43. Méditation au sommet

Darjeeling ne devrait plus être loin maintenant. La nuit va bientôt tomber, mais la ville semble reculer au fur et à mesure que j’avance…Depuis deux jours, je ne fais que monter et elle ne daigne toujours pas se montrer… encore une qui est perchée dans les nuages !
La brume est partout, et la pluie n’est pas loin. En 24h, je suis passé de la végétation semi-tropicale des plaines du Népal aux immenses forêts de pins de Darjeeling. Entre deux collines boisées se dévoilent les élégantes plantations qui ont donné à la ville sa réputation mondiale. Lorsque le vent déplace les nuages, un flanc de montagne apparaît et c’est comme une fenêtre qui s’ouvre sur le passé, du temps où les British avaient commencé à faire pousser le thé dans la région. Vallons, clairières, pans entiers de coteaux sont recouverts d’une étrange nappe de verdure tissée par des millions de buissons au feuillage tant convoité.
Le thé fait la gloire de Darjeeling. Les Anglais y ont même hissé un petit train à vapeur en 1881, qui fonctionne encore aujourd’hui et qui gravit lentement les 2000m de dénivelé qui séparent les plaines du Gange de la cité. La route principale n’est donc jamais très raide, et la petite locomotive qui assure encore avec panache quelques liaisons marque le tempo de ses sifflements.

Foret de pin

Forêt de pins

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42. Katmandou, le jour d’après

5h du matin, Katmandou.
Les premiers bruits de la ville parviennent à mes oreilles. Le bruit des bouteilles de gaz vides que l’on traîne sur le sol, les appels des vendeurs de rue, les raclements de gorge matinaux des gens de l’immeuble. Le soleil se lève lentement sur Katmandou, et ses habitants aussi.
Je sors sans prendre le temps de me réveiller. Déambule quelques minutes dans les rues à peine éclairées par l’aurore, me laisse porter par les odeurs de chaï et de paratas qui commencent à embaumer l’atmosphère, puis vais marchander quelques fruits à un petit vendeur occupé à déballer sa marchandise.
Il faut des fruits pour Madu. Pour lui et pour sa femme Lalita, pour son fils Prince, et pour le reste de la famille aussi.
Ils sont enfermés chez eux. Il ne peuvent pas sortir. Ils m’ont expliqué pourquoi mais je ne suis pas sûr d’avoir bien compris, et il est un peu trop tôt pour y réfléchir.

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41. Les paraboles de l’ANNAPURNA

Depuis notre dernière séparation, à Athènes, nous espérons retrouver Clément pour les vacances d’automne. Peu à peu, l’idée du Népal s’est imposée. C’est une excellente période pour y entreprendre une virée en montagne ; avant, la mousson lessive les pentes et après, la neige les recouvre. L’Education nationale nous libère donc à un moment propice et il s’agit d’en profiter. Rien de tel qu’un trek en famille pour varier les efforts qui sollicitent les mollets pour l’un, s’aérer les neurones pour les autres et faire le plein d’échanges et d’affection pour tous !

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Le cirque des Annapurnas

Seulement, depuis Noël, un puissant tremblement de terre a dévasté en partie le pays. D’inévitables répliques se font sentir depuis le printemps et le nombre de touristes a chuté avec les murs.

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40. Utopie et pénurie

Avez-vous déjà tenté d’imaginer ce que serait notre vie sans pétrole ? Ou plutôt ce que sera notre vie une fois que nous aurons épuisé toutes les ressources fossiles accessibles. Question inévitable de nos jours, qui ne manque pas d’alimenter nos débats citoyens et de faire naître des courants de pensée aussi riches que colorés, allant du vert nature au noir de l’anarchie, en passant par le rouge de la révolution.

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38.3 De l’amour et de la solitude

«Je ne comprends pas, répète l’homme. Je ne comprends pas… Je ne comprends pas…»
Trois fois que le responsable de l’immigration relit mon permis, trois fois qu’il répète ne pas comprendre comment nous avons pu obtenir un tel papier, de surcroît signé de la main du magistrat .
Faisant mine de ne pas remarquer son étonnement, je continue gentiment de faire les courses pour nous deux, dans l’unique et minuscule magasin de Shuchul. Pendant ce temps, le commissaire entame une conversation en anglais avec Bertrand, assis autour d’une petite table, pour tenter de comprendre ce que nous faisons là.
Je choisis sans hâte quelques légumes, compare le prix de deux sacs de riz, goûte un peu de farine d’orge… puis retourne d’un air innocent demander à Bertrand ce qu’il pense des tarifs, interrompant par là même les deux hommes dans leur discussion.
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38.2 Un permis pour le paradis

«Alors… le permis spécial. Voilà, j’écris en en-tête Special Permit, d’accord ?
– C’est parfait, je réponds.
– Ensuite, la taxe. Bon, 100 roupies pour la Croix Rouge. Ici… Puis 300 roupies de taxe écologique, là…
– Comment ça, une taxe écologique ? ? Hé, mon ami ! Je ne roule pas à vélo depuis la France pour te payer une taxe écologique, hein ? Enlève-moi ça, s’il te plait.
– Ah bon ? Tu crois ? Répond-il en se dandinant sur sa chaise. Hum… Oui c’est vrai, tu es à vélo… Bon, je mets quel prix alors ?
– Eh bien, tu mets zéro, ici, en toutes lettres. Qu’on ne m’ennuie pas après.
– Zé-ro… se dicte l’homme à lui-même en tapotant sur son clavier. Voilà. Et maintenant la taxe journalière. Hum… 20 roupies par jour, ça te va ?
– Ça me semble honnête… Fais-je en étouffant un rire de maquignon devant ce prix ridicule.
– Et pendant dix jours, c’est bien cela ?
– Oh… Mets m’en 12 va, on ne sait jamais.
– Dou-ze… Ensuite, normalement on écrit les différentes zones qui seront visitées. Je mets quoi, du coup ?
– Regarde, je te les ai écrites sur ce papier.
– Kardung, Diskit, Aghiam, … Ça, c’est tout bon, dit-il d’un air pensif en consultant la feuille que je lui tends. Par contre, tout ce qui se trouve après le lac de Pangong, c’est mort, mon ami… Comme je te l’ai dit, on n’a pas le droit de laisser aller les touristes plus loin. Ni les Indiens d’ailleurs ! C’est trop près de la frontière chinoise…

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38.1 Entre ciel et terre

De l’air…

Il me faut de l’air ! Le manque d’oxygène me tire une fois de plus du rêve étrange qui m’obstrue la tête depuis le début de la nuit. Respirer… Depuis combien de temps n’ai-je pas respiré. Assez longtemps pour que ça me réveille en tout cas… Je tente d’inspirer une bouffée, calmement, les yeux toujours fermés. Rien ne vient. Je sens un air chaud et étouffant autour de mon visage, mais ne parviens pas à l’attraper. Calme-toi, garde ton calme. Oui… je crois que j’ai la tête couverte par mon drap de soie, c’est lui qui me gêne…
Je le repousse du bord des lèvres. Emmitouflé dans mon duvet, je me sens comme un ver emprisonné dans son cocon. Respire maintenant. Respire bon sang !

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37. La Pangi Valley, suite et fin

 

      Une fois passées les cultures en espalier du village, la route de la Pangi Valley s’enfonce dans une forêt de sapins. Ils s’accrochent tant bien que mal aux pentes vertigineuses qui plongent dans la rivière quelques centaines de mètres plus bas. À moins que ce ne soit la montagne qui s’accroche aux arbres pour ne pas finir dans les flots…
La piste descend raide. J’ai cru comprendre qu’un affluent rejoignait la rivière et que le pont permettant de le franchir n’est qu’à quelques mètres au-dessus des eaux… Alors, c’est parti pour une belle dégringolade !
En vélo de descente oui, peut-être… Mais sur un vélo de voyage, chargé de 40 kilos de bagages, je casserais tout à le laisser filer. Il y a tellement de caillasse et la pente est si raide que je dois lutter pour rester en équilibre sur le vélo. Les doigts écrasés sur les freins jusqu’à l’engourdissement, j’ai l’impression de rouler sur un chemin de débardage. C’est limite et si mon pauvre système de freinage ne parvient plus à me retenir, je suis bon pour le grand saut !

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37. La Pangi Valley

Ça y est ! Cette fois-ci, ça grimpe !
Les immensités plates de la péninsule indienne sont derrière moi, et pour la première fois depuis des semaines (mon dernier vrai col remonte à la sortie de la mer Caspienne… en Iran !) je repasse enfin le petit plateau pour une grande et longue ascension.
Je n’arrive pas vraiment à réaliser ce qui m’attend d’ailleurs. Devant moi s’élèvent les contreforts de l’Himalaya, appuyés sur la mythique chaîne du Karakorum, officieusement aux mains du Pakistan. Et ma destination finale est la ville de Leh, au Ladakh, à deux pas de la frontière avec le Tibet que se disputent Indiens et Chinois.
En gros : un cul de sac.
Et un cul de sac qui se mérite, puisqu’il me faudra gravir plus de 30 000m de dénivelé positif, en bonne partie sur piste, en passant par des cols qui dominent largement le Mont Blanc. Vous aurez deviné que je vais aussi redescendre de temps en temps.

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