61. Les prisonniers du père Noël

Sydney est à nos pieds. Si j’avais su il y a trois ans, en partant de France, qu’un jour mon vélo me guiderait jusqu’ici. Si j’avais su que je ferais près de 50 000 kilomètres, par un itinéraire en vol de papillon… je me serais cru fou et n’aurais certainement pas signé pour un tel voyage ! Et pourtant, aujourd’hui la ville est à portée de roue. Avec Lucie, nous glissons sur les pentes des Montagnes Bleues, et quelques heures plus tard nous traversons le majestueux pont suspendu de la baie de Sydney. Matthew nous attend dans son petit chez lui. Depuis la fin de son voyage, l’année dernière, il a trouvé un boulot dans le centre ville. Le retour à la vie «normale», comme certains disent, lui aura pris quelque temps, mais il s’en est franchement bien tiré. Il y a des voyageurs au long cours comme nous qui mettent des années à s’en remettre, d’autres qui n’en reviennent jamais vraiment…

Matt vit dans un petit 35 mètres carrés en collocation dans le centre ville. C’est minimaliste, mais son voyage lui a appris à se satisfaire de peu. Posséder un minimum, c’est un gage de liberté pour un voyageur, et c’est un bel avantage que d’arriver à garder ce confort de vie une fois revenu. De toute façon la vie est chère ici, très chère. Il faut pouvoir se le permettre de vivre dans une telle ville. Car c’est devenu le rêve de tellement d’Australiens – mais aussi d’Asiatiques, d’Africains, d’Européens… – que les appartements se vendent à prix d’or. Il faut dire qu’ici la vie est belle. L’immense baie du port de Sydney s’enfonce dans les terres formant autant de criques qu’il y a de ruelles dans la vieille ville. La vie se passe sur l’eau aussi bien que sur les rives de cette immense baie. Les quartiers de gratte-ciel sont interconnectés par bateaux, les amoureux de la navigation se lancent dans des régates chaque week-end, et il n’y a pas un jour de la semaine où les plages sont vides. Faire le tour de cette baie, c’est traverser le quartier des affaires, aux immenses buildings miroitants, c’est prendre le temps de respirer le parfum des fleurs tropicales du grand jardin botanique, c’est découvrir nombre de petits quartiers isolés au cachet particulier et aux maisons de millionnaires, c’est se baigner dans d’innombrables anses secrètes, quand ce n’est pas pavaner sur les grandes plages huppées de la ville. Corps bronzés, peaux huilées, Raybans et sacs à main dernier cri, les culturistes côtoient les costards-cravates et les tenues de chantier orange-fluo. Tout le monde veut y être ! Tout le monde rêve de s’y faire une place. La vie est tellement agréable ici… c’est certainement l’une des plus belles villes qu’il m’ait été donné de voir.

Difficile de penser aux sacrifices qui permettent ce luxe, quand on sirote un milkshake depuis un resto péniche, ou quand on joue au golf sur les collines ondulantes entre l’océan et la ville. Ce niveau de vie, que tout le monde convoite, c’est l’élite d’un peuple de 25 millions d’habitants qui peut se l’offrir. Mais le pays de ce peuple-là, est grand comme l’Europe tout entière… Et quand on vit dans cette opulence, il est bien difficile de penser aux efforts qu’il a fallu déployer pour construire tout cela. Aux mines qui craquellent le sol de l’Outback, et aux nouveaux décrets qui autorisent l’exploitation des gaz de schiste sur une étendue bien plus grande encore que celle de la France. Difficile de croire à la mort de la plus grande barrière de corail, 3500 kilomètres de récifs coralliens qui blanchissent à vue d’œil sous les rejets toxiques de l’industrie minière. Impossible de songer une seconde aux Aborigènes qui ramassaient chaque jour des mollusques sur les rives de cette même baie, il y a 250 ans à peine, et que l’on remercie maintenant de vivre bien loin d’ici. Dur également, de penser à la vie d’un simple éleveur du désert, avec son hélicoptère et ses dizaines de milliers de bêtes, perdu à des jours de la première terrasse de café digne de ce nom. Ou encore plus d’invoquer le fermier qui laboure une terre morte s’étalant à perte de vue sous les roues de son tracteur et que seuls les intrants chimiques permettent de rendre verte le temps d’une récolte de blé. Ces milliers et ces milliers de kilomètres carrés de terre arrosés, exploités, creusés, brûlés, minés, digérés… pour qui ? Pour quoi ? Pour Sydney ! Ce n’est pas pour rien que les Australiens vivent en majorité dans un petit nombre de grandes villes où ils ont développé un réel art de vivre.

Les Australiens ont longtemps vécu à crédit sur leur continent, exploitant leurs ressources de façon minière, c’est-à-dire sans laisser à l’environnement ni le temps ni les moyens de se reconstruire. Les sols pour l’agriculture, les vergers, les forêts, les ressources en eau, les zones de pêche et bien sûr les mines à proprement parler… tout a longtemps été exploité sans penser au lendemain. Cela a changé depuis les 20 dernières années, mais la machine s’est joliment emballée et la dette ne fait que croître. L’une des choses remarquable sur ce continent, c’est qu’un Australien, ça prend drôlement de place (chose interpellante au vu de la misère de biens que je trimballe). Sortie des centres-villes, chaque personne se doit de posséder une terre immense, autour d’une maison immense, avec des voitures énormes, et cela doit être méticuleusement rempli de tout un attirail de choses indispensables à la survie (bateau, jetski, quad, caravane, camping-car, remorque à étage, … ) Si chaque terrien faisait de même, il nous faudrait plusieurs planète ! Il ne faut pas oublier que l’Australie occupe la deuxième place derrière l’Arabie Saoudite en matière de bilan carbone par habitant. Deux pays comparables en bien des points, finalement. De grands espaces incultes, des déserts chauds, peu d’habitants, et systématiquement des centaines de kilomètres à faire en 4×4 climatisé à la moindre sortie pêche. Les Australiens, étrangement, n’aime pas trop ma comparaison avec l’Arabie Saoudite. Ils préfèrent être comparés aux États-Unis. Mais ce qu’ils aiment encore moins, c’est être pris pour la nouvelle cible de l’expansion chinoise. Car c’est de l’Asie que viennent la majorité de leurs migrants maintenant. Leur politique de contrôle de l’immigration a permis de réguler le flux des petites mains cherchant du travail, mais l’appel de l’argent a ouvert les portes à une autre sorte d’étrangers, celle des investisseurs chinois qui viennent acheter leurs terres et leurs industries. Les écoles de Sydney comptent une large proportion d’étudiants Asiatiques maintenant, et ils sont souvent plus riches que les «vrais» Australiens. Ce qui dérange. Tout le monde m’en parle ici. D’autant que des lobbies asiatiques ont financé la campagne politique d’un élu local lors des derniers scrutins. Ils ont presque vu jaune ! C’est en train de semer une sacrée pagaille dans les esprits un brin nationalistes du pays.

Lucie et moi voulons rouler jusqu’à Melbourne en longeant la côte. J’avais imaginé faire la Tasmanie aussi, mais notre petit arrêt prolongé dans les Blue Mountains, et la mort de mon cadre de vélo nous ont pris trop de temps. Il nous en reste tout juste assez pour faire ces quelques milliers de kilomètres tranquillement, avant la fin de mon Visa. À la suite de quoi, il me faudra prendre un vol pour quitter le pays, et j’ai déjà ma petite idée sur la destination… Quitte à être arrivé jusque-là, entre nous, ce serait criminel de passer à côté de la Nouvelle Zélande ! Tout le monde ici me dit que c’est presque aussi beau que l’Australie…
On se lance donc dans la dernière partie de notre voyage à deux, puisque Lucie veut rester travailler dans le coin après mon départ. Ceci dit, je me dois d’imposer un peu le rythme car je n’ai plus beaucoup de semaines de libres devant moi… Notre voyage avait commencé tout doucement (car Lucie démarrait de zéro en ce qui concerne l’art de poser ses fesses sur un vélo), mais il a fini par atteindre une vitesse de croisière tout à fait tenable et intéressante. 80 à 100 kilomètres par jour, pour 6 heures passées sur la selle, c’est très bien pour ce que l’on veut faire. Après, il est bon de préciser qu’en Australie, faire moins de kilomètres peut parfois être très compliqué, car les distances entre deux bleds avec un petit shop, pourvu d’un point d’eau, ou un lieu de bivouac aménagé, sont souvent très grandes. On en arrive régulièrement à se dire qu’on s’attend dans 40 bornes, car on sait qu’il n’y a rien ni à voir ni à faire d’ici là. Une route plate, des eucalyptus à droite, des eucalyptus à gauche, des bas-côtés desséchés par le soleil, c’est tout. Le moment parfait pour s’écouter un bon petit livre audio…

Ceci dit, cette route presque côtière entre Syndey et Melbourne nous offre un peu plus de variété que précédemment. Je dis presque, car elle reste toujours à une vingtaine de bornes de l’océan, c’est donc loupé pour la vue. Par contre, on peut régulièrement s’en approcher pour aller camper, ou quand une petite town balnéaire est sur la route. Et même si nous sommes en pleine période de Noël, à nous les immenses plages de sable blanc et les bivouacs 5 étoiles avec vue sur le grand bleu ! C’est un peu bizarre de faire les Fêtes de fin d’année par 40 degrés, mais on n’a guère le choix. Et puis je n’ai pas encore installé la clim dans la tente, pour se regarder des films de Noël blottis dans les duvets.
Le comble pour les Australiens, c’est que Nouvel An tombe en plein milieu de l’été et que c’est la période des grandes vacances scolaires. Le chassé-croisé du 15 août tombe au milieu de tout cela… imaginez le monde !
Enfin non… ne l’imaginez pas trop quand même… je disais 25 millions d’habitants pour un pays grand comme l’Europe, les plages ont encore quelques emplacements de libres. Généralement, on ne plante jamais son 4×4 sur le sable à moins de 500 mètres de son voisin. Il ne faudrait pas se marcher dessus non plus, nous ne sommes pas sur la côte d’Azur !

Malgré tout cela, notre petit binôme va avoir du mal à rejoindre Melbourne… Lucie est en pleine perte de vitesse. Ça ne date pas d’hier, on en parle depuis un bout de temps déjà (en principe après chaque montée). Elle adore voyager comme cela, pourtant le canasson de ferraille qui lui pèse sous les mollets semble la gêner de plus en plus. Il y a des moments où tout va bien (surtout ceux où ça descend), et d’autres ou elle retombe dans son allergie chronique du dénivelé. Il semblerait que les hauts et les bas de la route soient inversement proportionnels à son moral. C’est pas simple. On cumule les jours de repos – notre longue pose dans les Blue Mountains n’était pas sans lien – afin qu’elle récupère. Mais il n’y a rien à faire, elle perd le goût, elle perd l’envie de se déplacer à vélo. Et quand le plaisir n’est plus de la partie, ça peut vite devenir très désagréable de se forcer à pédaler. Alors on cherche des raisons, on en cause longuement… À qui la faute ? Je la pousse trop ? Notre différence de rythme ne colle plus ? C’est elle qui n’arrive pas à récupérer assez, ou bien c’est ce pays qui est trop grand et trop ennuyeux quand il est parcouru à vélo ? Quoi qu’il en soit, la conclusion reste la même, il est temps qu’elle fasse une sérieuse pause avec le cyclisme avant d’en être dégoûtée.
C’est la question délicate du rythme dans un binôme qui est posée, et ce n’est jamais facile de trouver une personne avec qui l’on colle parfaitement. Il y a forcément des compromis à faire, c’est l’essence même de la richesse du partage. Même dans un binôme bien équilibré, au cours de la même journée, il peut y avoir des écarts qui se creusent ou qui s’inversent. Il faut pouvoir s’adapter à l’autre tout en gardant des liens forts, c’est très intéressant comme dynamique relationnelle.
Là, en l’occurrence, j’ai la date limite de mon Visa qui force un peu le jeu. Nous n’avons plus la flexibilité de nos petites journées du début.

Cependant, la providence semble avoir entendu l’appel de Lulu pour lever le pied, et nous permettra de passer quelques superbes jours de repos pour fêter Noël… en prison.
Oui, vous avez bien lu, en prison. Mais attention, celle-ci est vieille d’un siècle et demi, et a été reconvertie en maison de pain d’épices.
Vous vous souvenez de la tendance que peuvent avoir les Australiens à vouloir faire revivre les bonnes vieilles années de la conquête de leur continent ? (J’en dis un mot dans l’article précédent) Et bien nous tombons dans un nid de ces adorateurs de piquets de pâture vermoulus. Ils ont un village rien qu’à eux ! C’est presque un musée tant il a été retapé à la sauce coloniale. Entre le vieux pub-auberge, la poste d’époque, l’antique fromagerie, les petites épicerie à l’ancienne… et la prison de ce qui fut le commissariat, tout est folklorique.
Nous choisissons une heure de circonstance pour arriver, celle de l’apéro. Et comme personne ne répond au tintement de la cloche, nous enjambons la palissade de la petite maison dans la prairie, et allons directement nous adresser au shérif et à sa bande, en train de se siffler une bouteille de vin local sur la terrasse arrière de la boutique. Accueillis tels de vieux collègues,nous devons illico nous joindre à eux pour leur filer un petit coup de main. La belle bande de clients que voilà, tous en jean et lunettes noires, chemise à carreaux et le teint bien rougeaud (la présence de deux autres bouteilles, vides celles-ci, y étant peut-être pour quelque chose), nous sommes au paradis des rétro-straliens. Dois-je préciser qu’une dame, ici présente, est une chanteuse de blues dont la notoriété dans la région n’est plus à faire ? Mais qu’importe, car je pense que cela fait déjà bien longtemps que vous ne me croyez plus. Et pourtant ! Vous avez tort, car ce n’est que le début !
Il s’écoule une dizaine de minutes avant que je puisse expliquer à nos charmants hôtes la raison de notre visite. La présence soudaine de deux cyclistes sur leur terrasse, un verre à la main, n’a pas l’air de les avoir frappés. Mais ils sont ravis d’apprendre que nous sommes des connaissances du vieil Howard, des Blue Mountains, qui nous avait expressément conseillés de débarquer à l’improviste chez le boutiquier de l’ancienne prison de ce bled paumé. Pour la surprise, il avait dit. Et il avait précisé «sans rancune». Allez savoir ? Il doit y avoir un certain passif côté vécu là-dessous !
En tout cas, Gail et Michael, la chanteuse et le gentleman-cowboy, sont aux anges. Ils ont eux-mêmes parcouru un joli morceau de pays sur leur tandem dans les années 80. Ils nous proposent de rester ici quelques nuits, et pourquoi pas la semaine entière, puisqu’ils doivent de toute façon partir voir leur famille pour Noël. Plutôt qu’une mauvaise aire de repos, on aurait une petite prison à nous pour se tailler un morceau de bûche traditionnelle. Ça ne se refuse pas !
L’intérieur du commissariat a été complètement restauré, non pas comme une prison, mais comme une vraie bonbonnière de bourgeois du 19e. Des ustensiles de cuisine au mobilier, des tableaux jusqu’aux draps de lit, tout a été pensé pour coller au mieux à l’image de cette époque. Le téléphone est une espèce d’armoire murale sur laquelle on fait tourner les numéros autour d’un cadran. Il y a le petit salon de thé pour madame, avec ses broderies et son service en porcelaine, et une tapisserie à fleurs sur fond pastel avec une magnifique toile représentant Louis XVI donnant ses instructions au Sieur de La Pérouse avant sa célèbre expédition.
De l’autre côté de la maison il y a la bibliothèque, le salon des gentlemen. Ici, c’est monsieur qui gère la décoration. Des carafes de Brandy, de Scotch et de Bourbon aux niveaux inégaux s’alignent sur la cheminée, de vieux ouvrages aux reliures de cuir font semblant de traîner à côté, et une belle boîte à cigares entrouverte laisse présager de longues soirées à venir. Mais ce qui m’émerveille le plus, c’est la quantité de petits objets étranges et patinés par les ans qui traînent çà et là, on se croirait dans le Nautilus… ou sur le bateau du capitaine Cook ! Michael m’invite à prendre place dans l’un des deux antiques fauteuils de cuir, et me signale que tous ces livres ont au moins un siècle. C’est la règle pour mériter une place dans sa bibliothèque. Je trouve même un exemplaire des Misérables, mais Michael ne l’a pas lu. A vrai dire, il n’a lu aucun de tous ces bouquins, ils sont là car ils sont beaux et vieux. La reliure est très importante, m’explique-t-il, c’est un critère décisif à chaque nouvelle acquisition. Et entre autres objets de curiosité, perdue parmi les livres, j’aperçois une bouteille de Gin, pas vraiment sous son meilleur angle. A mon air interrogateur, il me répond qu’il l’a reçue en cadeau mais qu’il n’aime pas ça du tout… alors, si on pouvait l’entamer lors de son absence, cela l’arrangerait beaucoup ! Peut-être pour compléter sa collection de flacons sur la cheminée ? Trop plein, il n’y aurait pas sa place, mais au quart vide, il deviendrait présentable. Les cigares ? Il adore sentir une vieille odeur de cigare dans son salon, mais sa femme déteste la fumée et lui n’en raffole pas vraiment, donc si on pouvait s’en griller un petit avant de partir… Malheureusement pour lui, je ne vais pas me mettre à fumer pour rajouter du nez à sa bibliothèque. Par contre je l’embarque dans quelques belles parties d’échec, sur son magnifique set de jeu qui trône sous la fenêtre. C’est une représentation des armées françaises et anglaises sous le Premier Empire, alors il faut que j’assure, histoire de redorer les galons du vieux Napoléon. Michael n’ayant pas davantage pratiqué les échecs que la lecture de ses livres reluisants, les troupes anglaises se prennent une belle déculottée !
Nous passerons donc 5 jours, Lucie et moi, au pays des merveilles, dans cette maison complètement déconnectée du monde. Un vrai Noël, avec de bons petits repas cuisinés sur fond de jazz rétro tandis que le goutte à goutte du temps s’écoule paisiblement. Dans un lit à baldaquin construit avec des barreaux de cellule reconvertis, Lulu tente de récupérer un peu des fatigues du chemin. Elle espère toujours pouvoir reprendre la route et m’accompagner au moins jusqu’à Melbourne.

Malheureusement ces quelques jours peinards n’y font rien, Lucie retombe en panne sèche avant même la fin de la première journée. Elle revient passer quelques jours de plus en convalescence chez Gail et Michael, pendant que je roule ma bosse en solitaire.
C’est vraiment dommage… mais j’essaie de prendre les choses du bon côté. Je pars à toute vitesse me fatiguer les jambes, et libère cette belle énergie accumulée lors de nos derniers jours en mode confort. Il est bon que j’aille me dépenser quelque part… Devant moi, j’ai des jours et des jours pour pédaler à mon rythme, je ne pouvais rêver mieux et me pète un bon 140 kilomètres de moyenne quotidienne. Je célèbre le Nouvel An avec sobriété, heureux et épuisé dans ma tente, et reprends dès 6 h du matin alors qu’à la maison, de l’autre côté du globe, l’ancienne année tire encore quelques longueurs festives. Hips !

J’ai juste assez de temps pour me laisser tenter par une descente au point le plus au sud du pays, le Wilsons Promontory, classé en parc national et qui englobe une péninsule très sauvage, avec de nombreuses baies reculées. C’est magnifique mais l’endroit n’est accessible qu’à pied, et il faut réserver à l’avance le droit de bivouaquer sur les quelques sites autorisés. Tout est complet en cette période, et la balade aller-retour de 60 km est beaucoup trop longue pour être tentée à la journée sans entraînement… Mais l’arrivée salvatrice d’un grand gaillard sur les rotules, revenant du trail et me disant qu’il avait dû abandonner, me relance dans la course . Il est tout heureux de me donner sa réservation pour la nuit qui vient, si ça me tente…
Ah ! 1 nuit, 2 jours de marche, plus encore 100 kilomètres de vélo après, pour sortir de là et rejoindre la civilisation… Je n’aurai jamais assez de bouffe mais l’occase est trop belle. Le temps de cacher mon vélo dans le bush, de m’organiser un petit sac au plus léger, et je file faire le plein de courbatures !
À chaque fois je me fais avoir… à chaque fois ! Je crois être en forme, j’ai la pêche grâce au vélo, du coup je me pousse un peu le premier jour. Mais les muscles sollicités par la marche sont tellement différents de ceux que j’ai joliment développés que je me retrouve à boiter comme un manchot dès le deuxième… Il me faut improviser une seconde nuit, me rationner un poil, et terminer le troisième jour si mes jambes l’acceptent ! Je finis en tongs, tellement mes pieds – habitués à survoler le sol du haut des pédales – ne supportent plus mes chaussures. S’il m’était resté quelques tickets, je les aurais bien filés au premier cycliste qui ferait le malin, tiens !
C’était incroyablement beau malgré tout, clairement un de mes meilleurs souvenirs de l’Australie.

Arrivé à Melbourne, il me reste juste assez de jours pour aller honorer la fameuse Great Ocean Road, une des routes les plus réputées du pays. Lucie ayant trouvé un covoiturage jusqu’ici, cela nous permet de terminer ensemble, comme il se doit, ce petit bout de chemin commencé il y a 5 mois déjà !

Ainsi donc se termine l’Australie. Un an et demi après y avoir posé le pied pour la première fois, au saut du bateau dans le port de Darwin. C’était l’extrême nord du pays, et je viens de toucher la pointe sud (sans compter l’île de Tasmanie pour laquelle je devrai revenir !) ,10 000 kilomètres de plus ont été parcourus entre les deux points. Un pays surprenant que je ne risque pas d’oublier bien que je sois content de le quitter aujourd’hui, mais… comme pour bien d’autres endroits… je sais déjà que j’y retournerai !

                                                                                                                              Clem

 

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Une réflexion sur “61. Les prisonniers du père Noël

  1. Salut Clem, J’ai toujours une préférence pour tes photos de la nature plutôt que celles des villes. C’est toujours un régal de te lire. Alors où vas-tu traîner tes baskets maintenant ? Nous t’embrassons bien fort et bon coup de pédale !!!

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