques kilomètres de la plus grosse rivière du pays, mais tout ce qui nous entoure semble déjà appartenir à l’Outback profond. Comme si le désert et ses 3500 km de poussière démarrait sur les rives mêmes du fleuve. Cela paraît incroyable… Et d’un autre côté, tellement évident que personne ne penserait à remettre en cause cet état de fait. Et pourtant… il y a 250 ans, avant que les premiers colons arrivent avec leurs millions de moutons et leurs techniques agricoles révolutionnaires, cette région était verdoyante, parsemée d’arbustes et riche d’animaux. Comment est-ce possible ? Et surtout… que veut-on préserver ? L’Outback né de la déferlante des colons ? Ou bien le désert vert qu’il y avait encore avant ?
En fin de compte, pour préserver un environnement, on dépense des milliards de dollars à l’échelle du pays, par exemple en contrôlant les populations de nuisibles ou en éradiquant des espèces introduites Mais de quel «avant» parle-t-on ? Celui des colons ? Eux qui sont la cause même du plus grand bouleversement géo-climatique du pays ? C’est une question qui s’imposera à moi du début à la fin de mon périple australien…

Partis du sud, les pionniers sont peu à peu arrivés dans des zones moins accueillantes. L’idée d’y planter les céréales et les légumes amenés d’Europe relevait déjà, dans la plupart des cas, de l’impossible. Par contre, l’élevage était envisageable. Forts de leurs expériences sur les terres anglo-saxonnes, les colons établirent rapidement des fermes aux frontières de l’Outback, en utilisant un savoir-faire et des connaissances… absolument inadaptés au nouveau continent qu’ils défrichaient. L’immensité, ici, est aussi enivrante que le besoin qu’ont les hommes de vouloir la combler. Il n’est pas rare de trouver mention d’un fermier arrivant sur sa nouvelle propriété avec 10 000 moutons, et de faire monter son troupeau à un million de têtes en l’espace de 25 ans.
Ce devait être la norme à l’époque pour une petite communauté autonome reculée. Les enfants étaient bergers à 8 ans et déplaçaient déjà des troupeaux entiers, pendant des jours et des jours, seuls avec une meute de chiens pour unique compagnie. Les témoignages de ce genre sont légions. Nombre d’Australiens ont eu un aïeul dans cette situation – et nous avons même rencontré certains spécimens encore vaillants.
Toutefois cette période de leur histoire élevée sur un piédestal, autant que les chansons western-harmonica sur la scène des pubs locaux, cache avant tout un grand cataclysme environnemental.
Citons l’élevage des ovins par exemple. Imaginez une terre aride dans un climat instable, rude et difficile à prévoir. Son apparente fertilité à l’arrivée des colons tenait au fait qu’elle n’avait pas été foulée depuis des centaines d’années. Elle résultait de l’équilibre parfait entre les maigres ressources en eau, la diversité des espèces adaptées à ces conditions de vie, et le nombre de leurs représentants.
Contrairement aux sols d’Europe, ceux d’ici se sont épuisés en quelques décennies à peine. Laissez un troupeau de moutons piétiner, brouter, gratter un sol qui n’avait jamais connu que l’équilibre fragile d’un biotope s’étant développé pendant des milliers d’années sans ces animaux-là … pour qu’une métamorphose profonde de l’écosystème apparaisse. Comble de malchance, les éleveurs s’installaient parfois à la fin d’une décennie assez pluvieuse et croyaient la situation habituelle. Lorsque la sécheresse reprenait ses droits, la catastrophe était inévitable !
Les espèces végétales et animales disparaissent les unes après les autres, le sol perd sa fragile fécondité, l’érosion ravage la région en une dizaine d’années… Et le million de moutons de notre éleveur se transforme en troupeau fantôme… Les bêtes maigrissent et meurent de soif ou de faim pour avoir dévasté l’environnement par leur trop grand nombre, éliminant au passage et parfois à tout jamais, une bonne partie des espèces natives de la région. Il y a en Australie des bandes de terre larges comme la moitié de la France qui sont passées de la prairie au désert en l’espace d’une génération. Combien de temps faudra-t-il aux secteurs maintenant préservés pour retrouver leur équilibre d’antan ? Dans son livre Effondrement, Jared Diamond explique comment certains excès amènent ainsi à la disparition de civilisations.

Ce type d’exemple se retrouve partout. Le système de croyances des colons – plus Anglais que les Anglais eux même, à 20 000 km de leur patrie – a profondément modifié l’environnement australien riche de millions d’années d’évolution sans contact avec les espèces animales et végétales du continent eurasiatique. Vouloir retrouver cet état originel me semble plus découler de la nostalgie des forces fondatrices du pays (comme l’immense travail de colonisation d’un continent inculte) que d’un véritable processus naturel. Les colons sont arrivés avec leur culture et leurs valeurs, la viande de bœuf et d’agneau, les patates et le pain dans un pays que rien ne prédisposait à l’arrivée d’un tel bouleversement.

Les espèces introduites par les colons dérangent. Lapins, renards, crapauds-buffles, chiens et chats sauvages… se reproduisent en masse et sont traqués sans répit. Même les carpes européennes prennent le dessus sur les espèces natives des rivières. Des plantes invasives, comme certaines graminées faibles en calories venues d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique envahissent les champs. Elles sont systématiquement pulvérisées de pesticides, pour ne pas concurrencer les herbes natives des pâturages.
Imaginez un instant, un continent grand comme l’Europe entière, mais habitée par seulement 25 millions d’habitants qui mènerait une politique d’extermination de la luzerne, du mulot et de la truite, sous prétexte qu’à un moment donné de l’histoire ces espèces n’étaient pas là, et qu’aujourd’hui elles bouleversent l’équilibre environnemental. Vous voyez le budget que cela représente ? Les pesticides et les efforts à mettre en œuvre pour arriver à un tel objectif ? C’est colossal. On crée même de nouveau virus pour abattre ces populations avec des armes biologiques. Mais même si 99% des lapins y laissaient la vie, le pour-cent survivant transmettra à ses petits des gènes d’immuno-résistance.
Pourquoi un tel contrôle ? Pourquoi toujours vouloir tenter de retrouver un paradis disparu ? L’homme et ses envies bouleversent les choses dans un sens puis dans un autre. La nature, elle, évolue juste avec le temps vers un parfait équilibre…

Plus loin sur notre chemin, nous trouvons des vergers à perte de vue et des prairies où paissent les vaches à lait du pays. La viande et les produits laitiers sont le fer de lance de l’agriculture australienne. On en consomme vraiment beaucoup ici. Le lait est partout, le beurre, la crème, un peu le fromage aussi. Mais le plus gros de la production est exporté sous forme de poudre aux pays d’Asie. Le plat national est le roast, un gros rôti de porc ou d’agneau avec une sauce gravy bien épaisse, et des légumes au four.
Les régions de pâturage, aussi belles et verdoyantes soient-elles, ne compte jamais que 200 ans d’exploitation au maximum. Et, par définition, elles ont complètement modifié l’écosystème local. Les Australiens dépensent un nombre de points de PIB effarant pour préserver ce mode de vie « traditionnel », alors qu’aucun de ces produits ne se trouvait dans cette partie du monde, il y seulement quelques générations.

Avant l’arrivée des colons vivait le peuple aborigène. Ils étaient des centaines de milliers regroupés en familles de chasseurs-cueilleurs qui entretenaient eux aussi leur environnement de sorte à le rendre vivable sur le long terme (40 000 ans de peuplement, c’est plutôt solide comme équilibre, pas sûr que nous fassions de même). Ils ont été chassés, traqués, exterminés, ou soumis à l’esclavage dans les fermes des blancs… C’est vraiment quelque chose de choquant en Australie. Chaque parcelle de terre à peu près fertile appartient à un blanc. Chacune des zones où il fait bon vivre a été nettoyée de ses locataires originaux, à se demander si les Aborigènes existent encore. Au mieux on leur laisse des zones d’Outback désertiques, au pire ils finissent dans des communities à se morfondre en silence. Les Aborigènes ont presque disparu, et les blancs se sont accaparés cent pour cent des terres cultivables. On peut voyager des semaines dans ce pays sans même savoir que ce peuple existe… c’est incroyable ! Aujourd’hui, les jeunes Australiens, mal informés,  identifient les Aborigènes à des habitants de l’Outback. Alors que la grande majorité d’entre eux vivaient exactement là où vivent les blancs aujourd’hui…

Tout cela reste parfaitement invisible au niveau individuel. D’ailleurs de notre côté la vie est belle, on ne se plaint pas. Lucie et moi pédalons gentiment dans de vastes paysages, juste assez aménagés pour être rendus confortables. Jolies routes sinueuses de campagne, parfois des pistes, très peu de trafic… Les réserves naturelles sont partout, on bivouaque presque chaque soir. Une rivière pour se rafraîchir, un petit feu pour cuisiner, et le calme des grands espaces comme invité. Il y a juste assez de villes et de magasins pour ne pas avoir à transporter trop de nourriture avec nous, et le pays regorge de parcs publics et d’espaces de détente aménagés en plein air, pour nous fournir des bancs, de l’eau, et même parfois un beau gazon à sieste d’où observer les oiseaux. Pour nous en fait, c’est l’idéal et on imagine bien que pour les jeunes d’ici les Aborigènes appartiennent à une époque révolue.

Nous découvrons les fameuses Blue Mountains juste avant d’arriver à Sydney. Les paysages sont dingues. Imaginez le grand canyon du Colorado paré d’un vert sauvage surmonté d’une gaze bleutée. On loge là-bas près d’un mois, chez un couple de cyclistes retraités. Ils ont voyagé par le monde à bicyclette dans les années 70. Des histoires incroyables devant un paysage qui défie l’imagination… On retape un vieux vélo abandonné au garage depuis 30 ans, car mon Décathlon d’occase a fini par lâcher après 50 000 kilomètres de bons et loyaux services. Je ne lui en veux pas, et c’est sans rancune que je passe sur un modèle… encore plus ancien ! Ha ha !
Pendant cette période passée ensemble, Howard notre vieux copain a bien le temps de nous dépeindre un tableau plus que pertinent de la région. Elles ont conquis son cœur dans ses jeunes années, les impénétrables Montagnes Bleues devant lesquelles je me réveille ébahi chaque matin. Sous le chant des oiseaux, cent kilomètres de canyons impénétrables recouverts de forêt se dérobent à nous, .
Un jour, attiré par cette forêt mystérieuse, je m’essaie au bush-walking, c’est-à-dire à la rando en pleine nature, en dehors de tout chemin. Je mets 3 heures à faire 3 kilomètres, et au plus profond de ma misère, je tombe à la terrifiante moyenne de 300 mètres par heure de «marche». C’est Man versus Wild ce truc. Il faut une machette et une combinaison intégrale pour tenter de pénétrer là-dedans. Tout pique, griffe, colle, mord, … et c’est d’un dense ! Je ne m’attendais quand même pas à cela. Comment diable faisait les chasseurs-cueilleurs, pieds nus dans cette jungle… ?

Il y a, entre autres, un programme de réintroduction du koala dans ces montagnes. Chassés par les colons pour leur fourrure, ils avaient disparu de la région. On a aussi récemment découvert, cachés dans un vallon resté inexploré… les plus vieux arbres du pays. On pensait l’espèce disparue depuis 60 millions d’années, la variété est unique au monde, et les doyens passent allègrement la barre des mille ans. Il y a encore une vingtaine d’années, personne n’en avait jamais entendu parler. Ce ne sont que des exemples de la richesse de la région. En réalité, des dizaines de projets de conservation existent pour introduire, étudier ou protéger les espèces endémiques de ces montagnes.
Et pourtant, quand je les contemple, je ne peux m’empêcher de me poser encore et toujours cette même question : ce que nous voyons découle-t-il d’une évolution naturelle ? Ou est-ce le résultat de la transformation du paysage par l’homme… ?
Car pour le coup, les colons n’ont presque pas mis les pieds dans ces montagnes. Trop difficiles d’accès, trop sauvages. Pourtant, nous ne sommes qu’à une centaine de kilomètres de Botany Bay, lieu de débarquement du capitaine Cook, et fondement par des forçats de la première colonie anglaise du pays (aujourd’hui Sydney). Leurs vaches et leurs moutons n’ont donc pas dévasté ces beaux canyons, et la faune y a été relativement bien conservée. Pourtant… ces Montagnes Bleues ressemblent-elles à ce qu’elles étaient à l’arrivée de Cook ? Certainement pas.

Ce serait oublier la présence des Aborigènes qui habitaient la région. Or 40 000 ans de cohabitation entre l’Homo Sapiens et ses territoires de chasse, ça laisse des traces. Si j’ai galéré pendant des heures pour progresser si peu, je doute que les anciens – aussi avertis fussent-ils – s’y déplaçaient vraiment à l’aise.
Howard m’explique alors que tout était régi par le feu. Quand les premiers explorateurs découvrirent la région, ils furent surpris de voir que la quasi-totalité des terres étaient étrangement aménagées… à la manière d’un vaste verger. Un grand jardin où, cependant, rien de ce qui poussait n’était domestiqué. Comme si, à défaut de pouvoir dompter la moindre espèce animale ou végétale, c’est la nature entière que l’on tentait d’apprivoiser.
Ils réalisèrent que les aborigènes avaient pour habitude de brûler leurs terres par secteurs. Les feux de brousse éliminaient les herbes sèches et les ronces, rendant ainsi la forêt bien plus facile à traverser. Ces incendies éclairs n’endommageaient pas les arbres, car l’évolution a parfois rendu l’écorce et les graines résistantes à la chaleur. Mais les cendres des feuilles et des brindilles brûlées fournissaient un terreau nouveau, et en quelques mois la vie réapparaissait sous forme d’une multitude de pousses vertes… Ce qui attirait kangourous et autres herbivores, qui trouvaient la nourriture fraîche qui leur manquait aux alentours, les secteurs voisins gardant encore les traces de feux plus récents.
En Australie, le feu rime donc avec régénération et les aborigènes l’avaient bien compris. Ils rendaient ainsi leurs terres fertiles et riches en gibier, en fonction du nombre de saisons suivant le dernier feu qu’ils avaient déclenché. L’ensemble de leurs terrains de chasse étaient organisés en grandes périodes de rotation, articulées autour des incendies.
On sait aujourd’hui qu’en Australie, le feu est une composante majeure de l’évolution et de la survie des espèces. Il existe notamment des graines, comme celles de certaines variétés du Banksia (du nom du naturaliste de Cook), qui ont besoin de la fumée pour pouvoir germer. Sans quoi, elles restent dormantes sur le sol pendant des années… Il n’y a pas longtemps que les biologistes australiens ont découvert cette propriété surprenante. Jusqu’à présent, ils n’avaient jamais réussi à faire germer une graine de ces Banksias en pépinière, car en l’absence de la fumée d’un feu de forêt, elles ne pouvaient déclencher leur processus naturel de germination. La fumée en aérosol, la fumée dissoute dans l’eau, ou sous forme solide (argile ou sable fumés) a un effet positif et actif sur la germination de bien des plantes qu’il est quasi-impossible à faire germer dans des conditions normales.
Ici, nombre d’espèces animales et végétales dépendent du feu pour se reproduire. Et plutôt que d’attendre l’inéluctable prochain incendie dévastateur déclenché par la foudre, les aborigènes les lançaient eux-mêmes. Ils s’assuraient ainsi de futures zones de chasse la saison suivante, de futurs lieux de cueillette la saison d’après, et ainsi de suite en fonction de la renaissance de la vie. Certaines tribus étaient connues pour avoir ainsi jusqu’à 12 saisons différentes.
C’est pourquoi les guides aborigènes regardaient les zones fraîchement brûlées avec joie, alors que les explorateurs qui les suivaient déploraient l’apparente désolation d’une forêt noircie.

Finalement, ces belles Montagnes Bleues que nous observons avec Lucie et Howard depuis son petit cottage ont, en ce moment, un aspect plutôt inhabituel : elles n’ont pas été incendiées depuis des dizaines d’années. Elles auraient dû l’être, au moins à cause des orages occasionnels, mais les hommes possèdent aujourd’hui la technologie suffisante pour éteindre les feux de forêts… et de fait protéger la région.
Mais une fois de plus, pour la protéger de quoi ? Si la vie à besoin du feu pour se développer, tout faire pour l’en empêcher est-il réellement une bonne chose ? L’une des conséquences de cette politique est qu’aujourd’hui une bombe incendiaire à retardement est en train de se développer… et le jour où des conditions exceptionnelles permettront à  une étincelle d’embraser les Blue Mountains, le feu sera tellement gigantesque que mère nature mettra probablement beaucoup de temps avant de retrouver son joli aspect actuel de carte postale.
D’ailleurs, au moment même où j’écris ces lignes, de gros incendies ravagent le sud du pays, près de Melbourne. Cette fois-ci de nombreuses habitations sont menacées… Les enjeux ont évidemment bien changé.
Grâce à l’expérience des Aborigènes qui perpétuent la mémoire orale et à leur coopération avec le gouvernement, des zones entières de l’Outback sont aujourd’hui entretenues par de petits feux contrôlés. Diminuant ainsi le risque et les ravages des incendies sauvages.

Finalement, peu de choses dans ce que nous voyons sont bien authentiques. L’homme, qu’il le veuille ou non, façonne même l’environnement qui paraît tout à fait naturel. Et c’est une chose que j’aime bien garder en tête, en regardant par exemple les brochures de protection des réserves ou des parcs nationaux. Sans juger du bien ou du mal de leurs actions – car c’est beaucoup trop subjectif – que ce soit en provoquant les choses ou en les empêchant d’arriver, au bout du compte nous ne cessons de tout vouloir contrôler.

Clem

Hello Sydney !

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