65. Les Bike-Packers

Dunedin, la ville aux albatros ! Sans un battement d’aile, les grands voiliers survolent pendant des heures la baie qui protège la ville et son écrin de collines. C’est le port d’attache de la colonie qui a choisi ce petit bout de terre venteux et froid pour y faire ses nids. De là, prendra son envol le petit, unique, de chaque couple. Il aura d’abord été dorloté pendant des mois face à l’océan et à cet Antarctique mystérieux –  à quelque 4000 km de là – que ses parents approchent de temps à autre… Ces oiseaux peuvent voler des semaines entières sans se poser. Sans non plus battre des ailes. Mais toujours ils retrouvent, au milieu de l’immensité bleue, les pitons rocheux qui abritent les colonies voisines. De petits îlots sub-antarctiques néo-zélandais que bien peu d’hommes connaissent mais où des milliers d’oiseaux naissent chaque année.

Contempler l’océan et ces oiseaux géants depuis les falaises de Dunedin me fait quand même un drôle d’effet… jamais dans mon voyage, je n’irai plus au sud. Jamais non plus je ne me trouverai plus loin de la maison que maintenant. Où que j’aille à présent, je me rapproche de ma patrie ! La nouvelle est d’importance, je suis aux antipodes de la France.

Mais avant de rentrer au bercail, une visite en règle de ce magnifique pays s’impose. Mon ami Ludo, le slackeur émérite de Versailles que j’avais retrouvé sur l’île d’Oléron lors de mon tour de chauffe – avant donc de commencer le voyage à proprement parler – m’attend à Queenstown avec un petit vélo ! Il m’avait promis, il y a 4 ans, qu’on roulerait ensemble un jour. Qui aurait pu parier à cette époque que ce serait à l’autre bout du globe ! Ah… j’en ai le vertige rien que d’y songer… Et pourtant ce jour va bientôt arriver, j’ai deux semaines devant moi pour aller le retrouver.
Avec Ludo, on va tenter de faire du bike-packing. Littéralement, le vélo fera office de sac à dos ! En lui ajoutant suffisamment de petites poches de rangement sous la selle, dans le cadre, autour du guidon et sur la fourche… il sera possible d’y faire tenir assez de matériel pour partir plusieurs jours  en autonomie. Car notre challenge est bien là : pédaler jusqu’au confins de l’île du sud en n’empruntant que des pistes et des chemins de randonnée. Terminée la route ! On passe en mode tout terrain.

Ludo s’étant trouvé un joli VTT, il va essayer de se bricoler des sacoches adaptées. De mon côté, disons que je garde ce que j’ai déjà, en me délestant d’une bonne moitié de mon matériel, qui sera de toute façon inutile dans ces conditions. Mon vélo est loin d’être l’engin idéal… cependant j’espère pouvoir compenser le handicap par l’entraînement que j’ai d’avance ( en réalité mon vieux biclou se verra vite dépassé par le terrain… )

Avant nos retrouvailles, je dois essayer de nous concocter un itinéraire viable enchaînant pistes et petits chemins, d’une vallée à l’autre des Alpes néo-zed. Ce n’est pas simple car il n’existe que vraiment peu de routes, et bien des vallées semblent n’être desservies par aucune piste. Mais à force de zieuter les cartes topo de la région, je finis par trouver des sentiers qui, je l’espère, ne nous laisseront pas sur notre faim. En attendant, pour rallier Queenstown, j’ai repéré de quoi m’entraîner un peu. Il y a deux belles pistes qui traversent pour l’une, l’immense plaine du Rohan, et pour l’autre, une vallée quasi abandonnée depuis le temps de la ruée vers l’or. J’en ai pour 10 jours… Ça promet !

Les plaines du Rohan n’existent que dans la mythologie de Tolkien évidemment, mais comment les appeler autrement ? Déjà que peu de gens ont la chance de visiter la Nouvelle-Zélande, alors connaître le nom de chaque région… à quoi bon ? Ces plaines couvrent la superficie d’un département entier, il faut plusieurs jours pour les traverser. Les moutons Mérinos, aux cornes magnifiques, ont remplacé les étalons de la cavalerie des Rohirims, et des cabanes de pêcheurs ont fleuri sur les berges des petits lacs des paysans. Mais en dehors de cela j’ai, plus d’une fois, cru apercevoir Gimli, Legolas et Aragorn surgir de derrière un rocher ou courir dans le lointain des collines verdoyantes…
Quand on a grandi avec Tolkien sur sa table de chevet et été fan des films de Sir Peter Jackson, je ne vous raconte pas la délectation apportée par une promenade en solitaire parmi les plus beaux panoramas du Seigneur des Anneaux. De quoi laisser libre cours à la rêverie pendant des heures de chevauchée quotidienne. Mon destrier, pénétré de caracoler avec un chevalier de la pédale, rayonne de toutes ses roues !
Et dans mon émerveillement du moment, j’ai même la chance – que dis-je ? l’honneur ! – de dormir en compagnie d’une bande de Kiwis-pêcheurs dans un cabanon isolé… qui a figuré au beau milieu d’une scène ! Ah ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Les anachronismes ne font pas bon ménage avec le cinéma, me semble-t-il. Mais mes camarades du soir m’expliquent que pour les besoins du film, plutôt que de démonter la cabane qui gâchait quelque peu le paysage, on l’a déguisée en rocher. Une fois recouverte de bâches et de papier mâché, rien n’y paraissait !

Je me disais bien que ce petit lac me rappelait quelque chose… mais il m’était impossible de remettre une scène dans ce paysage bien réel. C’est pourquoi je suis  allé demander à ces pêcheurs de m’éclairer… et qu’on a fini tous bien saouls avec des tessons de bouteille de whisky sous la table. Ça ne rigole pas quand on pêche chez les Kiwis ! Nom d’un troll ! La petite barque du capitaine tangue fort au matin…pas une vaguelette à l’horizon pourtant.

J’enchaîne ensuite avec des belles pistes reculées afin de rejoindre Ludo. Comme ce pays est riche et varié en beaux coins… avec un petit air post-colonial, mais pas trop. Juste ce qu’il faut. C’est grandiose. Les multiples passages à gué m’indiquent que je traverse des cours d’eau encore sous droits d’exploitation particuliers. Chercheurs d’or modernes au look et aux méthodes de leurs ancêtres arrivés il y a peut-être 200 ans… Je ne pense pas que quelqu’un en vive, c’est plus un passe-temps. Au moins quand le tamis tangue à cause d’une cuite de la veille, l’orpailleur ne risque pas de chavirer : l’or, c’est une valeur stable !

Je retrouve enfin Ludo. Il est prêt à en découdre avec mon mode de transport préféré, et y met toute son énergie comme à son habitude. Il n’y aura pas besoin de semaines d’entraînement avec ce gaillard-là, on peut attaquer de suite ! Par une belle virée de trois jours à travers les terres d’un éleveur de Mérinos ou en faisant un crochet par un village-fantôme d’anciens chercheurs d’or. Bon ! je ne vais pas vous passer le détail de toutes nos petites expéditions, car on en fera une bonne douzaine. Et honnêtement, il serait difficile de faire un tri parmi les plus belles, les plus folles, les plus immersives… il faut y aller, c’est tout !

Notre binôme marche bien en tout cas. On déborde d’énergie et de motivation pour s’entraîner sans cesse l’un l’autre dans une nouvelle mission. Élevé à l’école de la démerde depuis son plus jeune âge, Ludo est une boîte à outils complète d’idées et de ressources farfelues. Chacun de nos problèmes mécaniques se transforme en aventure. Je casse par exemple la roue libre de mon vélo… au milieu de nulle part évidemment et à la nuit tombée. Mais pas de panique pour mon compère ! Un peu de glu et de plastique fondu… ça devrait tenir jusqu’au prochain refuge. S’il est impossible de réparer parfaitement la pièce cassée, on peut quand même jouer dessus de façon à dégager deux solutions réalisables par nos petites mains et un maigre outillage. Soit on bloque la roue libre et les pédales tournent sans cesse (même en descente raide où je ressemble à Bécassine fait de la luge), soit on libère totalement la roue libre afin qu’elle n’entraîne plus rien et je retrouve les joies de la trottinette, le pied droit sur la pédale gauche, l’autre poussant en solo…

On aura plusieurs fois l’occasion d’exercer nos talents combinés de couturiers et de mécanos et je dois dire qu’avec Ludo tout est tellement simple et limpide que je pourrais presque me croire sur un vélo flambant neuf alors que je roule sur une vieille carcasse de 35 ans d’âge…

De mon côté, j’apporte du grain à la motivation générale en initiant mon compère aux joies du glanage. La Nouvelle-Zélande faisant partie du club restreint des pays riches (quoique riches soit terriblement réducteur au vu des autres richesses à découvrir : ethniques, écosystémiques, linguistiques… ), elle gaspille allègrement ses denrées alimentaires sans plus de scrupules que la France, l’Allemagne, Singapour, l’Australie, etc… pour ne citer que des coins où j’ai pu le constater.
Je m’interroge toujours sur la manière d’appeler ces pays à fort PIB où vivent les rois du capitalisme. On les nomme tantôt les Pays du Nord, sauf que pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande le sobriquet tombe plutôt mal… On dit Nations Occidentales aussi, mais quid des Émirats, de Singapour, du Japon… ? Il y a évidemment l’appellation pays développés mais j’ai du mal à faire le lien entre développement et gâchis à outrance, surconsommation, obésité, système de soins basé sur la maladie plutôt que la santé… Enfin bref, appeler ces pays-là développés ou riches, me semble être d’une belle hypocrisie et beaucoup de leurs habitants ont mauvaise conscience de les voir qualifier ainsi.
Après mûre réflexion, j’ai donc décidé de les appeler les Pays Chers. D’abord parce que la vie y est particulièrement onéreuse, mais aussi car l’empreinte sur le vivant y est sacrément lourde, les écosystèmes se prenant un sacré retour de bâton pour avoir hébergé trop généreusement ces nations.
Dans les pays chers, les gens sont précieux. Ils trouvent leur nourriture dans la propreté étincelante des supermarchés, n’imaginent pas une pièce de viande autrement que sous plastique ou un bac de pommes en vrac à moins qu’elles ne soient calibrées, belles et attirantes afin de jouer à Blanche-Neige qui croqua aussi en toute innocence. Mais vivre dans un pays-supermarché, c’est cautionner que tout ce qui ne correspond pas totalement à l’image que l’on se fait des denrées alimentaires soit éliminé de la circulation, jeté à la poubelle, détruit, anéanti. 30% de la totalité de la production prise de bout en bout, issue des champs ou de l’océan, ne finit pas dans notre assiette.
Le jour où on arrivera à consommer tout ce qui est jeté sans raison… il y aura moins de monde dans les magasins et le système devra se raisonner de fait.Malheureusement, nous en sommes très loin et la tendance est à toujours plus de calibrage, de stérilisation, de transformation et de gaspillage… Les capitalistes ont encore de beaux jours devant eux, les glaneurs aussi !

Avec moins de 5 $ de dépense quotidienne tout compris, j’ai choisi mon camp. Et les grandes enseignes néo-zéd ou australiennes, je les visite plutôt depuis l’arrière. Quand j’annonce à Ludo que mes dépenses totales de bouffe sur les 6 derniers mois (dont ceux que j’ai passés en Australie avec Lucie) s’élèvent à 20 $… je vois dans son regard que j’ai un futur militant devant moi, ha ha !

Notre périple ne nous coûtera pas bien cher, vous l’avez compris. Pain, fruits, légumes, yaourts, œufs, pâtisseries, … tout cela est à volonté, autant que nos sacoches peuvent en contenir. Des fois… du chocolat, de la bière, du fromage, des rôtis ou des poulets grillés, … encore frais et dans leurs emballages. Il ne faut pas hésiter, soulevez le couvercle et servez-vous !
La question qui vous viendra forcément à l’esprit, si un jour vous franchissez le pas, c’est pourquoi ? Pourquoi tant de gâchis ? Pourquoi avoir jeté tel produit ? Il n’est ni périmé, ni abîmé, et quelqu’un aurait pu l’acheter au prix fort un peu plus tôt… Pourquoi ?
Eh bien, je ne sais pas. Personne ne sait et nul, j’en ai peur, ne saurait le justifier. Les voies du gaspillage sont impénétrables, comme le dirait sûrement Agnès Varda (voir son documentaire Les glaneurs et la glaneuse)

Mais le glanage ne s’arrête pas là. Le glanage, c’est aussi le ramassage des fruits mûrs sur les arbres qui croulent, délaissés, au bord de la route. Parce qu’un fruit de qualité, dans un pays cher, se cueille dans un verger mystique dont les branches s’étendent jusqu’au supermarché ! Sûrement pas de l’arbre oublié qui pousse dans le bas-côté à deux pas de là ! On se gave donc de belles pommes non traitées, de kakis, de noix, de feijoas, d’oranges parfois… que l’on prend sur les arbres ou à même le sol, heureux gamins glaneurs que nous sommes.

Avant de vous quitter, il y a quand même une de nos échappées sauvages que j’aimerais vous raconter. Celle où nous avons trouvé des grands-parents d’adoption kiwis ! Des gens fantastiques qui ont cru en nous et qui nous ont offert beaucoup plus que ce qu’ils imaginaient : leur cœur ouvert à une fraternité naturelle et spontanée.
C’était sur le trek que l’on appelle The Old Ghost Road, la vieille piste fantôme… Avec un nom pareil, l’ambiance est posée d’emblée. Il s’agit en réalité d’un petit chemin de VTT et de randonnée ouvert à travers 80 kilomètres de montagnes vierges de toute trace humaine. Le projet avorté, il y a plus d’une centaine d’années, d’y ouvrir une route afin de relier deux petites towns minières aujourd’hui tombées dans l’oubli, a forgé le nom et la réputation de ce célèbre trek de l’île du sud : le plus long single-track du pays ouvert aux vélos.

Il faut en moyenne deux à trois jours pour en arriver à bout, mais il existe pas mal de refuges et de cabanes non gardées pour les marcheurs au pas tranquille. Dans notre cas, deux jours auraient probablement suffi malgré l’incompatibilité totale de mon vélo avec ce terrain… mais comme la pluie s’en est mêlée, et que tous mes patins de frein y sont restés, trois journées ne furent pas de trop.

Le premier soir, alors que nous atteignons péniblement, sous une pluie torrentielle, l’un des refuges après avoir essuyé une série impressionnante de crevaisons et gravi un bon millier de mètres de dénivelé… nous sommes à notre grande surprise accueillis à l’intérieur du logis bondé par un généreux gardien. Nous n’avons évidemment pas réservé et pensions planter la tente à proximité… mais c’est vrai que vu la saucée, ça ne fait pas vraiment rêver. Le gîte est presque complet, un groupe d’une quinzaine de personnes l’ayant réservé pour y célébrer l’anniversaire d’une vaillante cycliste de 75 ans et de sa copine à peine plus jeune qu’elle. L’ambiance bat son plein, il y a peu de place et on se sent très gênés de débarquer là tout trempés dans leur soirée privée… Quand le gardien (un descendant de mineur) prend la parole devant l’assemblée pour signifier qu’il est absolument hors de question que les deux petits Français, dégoulinants sous leurs habits de pluie, couchent dehors une nuit pareille et qu’ils restent une minute de plus sans goûter au Champagne et au fromage ! On est tout couillons, les pauvres vieux ont porté tout ça sur leurs dos grinçants, ont payé une fortune la réservation et… mais le gardien nous siffle à l’oreille que les anciens se sont fait hélitreuiller d’avance leurs vivres à chacune des étapes du trek, et qu’il reste des lits vides par-dessus le marché. Passé l’effet de surprise et nonobstant quelques regards indignés, les plus curieux se lancent et l’ambiance repart à la fête. Ludo et moi nous prêtons alors au petit jeu d’animateurs de soirée en racontant à coups d’anecdotes croustillantes les péripéties de nos voyages de la France à la Nouvelle-Zélande. Cette grande famille nous adopte et se révèle de bonne compagnie pour passer la soirée, chacun voulant avoir son petit moment privilégié avec les deux énergumènes encore fumants. Quand on comprend que la journée du lendemain est source d’un stress énorme pour les deux anciennes aux multiples bougies, on saute sur l’occasion pour racheter notre impolitesse et l’hospitalité forcée du gardien en proposant notre aide. Il y a un passage très technique de plusieurs kilomètres, suivi par une section de quelques centaines de marches qui font verdir de peur nos deux mamies… Avec cette pluie le sentier, franchement abrupt et à flanc de falaise, s’est transformé en ruisseau. Nous leur assurons alors que nous descendrons leurs vélos le lendemain matin avant de venir récupérer les nôtres. Deux steaks saignants plus tard, le deal est passé et nous nous faisons fort de tenir les 5 heures de rab qu’il nous faudra pour honorer ce petit service.
Évidemment avec ce retard nous retrouvons nos amis un second soir où, cette fois-ci, une prairie verdoyante près du gîte accueille notre tente. Nous repassons donc une délicieuse soirée avec toute la compagnie, à écouter les histoires exotiques que chacun a vécues aux quatre coins du monde…

Nous les reverrons le troisième jour, et puis quelques semaines plus tard dans leur ville, où l’un des couples réunira toute la troupe pour une soirée de retrouvailles. Ils nous proposeront alors de rester plusieurs jours chez eux et nous recommanderont un tas de trek à tenter tant que nous sommes dans le coin. Il faut dire qu’à les entendre nous avons déjà vu beaucoup plus de la Nouvelle-Zélande que bien des Kiwis, alors ils nous considèrent presque comme des leurs… et n’hésitent pas à compliquer notre itinéraire un peu plus !

Pour partir plus légers nous laisserons chez eux quelques affaires ainsi que la promesse d’une seconde visite que tout le monde attend déjà avec impatience. Les fjords du Marlborough qu’ils nous ont recommandés et dont ils nous ont détaillé les meilleurs sentiers, sont l’une des gemmes locales qui propulsent la Nouvelle-Zélande au rang des pays les plus attractifs de la planète. Criques, montagnes, baies, bras de mer, pêche, rando, canoë, habitations isolées… il y a tout pour faire rêver. Pas étonnant que ce soit dans ces parages que le capitaine Cook ait installé son camp de base lors de ses trois expéditions dans le Pacifique. Nos amis s’y sont construit un petit refuge d’ailleurs… qu’on ne doit pas manquer d’honorer d’une visite au passage.
L’accueil et l’ouverture sans borne de ces gens… nous touchent au plus profond de nos êtres. Vous savez, être loin de toute famille pendant tant d’années, et retrouver soudain quelques sensations partagées de se sentir à la maison bien que loin de chez soi… de sentir que l’on compte, que l’on est considéré, que l’on s’inquiète les uns pour les autres… Ce sont des sentiments tellement forts, tellement puissants. Aussi embryonnaire que soit cette famille, elle mérite quand même ce nom et, pour cette raison, je n’oublierai jamais ces personnes .

Je n’avais jamais ressenti cela dans aucun des pays d’Asie que j’ai traversés. Les codes y sont trop différents pour que je puisse m’identifier réellement à leur propre définition de la famille. Je n’ai pas grandi dans le même monde, nos cultures sont trop éloignées… Par contre, en Australie et en Nouvelle-Zélande, c’est possible à nouveau. Et arriver à suffisamment bien parler une langue pour pouvoir lier des liens aussi forts que ceux qui représentent la famille… c’est pour moi une immense et inattendue réussite. Un bonus extraordinaire que je n’aurais jamais imaginé il y a quatre ans, avant de commencer à pédaler. Évidemment cette famille ne remplacera jamais la mienne, ce n’est pas là du tout mon propos. Mais c’est une formidable aventure humaine que le cœur de ces kiwis m’a offert, et je leur en serai à jamais reconnaissant.

Clem

À propos des fjords de Marlborough :

En plus d’être un endroit absolument remarquable, ces fjords ont une sacrée histoire ! C’est dans ces parages que le capitaine Cook élut domicile lors de ses trois voyages d’exploration du Pacifique. Son camp de base en quelque sorte, afin de retaper les bateaux de la petite année de navigation qu’il avait fallu pour arriver là, et pour préparer la suite de l’expédition. À chaque fois, des milliers de Maoris venaient s’installer aux alentours afin de commercer avec Cook et ses hommes, créant ainsi les premiers liens d’amitié entre des peuples si différents.

Pour l’anecdote, c’est à quelques encablures de là que les deux bateaux de la seconde expédition se perdirent de vue lors d’une tempête. Ils ne réussirent jamais à se retrouver, continuant leur mission d’exploration chacun de leur côté. Cook apprit des années plus tard, à l’occasion d’une escale au cap de Bonne-Espérance sur le trajet du retour, ce qu’il était arrivé à l’équipage du second bateau. Victime de l’assaut d’un groupe de Maoris qui leur mangèrent une douzaine d’hommes (l’amitié est souvent prétexte à la gastronomie), les officiers ne purent gérer la terreur qui avait gagné le cœur des marins, et décidèrent de rentrer en Angleterre plus tôt que prévu, laissant une lettre à l’attention de Cook au port du Cap.

Ce n’était pas la même chose de voyager à cette époque, n’est-ce pas ? Ah ! Laissez-nous nous abriter dans le batch (la maison de campagne, version fjord) de nos amis car la pluie menace. Nous allons y passer quelques jours de repos mérité, entre deux pêches à la moule et des cueillettes d’huîtres que nous dégusterons au naturel… !

À propos de l’île de d’Urville :

Cette toute petite île, nommée en l’honneur du navigateur français Dumont d’Urville, n’est séparée de la terre que par un bras de mer d’à peine un kilomètre de large. Mais c’est suffisant, vu l’éloignement de la région, pour en faire un lieu particulièrement reclus et sauvage. Habité par une douzaine de propriétaires seulement et quelques milliers de moutons, nous aurons la chance de rencontrer un nouveau venu en train d’emménager sur l’île, accompagné de son guide local.
En apparence tout à fait de la même planète que nous, ce petit nouveau cachait en fait bien son jeu… car c’est l’un de ces Américains milliardaires qui investissent des coins reculés de la planète pour s’y bâtir un paradis survivaliste en cas de crash mondial ! Le fameux collapse, vu des yeux d’un richissime Américain paranoïaque. Villa (avec bunker ?), terres immenses et isolées, jardin et pâturage pour nourrir famille et domestiques pendant des années… le rêve de l’autonomie insulaire à la Robinson version XXXL.
L’homme voyage incognito mais Ludo, après avoir détruit le dérailleur de son vélo, aura la chance d’être pris en stop par son guide, un vieil habitant de l’île qui se gardera bien de nous dire son nom. C’est lui qui nous touchera deux mots de cette affaire. L’Américain était venu discuter la somme qu’il compte poser sur la table avec les acteurs locaux et l’office national des forêts afin de sanctuariser l’île et la protéger des animaux invasifs. Il y avait un trou de 6 millions de dollars pour boucler le budget, il n’y en a plus !
C’est au moins l’avantage d’avoir ce genre de voisin. Ils ne sont pas si fous, eux aussi veulent vivre dans un bel endroit en se montrant respectueux de la nature. Loin, très loin de leurs usines et de leur empire capitaliste.

En dehors de cela, l’ambiance Projet Dharma à la Lost que l’on retrouve sur l’île, et la beauté absolument extraordinaire de ses rivages m’ont fait littéralement tomber amoureux du coin. Moi aussi, quand je serai milliardaire, je viendrai m’y construire une p’tite cabane, tiens!

L’ile de d’Urville en plein vent : https://youtu.be/y6Kj6nR_ksY

Macetown, la mine d’or oubliée : https://youtu.be/nYdn6-UaGFI

The Old ghost road sous la pluie : https://youtu.be/f3vOHB0UzMs

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